SCÈNE XI
INGEBURGE, LANDRESSE.
INGEBURGE.
Quand je veux m’immoler, pourquoi m'arrêtez-vous? LANDRESSE.
Vous n’avez pas le droit d’accepter cet outrage!
INGEBURGE.
Ah! no me parlez plus de fierté, de courage!...
Je ne puis plus lutter, je ne puis plus souffrir!
LANDRESSE.
Il le faut, cependant!
, INGEBURGE.
A quoi bon? Pour mourir De douleur sur ce trône où votre voix m’appelle! Quand j’y remonterais, elle l’a bien dit, elle!...
Quelle serait ma vie?
LANDRESSE.
Eh! s’agit-il de vous?
Avec émotion.
O reine! vous savez si je gémis des coups Dont vous frappe une haine implacable et sinistre, Mais de Dieu, pensez-vous que l’auguste ministre Sur un royaume entier jetterait l’interdit,
Traiterait un grand roi comme on traite un maudit.
Viendrait à tout un peuple ôter le pain de l’âme, Pourquoi? Pour essuyer les larmes d’une femme? Non!... Pour les maux d’un seul, ou le crime d’un seul, Sur des milliers de fronts jeter ce noir linceul ,
Serait une action d’iniquité profonde I
On peut frapper un peuple! oui! pour sauver un monde!
Mon père!
INGEBURGE, avec crainte.
L ÀNDRESSE.
Jugez mieux vos devoirs et vos droits!
Vous êtes, comme nous, ministre de la croix ! Lorsque Dieu veut purger la terre d’un grand crime, Il prend pour ce dessein quelque pure victime.
Dont les douleurs, devant l’univers révolté Protestent pour le droit et pour la vérité!
Tel est votre destin! Êtes-vous un pauvre être Plus ou moins torturé par un indigne maître?
Non! vous représentez le lien conjugal!
Du divin sacrement, votre nom est l’égal!
De votre sexe entier, vous défendez la cause!
Et vous ne pouvez pas, quoi que sur vous l’on ose. Déserter votre droit, car il n’est pas à vous;
Déserter vos malheurs, car c’est le bien de tous !
INGEBURGE, avec ri'solution.
Eh bien, soit ! j’y consens! j'accepte mes tortures! Qu’elles soient la rançon des épouses futures!
Je suis prête à porter la couronne ou la croix :
Mais, pour condition, je veux...
Allant Agnès, qui entre avec ses enfanta.
Venez tous trois!