X. — La Fille des Dieux
Et voici, dans la honte où se terrait le monde,
il la vit la Divine et la Sainte et la Sœur,
la Poésie auguste et blonde.
Oh ! Celle que toujours avec joie et douceur,
il appelait dans la paix de son âme,
Celle qui lui versait l'Amour et le Dictame,
et le Rêve puissant dont le charme ravit,
tout à coup dans la foule infâme
il la vit ;
non plus sereine, entourée
de la Phalange sacrée
des Poètes qu'emplit sa présence de feu,
mais meurtrie, innocente, exécrée,
au milieu
de la meute cynique.
Ils crachaient sur sa blanche tunique,
ses pieds saignaient sur les chemins,
et Celle qui jadis dans ses Divines Mains,
tenait la Lyre et les Verveines,
se traînait sous les cris et les baves humaines.
Ils la chassaient en lui disant des mots hideux, hafouaient sa pudeur et souillaient ses cheveux plus hlonds que les épis et l'aile des abeilles; ils mettaient un LAillon sur ses lèvres vermeilles, rempôchaienl de chanter l'Espérance et l'Amour.
Et tous les chiens sautillaient alentour,
et jetaient sur sa face
le fiel que l'impuissance amasse
dans son goître à venins.
Autour d'elle dansaient les monstres et les nains
et les brutes aux yeux assombris par les haines ;
tous rêvaient de la voir recouverte de chaînes
tirée à l'égout coutumier,
et vaincue et jetée au fumier.
Elle suivait ainsi son douloureux calvaire...
Et tous criaient : « Fuis, nous n'avons que faire
de ton Chant généreux et de tes blanches mains. »
Il la vit,
et ses pieds saignaient sur les chemins...