V. — Voix des Aveugles
Et pendant ce temps-là des Voix pleuraient dans l'ombre,
des Voix que la Douleur Inexpiable encombre
et couvre du voile des deuils.
Elles disaient, flottantes, sans orgueils :
« A tâtons nous traînons notre chaîne ;
Poète, il tombe de la haine
et du mal sur nos os 1...
pourquoi ce chaos
où nos pas trébuchent I
Nous écoutons le vent, mais tombons dans l'embûche...
Ah ! tout croule et s'enfuit,
les Hiboux ont crié sur les murs cette nuit,
le Péan suprême aux ténèbres,
et l'horreur du trépas a crispé nos vertèbres. )>
Et d'autres voix aussi venaient de la Cité,
d'autres voix appelaient la Clarté,
d'autres voix passaient faibles et lentes,
comme le vent d'hiver
dans les forêts tremblantes,
comme le râle et les soupirs amers
qui surgissent du gouffre inconsolé des mers.
Et ces plaintes montaient, noires, sans cesse accrues,
dans la prolixité léthargique des rues.
qui prenaient à cette heure où sombrait tout eflorl, comme l'aspecl terrible et glacé de la mort.