ACTE TROISIÈME
laisserai sans le sou, tu n'auras qu'un moyen de le redorer, non pas en épousant des peaux de lapin ou du sucre, mais par ta valeur personnelle. Moi, ton père, j'ai été d'une période favorisée où l'on pouvait avoir une tête de crétin pourvu qu'il y eût une couronne au-dessus. C'est fini. La noblesse a mangé son fonds. »
HENRI
Avec son revenu.
BRIÇAY.
«... A partir d'aujourd'hui, on va te demander autre chose que des aïeux, et si par malheur tu n'as que ça pour tout potage, ah! je te plains, dans vingt ans, tu porteras des malles dans les gares. J'ai donc résolu de te faire élever à la campagne, loin des usuriers, des bookmakers, des cocottes et des femmes du monde. A ce prix-là, si tu as un bon métier, quand tu seras majeur et moi enterré, tu seras peut-être un honnête homme, avec un nom qui aura alors sa raison d'être, auquel tu auras contribué, un nom que tu honoreras au lieu que ce soit lui qui t'honore. Il faut que l'aristocratie travaille si elle ne veut pas disparaître. » J'ai suivi ses conseils et je m'en trouve bien. Mon cher ami, je vous souhaite bon voyage. Mais dès que vous serez de retour, travaillez et ne cessez jamais. Mon père m'a sauvé plus que la vie.
HENRI
Oui, mais je ne suis pas gentilhomme, moi, je n'ai pas vos raisons fondamentales.
BRIÇAY.
Elles sont les mômes pour tous. Le travail est le devoir universel. Et puis, il n'y a plus de gentilhommes, c'est réglé.
HENRI
Vous croyez vraiment qu'il n y aura plus d'aristocratie?
BRIÇAY.
Cerlainement il y en aura une, mais elle se déplacera et ça en sera une autre. Au lieu de gentilshommes...
HEIfRI.
Quoi?
BRIÇAY.
Des grands hommes.
Roche entre.