VIII. — Le Triomphe du Bceuf Gras
Le Veau d'Or s'était tu dans son Temple de fange,
mais sous le ciel nocturne où tout se change
sous le vol fou des visions,
dans la Nuit qui passait, étouffant les rayons
de la terre et les feux supérieurs de l'âme,
il distingua plus loin comme une masse infâme
vers qui montaient des cris et se tendaient des bras.
Et la foule adorait, et c'était le Bœuf Gras.
Et le Bœuf Gras lui dit :
« Quel délire t'oppresse !
pourquoi crier ? regarde et vois, le monde engraisse,
il est heureux, étant repu.
Laisse les fous beugler sans cesse,
le peuple est corrompu!...
pourquoi te plaindre et vouloir rae combattre!
bois comme deux, Poète, et mange comme quatre,*,
le reste est décevant I »
Et dans les profondeurs de la nuit et du vent, dans les déclivités de l'ombre ardente et noire, les Repus entonnaient des hymnes à sa gloire...