LA MONTEE
et brisé de peine et de doute,
j'ai repassé la Porte et pris la route
qui mène au silence infini... »
« Et moi, dit un deuxième, et moi je suis banni, j'ai cherché la Fortune, et la Fortune instable ne s*est jamais approchée de ma table ; et rOr que dans sa main elle montre au passant, la Ville l'a gardé mais elle a pris mon sang, je l'affirme. »
« Et toi ? » dit le Poète au troisième, un infirme tremblant et décharné.
« Moi j'ai cherché la Joie aux lèvres de Phryné,
s'écria-t-il en pantelant de tous ses membres,
€t d'une voix semblable aux souffles des Décembres
dans la forêt déserte où tout rayon a fui ;
moi j'ai voulu la Joie, et j'ai trouvé l'Ennui
et le Dégoût suprême
des autres, de la terre et du ciel, de moi-même...
La Ville m'a menti, et j'en suis revenu
plus débile, plus nu,
que le lépreux qui se traîne dans l'ombre... »
Et les autres disaient : « oui, tout y passe et sombre,
il fait noir, il fait froid, c'est la mort... »
Et leurs voix reprenaient comme un funèbre accord
s'essorant de la nuit vertigineuse et sombre : <^ il fait noir, il fait froid, c'est la mort... »
Mais le Poète, plus ému qu'il ne voulait le croire,
leur répondit : « Des cœurs ont soif et je leur porte à Loire
comprenez bien ceci :
je vais vers eux non point pour leur dire, merci !
car je n'implore rien, je suis celui qui donne
et s'offre avec joie, et pardonne... »
Mais tous les Revenants, à face de trépas, partirent étonnés et ne comprenant pas.
IL — Les Statues hors de la Ville
Il ne distinguait rien près des Portes maudites,
que des titans de pierre, aux faces interdites,
qui rêvaieni là, les yeux dans l'infini .
Le soir tombait et tout semblait banni,
et les voix de son cœur peu à peu s'étaient tues
quand il passa près des statues.
Ces colosses trônaient plus graves que des rois ;
les effrois,
les fléaux, les morts libératrices,
avaient laissé sur eux comme des cicatrices ;