CHRISTINE
Eh 1 la fille est fort avenante.
maicubhitb fait la referme e.
Monsieur, je suis votre servante.
CHMSTINR.
Elle est fort bien...
Souvent on me l’a dit.
cHairrixi.
Vraiment, elle est pleine de grâce;
Pour mieux jouer mon rôle, il faut que je l'em- {Elle veut l’embrasser.) brasse.
KOLLSI.
Monsieur, le dîner refroidit.
CHBI5TI.tR.
Ma belle enfant, à vous je m’intéresse.
MAaccsairi.
Ah ! mon beau monsieur, grand merci !
CHRISTIHB.
Sans doute du logis vous êtes la maîtresse?
kOLLta, te plaçant mire elles deux •
C’est moi qui suis le maître ici.
cnaisTiHR.
A table ! allons de la gaité ,
Boa vin et bonne chère.
Près de moi mettez-vous, ma chère ;
Je veux boire à votre santé.
cHoeva.
A table ! allons de la galté ,
Bon vin et bonne chère ;
Et pour ses ducats, à plein verre Nous allons boire k sa santé.
kOLLEn, à la suite de Christine. Quant à vous, on vous a servis de l’antre côté.
( Christine fait signe d sa suite de sortir , Koller va près de la cheminée , allume sa pipe et dit à Magnus en lui offrant du tabac.) En usez vous?
magnus. Volontiers.
m arguerite , à Kolltr. Ça n’est pas convenable.
koller. Est-ce que ça vous gène ?., C’est une habitude... cependant pour vous.
marguerite. Pour moi. non... mais M.
le comte.
koller. lin homme!
Christine. Laissez... laissez... j’aime mieux cela que les parfums des petites maîtresses.
koller. Si le cœur vous en dit?
Christine. Merci!., (d part ) quelle odeur!. .Jc’est insupportable!... enfin, il faut bien s’y* faire. ( Haut .) Allons , la belle fille, mettez-vous à table avec moi...
jamais je n'ai vu mine si jolie sous un costume de servante d’auberge.
banner, d part . Laides ou jolies , je ne pense pas qu’elle en ait vu beaucoup.
MAGNUS, dpart. On lui en donnera des servantes, recômmandées par un premier ministre.
Christine, assise d table , ainsi que Banner . Marguerite debout près de Christine , Koller et Magnus de Vautre côté de la che~ minée, allant et venant. Christine s‘ adressant à Marguerite.) Allons... venez donc.
marguerite. Ce n’est pas ma place , monsieur.
koller, ipart. Il y en aurait une antre chez moi , pour elle , si’ elle voulait.
( Çteùtine veut prendre la main de Marque ru^Kncore!... (Haut) Marguerite, allez prendre du vin pour monsieur le comte.
CHRISTINE. Dieu me pardonne vous ôtes jaloux, mon cher ami... ce n’est pas le moyen d’achalandcr votre auberge.
koller. Oh! monsieur... il y a des chalands dont peut-être je ne me soucie guère.
(Banner fait un mouvement, Christine lui impose
silence.)
Christine. Ceux qui me ressemblent , n’est-ce pas? c’est ce que vous vouliez dire... Je parle librement et permets qu’on en fasse autant.
MAGNUS. Et puis. .. il faut excuser Kol- 1er, il est un peu novice dans son état d’au-
LE MJkCiMK TBÉATJUL.
bergisle. . . la rudesse d’un marin va mal avec les prévenances qu’on doit aux voyageurs.
Christine. Et pourquoi avci - vous quitté ce noble état ?
KOLLER. Probablement, parce que cela me convenait.
MAGOTS, te levant. Ce n’est pas la seule raison.
koller. Je vous dispense de raconter mon histoire.
CHRISTINE. Je veux la savoir. . .
MARGUERITE. Moi aussi.
KOLLER. A quoi bon ?. . c’est celle de bien d'autres, aller.
(Il ta s'asseoir }
CHRISTINE , à Magnat. Voyons celte histoire.
MAGNES. Imaginer- vous, que sous prétexte qu'il a sauté le premier à l’abordage d’un brick suédois, il a voulu être nommé enseigne.
MARGUERITE. Et on l’a refusé ?
MAGNES. Pardieu!., un homme comme lui, sans naissance.
MARGUERITE. Il est homme de courage du moins.
KOLLER. Merci, Marguerite, mais ce n’est pas un titre en Danemarck.
CHRISTINE. Ab! je reconnais bien IA le stupide gouvernement danois.
MAGNl’S. Hein ? stupide gouvernement., ça comprend les fonctionnaires.
MARGUERITE. Que dites-vous?
CHRISTINE. Certes , que vouler - vous que devienne un royaume conduit par un roi presque imbécille , qui se laisse mener par une femme extravagante !
Marguerite. line femme extravagante?
MAGNUS. Vous insultez!
MARGUERITE, à Magnat , Taisez-vous, (haut) line femme extravagante? est-ce que monsieur le comte méprise beaucoup e gouvernement des femmes ?
CHRISTINE. Dans une auberge , . .
surtout quand elles vous ressemblent. . .
mais sur le trône c’est une peste que les femmes.
MARGUERITE. C’est donc pour cela que la reine Christine a abdiqué.
BAKNER. se levant. Plait-il?
CHRISTINE, bat à Banner. Silence !...
(haut) En tout cas , elle s’est rendue justice : ce que d’autres ne font pas . . .
franchement, que pensc-t-on d’elle?., de son abdication ?
MARGUERITE. Mais on dit qu’elle préféré l’obscurité A l’éclat du la puissance. .
pour mieux cacher...
Christine. Achevez. . .
MARGUERITE. Des intrigues sur lesquelles trop de regards étaient ouverts. . . et qui compromettaient la réputation d’insensibilité A laquelle elle prétend.. . c’est IA du moinsun reproche qu’on n’adressera pas A la reine de Danemarck quelque extravagante qu’elle soit.
CHRISTINE. Il y a quelquefois peu de mérite A se conduire comme elle., un petit esprit. . .
MARGUERITE. Vraiment ?
CHRISTINE. Sans portée. . .
Marguerite. Vous croyez?
CHRISTINE. Qui n’a pas la moindre grandeur dans les idées...
marguerite , je rapprochant. Vous en êtes sûre ?
Christine. Et puis on la dit fort laide.
marguerite, la regardant de trie prit.
Vous trouvez?
Christine, voulant la prendre par la taille. Vous, je vous trouve jolie comme un ange .
KOLLER, vivement. Monsieur le comte..
A boire. . .
( Christine tend son verre et prend la main de
Marguerite, Kollcr verse à côté du verre.)
CHRISTINE. Fi le jaloux !... (d Marguerite. ) Eh ! voilA une main qui ferait envie à beaucoup de belles dames de la cour. . . elle est blanche et douce.
MARGUERITE. Que Toulcz-vous, je suis une femme. . . je ne puis pas l’avoir rude comme vous.
banner. rt part. Attrappc.
CHRISTINE , d part. Ce sont les bénéfices du costume (haut.) Si elle n’est pas belle, elle est forte, mon enfant.
MARGUERITE. Et capable de gouverner un empire peut-être... A la place de notre pauvre reine.
CHRISTINE. Qui sait?.. . du moins, elle n’eut pas laissé sans récompense la noble action de ce brave marin.
MARGUERITE, d part. Je profiterai delà leçon.
KOLLER. Gardez votre manière de gouverner pour d’autres , mon petit monsieur et respectez le pays où vous êtes.
CHRISTINE. En effet, il faut prendre garde d'insulter A la gloire du puisant royaume de Danemarck.
marguerite , vivement. Il le serait davantage, si Christine ne lui avait enlevé deux provinces par une indigne trahison.
BANNER, te levant. J’ar trahison, impertinente.
KOLLER. C'en est trop!
LES DEl X USINES.
MARGUERITE. Arrête* !
Christine , riant. Doucement ! doucement.. . ne voilà-t-il pas que nous allons nous arracher les yeux pour mesdames les reines de Suède et de Danemarck. . .
Deux folles. . . j'en suis sûre. . . (rianfl ali ! ah! ah!
MARGUERITE , riant. Ah ! ah ! ah ! c’est possible !
Christine , riant. Qui ne s'occupent pas de nous, . . ah ! ah ! ah !
MARGUERITE , riant, l’as plus que nous ne nous occupons d'elles. . . ah ! ah ! ah !
CHRISTINE , riant. Et qui riraient bien n'est-ee pas?
MARGUERITE , riant. Qui riraient assurément beaucoup... (à Magnus.) Riez donc . . .
MAGNUS. Il faut rire ! (riant très haut.) ah ! ah! ali ! ah !
Christine. De l’air furibond du brave Banner.
BAKNER, riant. Ah ! ah ! ah !
MAGNUS, riant plus fort. Ah! ah! ah !
Christine, regardant Koller. De la mine sombre et jalouse de ce héros danois.
BANNER ET MAGNUS, riant.' Ah ! ah! ah !
Christine, riant. De la politique d’un jeune écervelé et d'une jeune serrante d'auberge ... ah 1 ah ! ah !.. .
ranner, riant. Ah ! ah ! ah !
MARGUERITE, riant. Ah! ah.' ah!.
magnus, riant plus fort. Oh ! oh ! oh !
oh !
Christine, montrant Magnus. Et de la grande figure bête de ce monsieur. ( A Magnus. ) Riez donc.
tous, regardant Magnus qui est devenu sérieux. A ht ah! ah! ah!
Christine. Avant de continuer ma route j’ai besoin d’un instant de repos...
(bas) banner, faites partir les gens de ma suite.
BANNER. Mais. . .
CHRISTINE. Tant de monde peut éveiller les soupçons.. . Ils sont occupés A boire avec les garçons de cette auberge... un mot, une indiscrétion., je ne veux pas être reconnue... vous le savez... dans nne heure, nous les rejoindrons. . . allez !.. .
(Aaul)M.Koller,vouspréparercz le compte la dépense. ( A Marguerite. ) Au revoir ma belle enfant. . . Nous allons nous quitter, mais j’espère que vous ne m’oublierez pas.
MARGUERITE. Non. . . non, et moi-mêmc je me rappellerai peut-être quelque jour à votre souvenir.
CHRISTINE. Quand vous voudrez...
je suis toujours aux ordres des jolies tilles.
Marguerite, d part. J’en doute.
( Christine entre 1 gaurhe. Banner aort par le fond.)