SCÈNE IX
INGEBURGE, AGNÈS.
INGEBURGE, d'une voit tremblante d’indignation.
Que voulez-vous ?
AGNES, arec dignité et émotion.
D’abord, vous demander pardon!...
Pardon de vos douleurs et de votre abandon !
J’ignorais tout hier!.. Je sais tout à cette heure!...
Et devant vous, ô reine,, Agnès s’incline et pleure!
INGEBURGE, avec amertume.
Oui!... Vous m’appelez reine!... Et mon trône esta vous!...
AGNÈS
Pas de reproche amer! Ici, que sommes-nous?...
INGEBURGE , nvcc explosion.
Les deux rivales!...
AGNES, avec force.
Non, reine!... Les deux victimes!...
INGEBURGE, avec indignation.
Une victime!... vous?
AGNÈS
Oui ! car, pure de crimes,
Je sens peser sur moi le fardeau d’un forfait,
Et j’ai tous les remords du mal sans l’avoir fait!
INGEBURGE.
Qui vous amène enfin?
AGNES, avec embarras.
J’hésite!... à votre vue...
INGEBURGE.
Oh! partez!... oh! partez!... Car votre aspect me tue!...
A G N K S , avec résolution .
Eh bien, soit !... Car, enfin, ce qui ne se peut pas,
C’est que la France s’use en de pareils débats!...
Qu'un grand prince, un grand peuple, et des millions d'âmes Dans un péril mortel soient jetés pour deux femmes!...
Avec énergie.
Il faut, qu’une de nous disparaisse!...
INGEBURGE, vivement et avec amertume.
Et c’est moi !
J’ai compris ! Vous voulez qu’obéissant au roi,
Je signe mon divorce !...
AGNES, après un silence.
Oui!...
INGEBURGE, allant droit h elle.
Pour toucher mon âme, Sur quel charme inconnu comptez-vous donc, madame? Est-ce sur le récit des pleurs de mon époux?
Sur votre amour pour lui, sur son amour pour vous?
AGNÈS
Quand je l’aurais osé!... quand j’oserais vous dire Que, reine, vous seriez une reine martyre,
ACTH QUATRIÈME.
Que, d’un époux blessé, le courroux, le dédain.
Les cruautés...
INGEBURGE, avec explosion.
Eh bien, méritons-les enfin !
Loin de moi palienco et pardon des injures !
Depuis assez longtemps, en proie à vos tortures,
Je vais, me consumant dans les pleurs et l’effroi,
11 faut qu’une autre enfin tremble et souffre par moi !
Ma présence, mon droit, les pleurs de cette terre.
De votre royauté feront un adultère,
Et cet hymen fatal qui vint me détrôner,
Si l’on ne peut le rompre, on peut l’empoisonner !
AGNES, avec un cri de désespoir.
Ah!... mes fils sont perdus!...
1NGEBURGE, qui avait remonté la scène après son imprécation, se retournant tout à coup à ce cri.
Vos fils!... Eh quoi!... qu’entends-je?...
C’était pour vos fils?...
Ouil... Voilà l’espoir étrange, ur désespéré, le devoir tout-puissant, me jette à vos pieds!...
S’attendrissant malgré elle.
C’est le sang de mon sang.
C'est la chair de ma chair que je défends, madame!...
Ah ! si je n’avais dû déchirer que mon âme,
Je fuirais à l’instant, trône, palais, époux...
Avec conviction.
Car ce trône est le vôtre... et l’épause, c’est vous!...
Avec larmes.
Mais j’entraîne mes fils, hélas! dans ma misère!,..
En perdant un mari, je leur enlève un père !
Je les voue à l’exil, je les livre au mépris !
Dieul... que n'ètes-vous mère!... ohî vous auriez compris Qu’on peut tout supporter... tourments, dangers, alarmes, Tout, hormis le malheur de ses enfants!... leurs larmes Vous ôtent la raison!... Et vous auriez pitié De cette pauvre femme égarée à moitié,
Qui vient vous demander... c’est vraiment du délire !... Vous demander, à vous, votre propre martyre!...
Mais enfin ce martyre, il n’atteindrait que vous !
Que dis-je? vierge pure et sainte aux yeux de tous,
Votre honneur reste entier après votre ruiue.
Mais moi, qui fus à lui, me voilà concubine !
Et mes enfants, flétris du vil nom de bâtards...
Se Jetant à ses pieds.
Eux ! grâce!
INGEBÜRGE.
Laissez-moi I
AGNÈS
Je vois dans vos regards...
Que votre coeur...
INGEBÜRGE, se pariant & elle-même avec la plus grande agitaUon.
Non ! non! moi! tout céder à celle Qui m’a tout enlevé !
AGNÈS
Mes fils !
INGEBÜRGE.
Quitter pour elle...
Pour elle, seul auteur de tous mes maux...