‹ Les deux reines de FranceChapitre 36 sur 92 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

LE ROI

0 mère ambitieuse !

La raison luit à peine en ses jeunes regards. Et déjà vous voulez en faire un maître ès arts! Que figure-t-il donc, ce beau bronze ?

AGNÈS

Un roi, sire!

LE ROI

Un roi?

AGNÈS

Dans tout l’éclat du souverain empire;

Le diadème au front, le sceptre dans la main;

Plus fier, plus empereur qu’un empereur romain!

LE ROI

J’en vais être jaloux, mon Agnès... 11 s’appelle?

AGNÈS

Philippe-Auguste!

LE ROI

Quoi ?

AGNÈS

C’est le bronze fidèle, Le sceau royal où vit votre image, ô mon roi !

LE ROI

Eh ! pourquoi le montrer à votre fils ?

AGNÈS

Pourquoi ?

Je veux l’habituer, dès sa première enfance, A voir dans l’appareil de la toute-puissance Celui qui, soutenant son pas mal affermi,

o8 LES DEUX REINES DE FRANCE.

Lui montre chaque jour le doux front d’un ami!

Je le veux, pour qu’en vous toujours son cœur vénère La double majesté du monarque et du père,

Comme le faible cœur de votre Agnès, eii vous.

Toujours aime à la fois le héros et l’époux!

LU ROI

Par la lance saint Jacque, il n’est pas une femme Mieux faite pour régner que toi, ma noble dame!

Chacun de tes accents est un cri de réveil,

Et tu tiens de ton sang, tu tiens de ton soleil ,

Je ne sais quoi de fier, de vaillant et de tendre,

Que sans tressaillement on ne peut pas entendre!

AGNÈS

Il faut bien, avec vous, avoir le cœur vaillant, Monseigneur roi! toujours conquérant, bataillant,

Toujours rêvant la France embellie... agrandie!

Nous avons pris l’Artois... à nous la Normandie!

LU ROI

La Normandie! Oh! oui, je l’aurai, je la veux!

Tiens! je me sens frémir des pieds jusqu’aux cheveux* Quand je vois le degré de honte et d’impuissance Où l’Anglais nous réduit, nous, pauvres rois de France!... Comment nous nomme-t-on? Les rois de Saint-Denis! Nous ressemblons, Agnès, à ces guerriers honnis Dont, pièce à pièce, on prend les armes de batailles!

On nous prit tel duché, notre cotte de mailles,

Ce fief qui nous servait de haubert... ce comté,

Qui semblait l’écu d’or de notre royauté;

Et de toute l’armure, à nos mains échappée.

Il ne nous reste plus qu’une pièce, l’épée!

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