‹ Les deux PhilibertChapitre 79 sur 82 · ACTE m , SCENE XIV · texte numérisé non relu

ACTE m , SCENE XIV

PHILIBERT aîné.

Allons , Clalrvllle ne veut se mêler de rien ; mon frère veut se inéler de tout, et je me trouve froissé entre les deux.

PHILIBERT cadet , entrant en scène.

Parbleu , messieurs et madame , il faut que vous soyez Iticn simples , bien innocens , bien...

PHILIBERT aine.

Tais-toi donc.

PHILIBERT cadet.

Laisse donc, c'est une figure de rhétorique pour en venir à les flatter; tu vas voir. Eli ! quoi? vous ne comprenez |>as que nous sommes deux frères?

DUPARC et MADAME DERVIGNY.

Deux frères !

CLAIRVILLE

Ail ! ah !

PHILIBERT cadet.

Eli oui , deux frères. Or , si l'on a vu par fois des frères ijui se ressemblaient à s'y méprendre , soit au moral , soit au physique , soit en bien , soit en mal , que de différences entre tant d'autres , depuis Caïn et Abel jusqu'au frère de Piron , qui était un imbécille! (^Cn riant.") Moi , Messieurs, j'ai une pauvre télé , peu de jugement; j'ai été gâté par ma mère, que je dominais. Tout petit, je faisais cent tours à mon maître d'école: aussi, je ne î^ais rien qu€ le billard, l'escrime , le trente et un ; et dès mon enfance, on m'appelait Philibert le mouvais sujet. ( D'un ton grave. ) Mais mou frère , envoyé par mon père dans un collège de Paris , a été élevé avec soin , tendresse et sévérité. 11 a bon cœur, bonne tête et bon jugement. 11 sait le grec, le latin, la philosophie , la musique, la danse et les mathématiques; et, par opposition , on l'appelait et on l'appelle encore Philibert riiomme de mérite. ( En riant. ) Moi , Messieurs , je suis un vaurien , un joueur; je m'amuse , et je passe pour avoir un excellent ton en mauvaise société. J'ai mangé mou patrimoine , la maison de commerce de ma mère ; je mangerais le diable.

( D'un ton graine. ) Mais mon frère , l'homiDe de mérite, est sage dans ses mœurs, raisonnable dans sa conduite, modéré dans -es désirs. Il a conservé , il a déjà augmenté sa fortune ; il n'a pas de dettes, et , plus d'une fois , il a payé les miennes. ( Rn riant. ) Moi , Messieurs , franchement je ferais une folie de me marier, et vin père eu ferait une plus grande de me donner sa (il'e. Que diable pourrais-je apprendre à mes enfans? ( D'un ton grava. ) Mais mon frère , l'homme de mérite ! il a élé si bon fds! il est si bon frère, cju'il ne peut manquer d'être bon père et bon mari! Il fera souche d'honnêtes gens , d'hommes de sens , d'hommes d'esprit , parce qu'il a de l'honneur , du sens et de l'esprit. C'est mon frère que vous avez invité , c'est moi qui suis venu. Donc je ne suis pas un intrigant qui ai pris un faux nom; mais mon frère a été victime d'un quiproquo. Es-tu content, frère!'' T'ai -je tenu parole? Je crois que je n'ai pas dit de Boltises.

DUPARC

Ainsi , c'est de monsieur j que Clairviîle , Forlis , Préval , Derlange, m'ont fait un si grand éloge.

PHILIBERT aîné.

Ah ! monsieur , je dois cet éloge à leur indulgence. Mon f)ère ne mérite pas tout le mal qu'il vient de dire de luimême ; mais oui ; c'est de moi qu'on vous a parlé , c'est moi qui vous ai fait une visite ce malin j c'est à moi que vous l'avez rcîidue. ( Tirant de sa poche La carte de visite de Duparc. ) Voici la carte que Clairville m'a remise de votre part. C'est moi qui suis attaché au ministère des affaires étrangères ; c'est moi qui ai eu le bonheur de remplir avec succès une mission à Smyrnc.

CLAIRVILLE

Eh! mais, mon cher monsieur, que ne me disiez-Y0i4S que vous aviez un frère ?

PHILIBERT cadet.

Oh ! Il n'y a pas do quoi se vanter.

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