ACTE TROISIÈME
rester rapprochés de loin, et nous garder à distance l'un à l'autre, j'ai confiance alors qu'en dépit de tout, nous serons un jour unis !
BRIÇAY.
Sait-elle votre détermination ?
HENRI
Non. Je ne pouvais pas décemment l'en informer. Elle aurait cru que je m'en allais ou par discrétion, pour lui laisser un commencement de liberté, ou par lassitude parce que je cessais de l'aimer.
BRIÇAY.
N'est-ce pas un peu ce qu'elle va penser quand elle apprendra ce brusque départ qui lui fera l'effet d'une fuite ?
HENRI
Non.
BRIÇAY.
Vous ne serez plus là pour la rassurer, la détromper.
HENRI
Mais vous, vous serez là?
BRIÇAY.
Moi?
HENRI
Oui, VOUS, notre ami. Vous lui direz mes raisons, telles que je viens de vous les exposer, vous lui transmettrez ma dernière pensée du départ, mon constant souvenir. C'est entendu?
BRIÇAY.
Comptez-y
HENRI
Merci. Je ne suis pas gai, allez ! Pour le moment rien ne me sourit. Ni Tamour ni le travail. Aussi amers Tun que l'autre. De jour en jour, d'heure en heure, je perds le goût à l'application, le désir de l'effort... je n'aime plus travailler.
BRIÇAY.
Quel malheur! Il le faut pourtant, riches et pauvres; dans a petite sphère, moi je travaille.
ma
HENRI
Beaucoup, je le sais. Aussi je vous admire.
BRIÇAY.
Je n'y ai aucun mérite. C'est à mon père que je le dois. Mon père, le célèbre baron de Briçay, était un excellent homme, paresseux avec passion, et le plus persévérant des viveurs qu'on ait connus. Toute sa vie s'écoula entre les conseils judiciaires et les bonnes fortunes. Mais, au milieu de son désordre admirablement organisé, il conservait cette qualité, spéciale aux sceptiques dont le cœur est bon, d'avoir pour ceux qu'ils aiment toute la sagesse et la prévoyance qui leur manquent ou qu'ils ne veulent pas diminuer en l'employant à leur propre usage. Pour cette raison, il restait beaucoup de sagesse à mon père. Il avait pressenti, par une sorte de divination, non seulement notre époque, mais celle de demain qui sem encore plus coquette ! et je l'entends encore me dire quand j'avais treize ans : « Tu n'es plus un gamin, tu as treize ans ; à ton âge moi je savais tout, eh bien, mon cher petit, j'en suis désolé pour toi, mais tu arrives à un temps où personne n'a plus les moyens de ne rien faire, surtout nous autres, les messieurs à particule. Si tu veux garder ton rang, ton blason ne te suffit plus, et comme je te