‹ Les deux reines de FranceChapitre 68 sur 92 · ACTE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

ACTE QUATRIÈME

DEUXIÈME BOURGEOIS

Pourtant, vous l’avouerai-je... une chose m’étonne.

PREMIER BOURGEOIS

Qu’est-ce ?

DEUXIÈME BOURGEOIS

Puisque le pape est si juste, pourquoi Punir le peuple entier de la faute du roi ?

PREMIER BOURGEOIS

T u ne comprends pas ça ?

DEUXIÈME BOURGEOIS

Pas du tout ! De ses blâmes Qu’il frappe notre roi, parce qu’il a deux femmes,

Bien! mais, en même temps, il me frappe aussi, moi Qui n’en ai pas du tout! Qu’on m’explique pourquoi ?

LE JONGLEUR, s'avançant.

C’est bien le cas d’aller le demander à Rome !

DEUXIEME BOURGEOIS, s’éloignant en grommelant.

Tous ces jongleurs ne sont que mécréants !

Les deu* bourgeois s'éloignent,

L ECOLIER, qui est entré en même temps que le jongleur, s'adressant à lui.

Prudhomme,

Me reconnaissez-vous?

LE JONGLEUR, le reconnaissant.

C’est vous, bel écolier?

Eh bien, l’art de mentir?

l’écolier.

Et l’art de mendier?-

LE JONGLEUR

J’ai fait de grands progrès. Je fus près'd’un an... moine! l’écolier.

Rien qu’un an ?

LE JONGLEUR

La besace est un beau patrimoine ;

Mais je ne pouvais plus, en fils de ménestrel,

Ni jouer à trois dés au jeu du trémerel,

Ni courir les tournois avec ma chère harpe...

Ni prendre mon tambour et ma vielle en écharpp...

Ni boire à plein... Oh! si, cela, je le pouvais!

Mais je ne pouvais plus dire d’amoureux lais Aux jeunes filles... Si ! je le pouvais encore !

Mais les prés et les bois, mais les chants dès l’aurore !... Mais tous mes jours jetés au vent des carrefours !

Mais les belles chansons de bataille et d’amours !

Oh! les perdre à jamais, c’était chose trop dure! a Dans ces temps d’aventure entrons en aventure... » M’écriai-je... Et je pars du couvent, pour tous biens. Emportant mes auteurs profanes et chrétiens !

Le voyage fut court pour ma bibliothèque !

Le premier jour, à Laon, je vendis mon Sénèque !

Le second, je jouai mon psautier à Soissons...

C’était un vendredi, contre deux beaux poissons!...

Le dimanche, à Tournay, j'oubliai mes légendes !

Mon credo dans Cambrav, mon bréviaire à Provendes! Le mardi, jour brûlant ! je bus tout mon missel,

Dans la ville altérée où l’on blanchit le sel 1 Et je semai si bien ainsi sur mon passage Les pieux compagnons de mon pèlerinage.

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