‹ Les deux règnesChapitre 4 sur 23 · II. — TÉNÈBRES · texte numérisé non relu

II. — TÉNÈBRES

II avança dans la Cité.

Partout sous l'ombre couturaière,

le Poète entendit blasphémer la lumière.

C'étaient les cris

des méchants au pavois, des faibles dans l'ornière

et des justes proscrits ;

c'étaient dans le cloaque où l'humanité repte,

la Vanité stupide et le Désordre inepte.

Il voyait triompher les Crimes impudents ;

et des êtres hideux, vils et grinçant des dents,

cyniques, s'assoyaient sur des vérités mortes,

et, sombres, exaltaient on ne sait quel trépas ;

la Luxure, assise au seuil des portes,

offrait ses subterfuges bas,

et la Lubricité répandait sur les foules

le monstrueux essaim des boucs noirs et des goules.

Partout les Appétits beuglaient, ivres, confus ;

il entendait le cri des bêtes à l'affût,

le bruit que fait le choc des haches, les implorations des lâches, les aboiements de l'instinct bestial alléché par Tappât des vierges à l'étal.

Apôtre qu'on égorge,

calomnie odieuse et sale qu'on répand,

martellement des fers et des glaives qu'on forge,

justice qu'on étouffe et vérité qu'on pend,

voix qui nie ou qui ricane,

grognement du chien et braiment de l'âne,

montaient, injurieux,

vers la sérénité lumineuse des cieux,

011, resplendissants, austères,

tournoyaient les mondes planétaires

dans le gouffre sacré du Prodige Vivant,

comme de la semence abandonnée au vent,

comme dans le soleil un tourbillon d'atomes...

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