LES DEUX RENES
A dater de Tôpoque où nous voici parvenus, ces mémoires se divisent en deux parties très-distinctes : — Tune est l'histoire de la vie de Victor-Amédée jusqu'à sa mort, arrivée Tannée dernière : j'en ai eu tous les détails d'original, et exactement, par mon fils, par mon gendre, et par deux ou trois amis sûrs, dont étaient le fameux muet et dom Gabriel, tant qu'ils vécurent.
Nous commencerons par là. Ensuite, si jen ai le courage, je lèverai le voile qui couvre bien des mystères de la cour d'Espagne, où une des filles de Monsieu-' iailla régner et, plus tard, uno des filles de Victor- Amédée.
â LES DEUX REINES.
J'ai SU ce que peu de personnes ont su, je vous l'atteste, et je jetterai une grande lumière sur cette partie de l'histoire, pourvu que Dieu me prête vie.
Revenons en Savoie. Après ma fuite, je n'ai rien ignoré des événements qui s'y sont passés, mes amis me tenaient au courant.
Cette volumineuse correspondance, que j'ai conservée, m'instruit, presque jour par jour, de ce qui se passait à la cour de Savoie, de ce que faisait le prince, et de ses sentiments, qu'il ne cachait guère, — hors la politique, où il fut toujours si discret.
Il apprit mon enlèvement comme il était à examiner une milice bourgeoise levée à ses propres frais, et qui le régalait de cris de dévouement et d'enthousiasme.
Un de ses officiers vint lui annoncer cette nouvelle. Son premier mouvement fut un cri de rage ; mais il se contint sur l'heure : le souverain dominait l'homme.
Il continua sa revue, parla à sa milice avec la même éloquence que d'oramaire. et, une fois son devoir rempli, une fois rentre sous sa tente, il éclata dans un de ces accès de colère auxquels il était sujet, et qui devinrent bien plus fréquents dans sa vieillesse. Il n'écouta même pas les détails qui lui furent donnés de ma fuite, et ne vit qu'une chose : c'est que j'appartenais sans doute à un rival. 11 courut au village d'où ,
Ton m'ïivait e^ilevée, ipterrogcu CUôtei qui ne répondit point; se fit montrer ma chambrci l'auberge tout entière» et QQ Uyra à toutes les folies du désespoir.
Ma lettre, au lieu de Te^citer, le calma. Il la lut a&sez tranquillement^ ensuite, il retourna à Turin, et dit aux princesse», comm^^ une uQUvelle indiXfér^UtQ ;
«- lA çQmtQ^W de Vendue ^ été euleyée par les Prançai^.
-^ Et elle ne reyleudra plus? dw^auda vivement la duchesse y^aute.
— Jq w poosç pas : ils ne août pas gçus à la rendre.
Les dQUX princesses se regard^ent, étonnées de cette tranquillité, de ce calme; elles n'ajoutèrent rien, car çUes ne voulaient point s'attirer d'observations : la duchesse ne savait si elle devait se fâcher ou se réjouir. Quant h la marquise de Saint-Sébastien, qui entendait la çpnversatiop, §on cœur tressaillit d'aise; elle voyait son règne poindre, et la façon dont Son Altesse annouçait mou départ la persuada facilement qu'elle n'était point inconsolable.
Le prince ne laissa jamais voir à personne, môme à
ses plus intimes confidents, quelles étalent ses pensées
cet égard. Il voulut me répondre, et sa lettre est à
coup sûr un monument véritable de la grandeur de son âme et de ses sentiments généreux.
« Vous étiez libre, madame : si vous m'avez quitté, c'est que notre commerce vous était à charge, c'est ((ue votre chaîne vous semblait pesante; dès lors, vous avez bien fait de la rompre*
w Vous pouvez être tranquille sur vos enfants, ils sont les miens; c'est vous dire que leur sort n'aura rien à envier à celui de personne. Ils se souviendront, comme moi, qu'ils vous appartiennent, et ne vous oublieront jamais.
» Quant à vos biens, quant à vos meubles et effets, vous n'en devez rien perdre. Tout vous sera envoyé à Paris, à l'endroit que vous désignerez. J'ai donné votre villa à votre fille; elle ne pouvait appartenir qu'à elle. Je vous en ferai passer le prix en espèces, avec celui de toutes les autres terres que vous possédez, tant en Piémont qu'en Savoie.
» Si vous avez des torts envers moi, je ne veux pas .es connaître ; mais je ne puis oublier que, pour moi, vous avez abandonné votre famille, sacrifié votre renommée : quelques fautes que vous ayez commises, elles disparaîtraient devant ce souvenir. Soyez heureuse, si vous pouvez l'être, et comptez sur moi, autant qu'il me sera permis de vous le prouver.
» Victou-Amédée. »
Cette lettre écrite et partie, le duc ne prononça plus mon nom. 11 se donna tout entier, pendant les premiers mois, aux affaires de son peuple, et se montra toujours au-dessus de sa fortune.
Le prince Eugène vint à son secours; mais le duc de Vendôme était là, empêchant leur jonction et les tenant tous les deux en échec.
Quoi qu'en ait dit ici une certaine faction, Vendôme était un grand général ; s'il n'était pas un homme dé- • licat, il avait un xoup d'œil admirable, un courage merveilleux, et, sans sa paresse, il n'eût pas eu de rival. Le prince Eugène, son adversaire, me l'a souvent répété.
^ Le duc de Savoie vit ses forteresses tomber les unes après les autres entre les mains des ennemis, malgré la résistance magnifique qu'elles opposèrent. Verceil seul coûta aux Français plus d'un mois de tranchée. Dès lors, le duc de Vendôme et M. de la Feuillade joignirent leurs deux armées, et il ne resta bientôt plus â Victor-Amédée que sa capitale, avec quelques villes sans importance, des troupes décimées, et des finances détruites.
Pourtant, il ne céda pas.
Il se renferma dans un camp retranché, près de Crescentin, sur la rive gauche du Pô, et s'y maintint cinq
mois entiers par son habileté et son courage. Rn vain le prince Eugène essaya-t-il de le rejoindre et de le délivrer ; le duc de Vendôme et la Feuilladé le surveillaient, et gagnèrent contre lui la bataille de Gassano.
Louis XIV fit raser les forteresses de la Savoie, pour n'avoir pas la peine de les garder, et pour ne les jamais rendre, si la paix venait à se faire: ce qui ne semblait guère probable, car les deux partis étaient plus acharnés que jamais.
Les princesses, la duchesse Marie-Anne, entre autres, écrivirent lettres sur lettres à Versailles, pour obtenir qu'on ne poursuivît pas davantage un prince ruiné, perdu, réduit à ses dernières ressources.
Le duc ignorait cette démarche, car il ne l'eût pas soufferte, et il en eût été fort offensé. Mais Louis XIV était inflexible ; j'eus moi-même Toccasion de m'en assurer.
Madame la duchesse de Savoie me connaissait bien : elle m'envoya secrètement une lettre pour son auguste fille, madame la duchesse de Bourgogne, en me chargeant de la lui remettre à elle-même, et de prendre la réponse, que je lui ferais passer par la même voie secrète.
Je fis parler à fei jeune princesse par une femme piémontaise que je connaissais, et qu'elle avait à son
LÉS bBOX ÉËÎNE^. ^
service. Elle daigna ïne doMéf uûe audience le soir, après son coucher public, c'est-à-dire à l'heure où elle était le plus libre et le plus débari*âôsée.
Bu m'apercevànt, elle se jeta à mou cou> me fit l'honneur de me baiser, comme une duchesse, 6n pieu* raut beailcoup.
— Ah! mon pauvre père! mou pauvi*e pèttl me di««. elle -, il est donc perdu saùs t-essoui^eê, que l'on a re cours à mdî^ Je suis bien malheureuse, et il me ftitit avoir l'air de me réjouir... Quel bonheur de pouvoir causer avec vous! Qu'y a-t-il?
Je lui remis la lettre de Son Altesse royale* Elle la lut en hochant la tête.
■^ Hélas ! je ne suis plus pr ittcëèse de Savoie ; je snîi duchesse de Bourgogne, et je n'ai plus le droit dô rien faire pour ma maison. Ma mère doit connaître le roi : je suis dans ses bônîies grâces, il est trai 5 je l'amuse, et je puis obtenir de lui, en l'amusant, ce que
nulle autre n'obtiendrait, mais non pas pour mon père. Je ne hasarderais point une démarche dans ce but, et M. lé duc de Bourgogne me désapprouverait de la tenter.
— Il faut donc laisser périr la Savoie et son prince, votre père et votre pays, madame? m'écriai-je.
Elle se mit à sangloter, à jster des cris, en répétant |
— Je ne suis pas la maîtresse, et le roi ne veut entendre à rien.
— Faites un effort, madame ; ne craignez pas de vous compromettre ; songez quel intérêt immense doit Yous guider!
— Songez aussi que je ne serai avouée ni par mon père, ni par mon mari.
— Vous le serez par votre cœur, madame, et par tous les gens qui peuvent sentir une situation telle que la vôtre.
— Eh bien, j'essayerai.
— Que Dieu vous en récompense!
— Vous qui me partez si bien pour mon père, pourquoi l'avez-vous donc quitté? U en a écrit quelques mots à son chargé d'affaires, en lui donnant ordre de vous remettre vos bardes, votre argent et vos meubles, qu'il vous a envoyés ; mais il ne donne aucun motif...
— Madame, j'ai quitté Son Altesse royale parce que ma position n'était plus tenable; permettez-moi de n'en pas ajouter davantage.
La princesse m'ordonna de revenir le lendemain à la même heure.
— J'aurai parlé, dit-elle
Je revins, et elle avait parlé, en effet, mais sans succès, et sans avoir pu prononcer dix paroles.
— Madame, avait interrompu Louis XIV, je vous aime beaucoup, mais ne me parlez jamais de monsieur votre père; sans «la, je me rappellerais que vous êtes sa fille, et je ne vous aimerais plus.
Telle fut la constante haine que le roi porta toujours au duc de Savoie; même après leur récon- ciliation factice, il ne lui pardonna pas de lui avoir résisté.
La position de Viclor-Amédée était des plus critiques; il lui fallait toute sa force d'âme pour y résister. J'en étais sans cesse occupée, et je me repentais sincèrement de l'avoir quitté. J'aurais pu, croyais-je, l'aider à porter ce poids, qu'il ne porta pas longtemps seul, néanmoins.
Dom Gabriel m'écrivit que, peu de jours après mon départ, madame de Saint-Sébastien avait eu une nouvelle audience, et qu'on ne lui connaissait pas d'affaires à la cour. — J'ai su, il y a six mois, par une amie et confidente à elle, tout ce qui s'était passé. Du temps de sa puissance, on a été discret; mais, à présent, on ne la craint pli;is.
Cette dame m'a montré, m'a laissé même entre les
mains des lettres de la Maintenon piémontaise qui • pro'uvent, jusqu'à l'évidence, avec quelle adresse et quelle astuce son plan fut conduit, comme elle sut
ti) LES DEUX REINES.
aitendre, profiter de tout, et se confonner à son modèle, pour arriver au même but.
Elle ne démasqua ses batteries qu'au moment de réussir. Jusque-là, elle fut humble , souple , soumise, obséquieuse envers tous. On m'accusait de fierté, elle voulut présenter le contraste. C'était une façon de m'accuser. Elle affectait, cependant, de me louer partout, en regrettant de ne m'avoir pas connue davantage. Elle consola le prince de mon départ, par des paroles pleines de douceur et de conciliation.
— Elle était pourtant bien heureuse ! répétait-elle.
Le duc devait comprendre qu'elle eût apprécié ce bonheur-là autrement que moi.
Une circonstance terrible se présenta bientôt, qui resserra .les nœuds de la marquise et du prince. 11 faut lui rendre la justice de dire qu'en cette circonstance elle se conduisit admirablement, et qu'elle justifia la confiance de Victor- Amédée en toute manière.
Je crois qu'elle l'aimait véritablement ; mais je crois aussi que cet amour n'était pas dénUé d'ambition et
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d'égoîstne. Hélas! quel est l'amour où In'y a pas d'égoïsme? quel est celui d'entre nous qui aime uniqueffiônt pour Pobjet aimé? Je n'en i pas connu, de ma vie, qui pussent résister à un examen approfondi, et je n'ai pas la prétention de me faire meilleure que les autres.
La frfrtune avait entièrement abandonné le duc de Savoie. Il avait défendu, pied à pied, son territoire ; mais aussi, on le lui avait enlevé pied à pied ! il ne lui restait que Turin, dont le siège était imminent. Dès longtemps il le prévoyait, et la ville fut ravitaillée, approvisionnée de tout, autant qu« le permirent les faibles ressources du pays ruiné.
On sut que les ingénieurs frança's s'étaient procuré, par surprise ou par trahison, un plan des fortifications de la citadelle; aussitôt les remparts intérieurs, tous les ouvrages à l'abri des observations furent changés ; de sorte que les plans ne servirent plu rien.
La garnison était peu nombreuse, mais choisie, et les bourgeois, organisés en milice, ne urent pas les moins courageux : ils mouraient comme dos héros, sans se plaindre. Un corps d'imoériaux, sous le commandement du comte de Ghaun, était parvenu à s'introduire dans la place, et les aida fort.
Le duc ne quitta pas le siège ; il était parvout à la
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fois, ne ménageant ni sa santé ni son repos. Aussi Famour de ses peuples pour lui allait-il jusqu'au délire.
Ce fut alors, que la marquise de Saint-Sébastien fit agir ses grajides mécaniques.
Un soir, le prince rentrait excédé de fatigue, et, • en se laissant tomber sur un fauteuil, il lui échappa de dire à quelques-uns de ses familiers :
— Ah ! c'est maintenant que j'aurais besoin d'une femme aimée pour me soutenir, d'une amie qui me consolât de mes afflictions en les partageant.
Un maladroit, ou un audacieux prononça le nom de la duchesse Marie-Anne.
— Oui, sans doute, reprit Victor- Amédee; mais la duchesse est Française, Louis XIV est son oncle, son frère est dans l'armée ennemie; quelque tendresse qu'elle ait pour ses enfants et pour moi, son cœur ne peut sympathiser entièrement avec le mien. C'est comme mes pauvres filles en France et en Espagne... Ah! la condition des princesses est bien malheureuse !
Le lendemain, lorsque Son Altesse rentra, elle fut avertie mystérieusement, par un huissier de service, qu'une dame l'attendait dans son arrière-cabinet, dont on n'avait pas cru devoir lui refuser l'entrée, tant elle avait insisté pour voir le prince et pour lui communiquer des choses de la plus grande importance.
LES DEUX REINES. i3
— Et quelle est cette dame? la connais-tu?'
— Certainement, monseigneur: c'est madame la marquise de Saint-Sébastien.
— Ah ! fit Victor-Amédée avec un mouvement de surprise et de joie. Messieurs, je vous remercie, je suis fatigué, je rentre chez moi.
Les courtisans se retirèrent. Us n'avaient pas entendu, mais ils comprirent : les courtisans comprennent toujours.
La marquise jouait un coup hardi, qui devait, où la perdre, ou lui donner ce qu'il lui donna.
Lorsque le prince entra, elle était tremblante ; cette émotion ne fut pas jouée, on le comprend de reste. Elle se leva; elle était fort belle et vôtue de noir, ce qui lui allait admirablement bien.
^Qu'y a-t-il donc, madame? lui dit Victor-Amédée, et qui me procure le bonheur inespéré de vous voir?
La marquise eut un instant d'hésitation qui Tembellit encore ; puis elle s'avanga franchement et résolument vers le prince.
^ Monseigneur, Votre Altesse me pardonnera et m'excusera...
— Je pardonne et j'excuse tout ce que vous voudrez; vous supplie seulement de ne pas me faire lan
14 , LES DEUX RfilNElfS.
guir, car je meurs dlmpatience ; c'est un bonheur si grand et si rare, que j^en suis encore tout ébloui.
— Eh bien, monseigneur, permettez-moi... Vous souvenez- vous du passé?
— 8i je m'en souviens, madame! Vous ne m^âvez pas permis de vous le dire; ôans cela, vous le sauriens depuis longtemps.
-^ Votre Altesse serait étrangement changée, si elle était satisfaite de vivre ainsi uniquement pour Textérieur; après la perte qu'elle a faite d'une affection si longue et si douce, elle doit être seule, sans particuliers intimes, autres que ceux d'une famille à laquelle elle ne peut confier toutes ses pensées.
-^ Ah ! c'est vrai !
— Monseigneur, là jeune fille d'autrefois, en devenant femme, en devenant veuve, n'a pas changé de coeur! Vous avez besoin d'une amie, d'un dévouement de tous les jours, me voici; je suis venue, j'ai passé par-dessus la modestie imposée à mon sexe, et je ne l'eusse paâ ' fait si Victor- Amédée eût été le puissant prince qui, jadis, m'honorait de ses bontés; maïs âun prince malheureux, que tout abandonne, une femme peut offrir son existence et son respectueux attachement. Ce n'est pas une flatterie, alors, ce n'est pas une audâce..«
LÈS DËtlX REÎMËS. i$
— C'est une charité, c'est une bonne œuvre; et avec quelle reconnaissance le pauvre prince accepte cette ûoble et tranche amitié qui le vient tropver ainsi dans sa misère et son abandon! D'autres m'ont laissé à mes douleurs; vous me cherchez, soyez bénie! et, près de vous, je ne me souviendrai que de vous seule.
Madame de Saint-Sébastien n'en demandait pas d'avantage pour ce jour-là; elle feignit de vouloir se retirer, dans Pespoir d'être retenue, ce qui ne manqua pas d*arriver.
A dater de ce jour, elle fut, non pas maîtresse eu titre, car ils ont soutenu Tun et l'autre la chasteté de leur commerce, maïs une amie, une conseillère, Uûe manière d'Égérie de ce Numa guerrier. Elle lui montra un attachement plein de courage, en ne le quittant pas un seul jour, au milieu des dangers. Elle se fit aimer et estimer des princesses, qui prirent son honnêteté au pied de la lettre, sans approfondir une question dangereuse.
le crois, pour dire mon sentiment, qu'elle ne résista pas toujours ; mais je crois aussi qu'elle céda rarement et à propos, de manière à tenir en émotion les désirs d'un homme insatiable, impatient au dernier degré, et dont on obtenait tout, en sachant le dominer avec adresse. Ce qui est certain, c'est que son empite a duré
jusqu^à la mort du duc, et durerait encore, s'il avait vécu.
M. de la Feuillade mit donc le siège devant Turin, et monseigneur le duc d'Orléans, qui avait un commandement dans Tarmée, envoya un officier en parlementaire, pour s'informer du quartier choisi par le duc de Savoie, afin qu'on ne tirât point dessus ; il offrait, de plus, des passe-ports pour les princesses, pour les enfants de Son Altesse, afin qu'ils pussent se retirer sans danger où il leur conviendrait de se rendre. Le roi Louis XIV avait eu toutes ces générosités pour plaire à madame la duchesse de Bourgogne, sans nuire en rien au succès de ses armes et à ses intérêts politiques.
Le duc reçut parfaitement le parlementaire.
— Monsieur, dit-il, répondez à M. le duc d'Orléans et à M. de la Feuillade que je suis sensible, comme je le dois, au procédé de Sa Majesté le roi de France. Je n'accepte rien de tout cela. Mon quartier est partout où ma présence sera nécessaire à la défense de la ville; d'ailleurs, je ne consentirais point à ce qu'on m'épargn&t en accablant mes sujets. Quant à ma mère, à ma femme et à mes enfants, le jour où il me conviendra de les faire sortir, ils sortiront sans qu'il soit besoin d'autre protection que la mienne. Remerciez, en mon
nom, le général, monsieur, je vous en prie. Maintenant, nous allons à l'église rendre grâce à Dieu pour la levée du siège de Barcelone, et ensuite nous aurons une fête à laquelle vous nous ferez le plaisir d'assister; vous pourrez dire que la cour de Turin n'est pas moins brillante sous les boulets français qu'aux temps de sa splendeur. On vous montrera aussi que les dames de ce pays peuvent rivaliser avec les plus belles du monde, et j'espère que vous en rendrez témoignage à nos amis comme à nos ennemis.
Le parlementaire a retenu ces lières paroles et les a rendues à M. le duc d'Orléans, de qui je les tiens ; il assista aux fêtes et y fit bon visage, avec cette merveilleuse facilité des Français à se plier à toute chose. Les dames de la cour déployèrent pour lui leurs plus beaux atours et leurs plus séduisants sourires; elles prétendaient qu'il devait emporter un parfum de leur beauté, de manière à rendre toutes les dames de France jalouses et tous les seigneurs français amoureux. Ce qui est sûr, c'est qu'il en rapporta une charmante aventure pour M. le duc d'Orléans, qui me la raconta et ne me fit point défense de la répéter. Le pauvre prince^ d'ailleurs, en eut bien d'autres depuis, que tout le monde sut, et qui ne furent ni aussi charmantes, ni aussi honorables.
IS LtiS DtUt ftËlNËS.
U avait graûdé eûtie de voir la princesse sa sœur, qu'il aimait si fort, qu'on a commencé paf la lui donner pour maîtresse, avant de lui donner ses filles. Ce n'était pas plus vrai pour les unes que pour les autres; jamais prince ne fut plus ealoiUnié que ce régent, qui, cependant, avait bien assez de vices pour qu'on ne lui en prêtât point.
En ce temps-là, c'était un beau prince, tout jeune, déjà corrompu, mais encore romanesque, très-spirituel, trèsinstruit, très-brave et très-bon, celui des descendants de Henri IV qui lui ressemblait le plus, même au physique; on ne saurait le flatter davantage que de lui dire cela.
Il fil demander à «on beau-frère un sauf-conduit pour aller passer une journée avec la princesse Marie- Anne, en donnant sa parole d'honneur qu'il ne verrait rien dans la place que ce qu'il devait voir, et qu'il n'y aurait personne dans sa confidence; il devait se déguiser de façon à n'être pas reconnu.
Le duc connaissait la loyauté de ce pauvre calomnié; Il lui envoya le sauf-conduit, en ajoutant qu'il espérait le voir plus d'une fols en faire usage. M. le duc d'Orléans, dès le soir môme, prit un costume de miquelet (il y en avait danë les deux armées), se présenta à la porte, absolument seul, entra avec son saufconduit, et demanda le chemin du palais.
LES DËUÏ REINES. Id
On ne l*attendait que le lendemain ; aucun ordre n'était donné pour son introduction. Comment arriver jusqu'à la duchesse, à une pareille heure, sous un pareil costume, sans sô trahir?
Le prince s'abandonna au hasard, eùtra dans les jardins, encore ouverts à cause de la chaleur et parce que Victor-Amédée donnait asile à tous ceux dont les maisons étaient les plus menacées, il y avait donc une foule considérable.
• 11 passa inaperçu, allant toujours, cherchant parmi ces visages celui qui lui inspirerait assez de confiance . pour s'adresâer à lui .
M. le régent a toujours aimé les aventures, celles surtout qui ne ressemblent point aux autres. Il lui semblait très-amusant d'être ainsi perdu aii milieu de ces gens, qui l'ignoraient en le détestant.
L^efTet que son nom, prononcé, eût produit dans ces groupes, si agités déjà de leurs craintes, ne peut se calculer. Il en eût peut-être été victime, la duchesse avec lui, et la confiance aveugle que ces peuples avaient en leur souverain en eût certainement été ébraulée. Aussitôt M. de Savoie tremblait-il à l'idée d'une imprudence.
A force de regarder parmi les jolies filles, qu'il avait grande envie d'aborder, le duc en avisa deux assez
lestement mises, fort agréables, qui cheminaient ensemble en causant. Il les suivit, écoutant leur caquetage, non pour y puiser des renseignements sur ce qu'il cherchait, mais pour y puiser des renseignements sur elles-mêmes.
Il trouva les uns et les autres, et le hasard, son
dieu, le servit à merveille. C'étaient justement deux filles attachées à la duchesse; elles étaient de sa chambre, et Tune d'elles surtout, la plus jolie, semblait tout à fait dans ses bonnes grâces. Elles se racontaient mille petites aventures de palais, riant à gorge déployée, malgré la tristesse générale, habillant la Saint-Sébastien en fidèles servantes, plus jalouses du bonheur de leur maîtresse que celle-ci ne Tétait elle-même.
Au bout du jardin, elles se séparèrent; la plus jolie embrassa sa compagne et retourna au palais pendant que l'autre continuait sa course.
Le prince attendait ce moment et aborda la promeneuse.
Bien que d'une naïveté relative, elle n'était pas sauvage, et ne se sauva point devant ce beau jeune homme, três^poli, qui lui demanda, chapeau bas, si elle ne pouvait point l'introduire dans l'appartement de madame la duchesse et lui faire parler à une de
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ses filles d'honneur, ou à une des personnes de son service intime.
L'enfant le regarda avec soupçon et répondit en hésitant :
— J*en suis, moi, de son service intime; mais que lui voulez-vous, monsieur, à Son Altesse royale?
— Elle récompensera certainement la personne qui m'introduira près d'elle : j'apporte un message qu'elle attend.
— Une lettre?
— Non, un message verbal; il faut que je lui parle à elle-même.
— De la part de qui venez-vous?
-^ De la part de son frère, dit-il très-bas,
— Chut! suivez-moi, et taisez-vous!
— Voici un sauf-condnit de M. le duc de Savoie, pour que je puisse entrer dans la ville et en sortir librement. Vous voyez que je ne vous trompe point.
La jeune fille fit un sourire qui signifiait beaucoup et qui lui donna de l'importance à ses propres yeux par l'idée d'être initiée à un grand secret. Elle marcha devant, faisant signe au prince de la suivre, et ils arrivèrent ainsi à un escalier conduisant chez la duchesse et descendant directement dans le parterre.
Josefa passa la première, recommandant à son
22 LES DEUX I^EINÇÇ.
compagnon de marcher doucemeAt; puis, aprÔ9 avoir
monté deux étages, elle Tintroduisit daws une petite chambre toute blanche, en fçsrma la porte derrière eux, et lui demanda alors d'un ton décidé :
— Voyons^ D[iaintenant, que lui vaule;ï-Y0U3, à madame la duchesse?
Le prince se niit à rirç.
— C'est à elle que. je veux parlçr^ uon paçi h vquç, la belle enfant.
— On ne lui parle pas comme cela si facilement, à potre princesse, toute bonne qu'elle eçt
— Je viens de la part de M. le duc d'Orléans; je ^nm porteur d'un message verbal pour n^adame la duchesse: elle m'attend; il s'agit seulement' de la prévenir que je suiç là, petite curieuse.
Josefa hésitait toujours et faisait une moue qui l'enibellissait encore. Le prince la trouvait plus joli que les grandes dames ; il se uiQurait d'envie de le lui dire, et Philippe d'Orléans n'était pas homnae à ne pas satisfaire un débir, quand l'occasiou lui semblait favorable.
— Mademoiselle... Votre uom, s'il voua plaît?
— Josefa, monsieur.
— Mademoiselle Josefa, vous me paraissez aussi obligeante que vous êtes jolie, et j'ai grande envie de
me confier à vous, si vous êtee %U38i discrète que vous êtes obligeante et jolie, •«r- Oh! oui, monsieur, je auis bien diçcrèt^.
— Eh bien, mon message u^estpas tellemeat pressé, que je ne puisse songer un peu à moi, avant de le remplir.. Depuis longtemps je vagua par la villQ, je suis très-fatigué, jç me meura de faini. N^y aurait-ril pas moyen de souper un peu ayant d'aller chez Son Mtesse royale, qui ma tiendra lougteinpa, peutrètre, et ne me renverra à mon maître que fort tard ?
^Je vais vous conduire à Tofiice 9ur-le-cbamp, monsieur.
-p- Ban y mais à l'office ou se demaudara : a Quel egt cet étranger? que vient-il faire? » Et, de deux choses Tune : vous compromettes ou votre maltresse, ou vou^-même.
— C'est vrai! Pâme, Qa ce cas, allez souper ailieurâ.
— Non paf... On ne doit ppint me voir ailleurs, Si ou me reconnaissait pour Français, on me mettrait en morceaux.
— Vous avez raison!
— U y a biçn uu autre moyen, mais vous ue le vouc^rez jamais.
— Lequel?
— Si vous alliez me chercher à manger, etque voii. rapportiez ici...
— Dans ma chambre, monsieur!
— Oui, dans votre chambre, belle Josefa; et où est le mal? J'y suis bien en ce moment ; qu'importe cpie j'y sois assis ou que j'y sois debout?
Le raisonnement fut appuyé d'un sourire, d'un regard croisé avec le regard de la jeune fille, qui se fixait sur un visage, bien franc, bien loyal, bien ouvert, rempli de promesses, et disant aussi clairement que les plus belles phrases : « Je vous trouve charmante, et je vous aime! »
Josefa était une honnête fille; mais elle était coquette, elle aimait à plaire; elle avait grande confiance en elle-même, et puis il y avait une certaine importance à traiter chez elle le messager de M. le duc d'Orléans, son confident, peut-être. L'imagination d'une jeune fille fait beaucoup de chemin en peu de temps, et le mariage est au bout de tous ses rêves. Le Français, si bien tourné, pouvait être un bon parti; sa maîtresse et son frère pouvaient les unir, les doter, que sais-je?
— Et, enfin, se disait Josefa, c'est une bonne action que d'empêcher ce jeune homme de souffrir, ou de tomber entre les mains de ces méchants qui veulent tuer les Français... Il y en a de très-aimables, après tout.
bi
fille se décida.
Le prince Fespérait bien, et la bonne fortane lui semblait appétissante au suprême degré.
Il sUnstalla près d'une fenêtre ouverte sur le parc. La nuit commençait à descendre, une nuit parfumée, étincelante, une unit dltalie au mois de juin. Il jeta décote et manteau et chapeau, pour être plus à son aisé, et remercia la jeune fille avec une ardeur dont elle ne s^effraya pas, et qui la réjouit, au contraire : ses projets prenaient une figure de réussite.
— - Attendez ici, dit-elle; je reviens bientôt, je vais voler pour vous. J'apporterai ce que je pourrai, il &ndra vous en contenter. Par exemple^ vous souperez sans lumière, au clair de la lune... Une lumière nous trahirait, et je serais perdue... Attendez!
fille laissa M. le duc d'Orléans seul, un quart d'heure à peine, et revint, chargée d'un souper délicat, qu'elle avait maraudé à Toffice; elle raconta au duc, avec toute la grâce et la gentillesse de son âge, les ruses employées par elle pour se procurer chaque chose, qu'elle plaçait, au fur et à mesure, sur une petite table devant Philippe, qui se confondait en remerclments.
— Vous mettez deux couverts, j'espère? dit-il.
— 11 le faut bien, ou je .ne toucherais à jeun. J'ai annoncé que je resterais dans le cabinet de Son Altesse,
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à attendre ses ordres, et que je m descendraib* point.
Ils s'établirent tous iea deux Jeunes, l)eaax, riants; l'un, si corrompu, qu'il jouait TijinocencQ k s'y méprendre; l'autre, si in^Qç^ute^ qu'oUe ne soupçonnait absolument rien.
Le due étourdit sa eompaguo de compliments, d^ folies; il IHntéressa, il la fit rij^ il la toucha ensuite; il lui paria des dangers qu'il courait, de la mort su?^ pendue sur sa tête pendant c^ siège terrible^
•«*^£t si j'ètaîk heureux, encorel (\iouta-t-il,. si j'avais quelques beaux moments en co monde avant de le quitter!
La pauwe Josefa avait apporté, pour sou malheur, deux bouteilles de vin d^ Sicile, ce vin qui porte si vite au cœur et au œrveau; pour son malheur, encore, elle en avait bu, elle accoutumée ft la sobriété ; pour sou malheur, surtout, le prince était jeune, beau, éloquent|
La soirée avait de oeft émanations ^nivra^tes que 1q& climats chauds connaissant seuls : Josefa comprit que ce jeune homme avait bien droit à un peu d^ bonheur sur la terre, et qu'il serait cruel, barbare, de lui refuser le baiser qu'il lui demandait avec tant dlnstances. Et puis il lui persuada qu'il raimàit, qu'il ne
4 LfiS DEtX HfitNËS. tr
vivrait pas sans elle désormais ; il lui persuada œ que les amoureux persuadent si bleu aux filles qui les écoutent, et qui se laissent tromper, parce qu'elles commencent par se tromper elles-mêmes.
Il en résulta qu'au lieu d'aller souper avec madame sa sœur, de la voir ce soir-là, le duc ne parut que le lendemain, comme s'il arrivait. Il n'osait plus lever les yeux devant Josefa, qui, en apprenant son rang; fut bien confuse et bien malheureuse.
Le prince n'en vint pas moins la voir en secret, fort souvent, même au milieu des batailles et de la mousqueterie. Son caprice pour elle fut assaisonné par ce sel dangereux, qui le rendit plus violent et plus durable. Il parait que la jeune fille s'humanisa.
En quittant l'Italie, Philippe se confessa à la "du*" chesse, et la pria de marier sa jolie suivante, en se chargeant de la dot. On a prétendu qu'il était résulté une petite fille de ce joli commerce. 11 est sûr que M. le régent protégeait beaucoup une personne qu'il tn'a recommandée, laquelle venait de Turin, et voulait se placer ici, prés d'une grande dame. Il lui a ffetit une petite fortune, et la toyait souvent. Bile est entrée, comme maltresse de la lingerie, chez madame la duchesse de Berry. A la mort de celle-ci, elle est revenue au Palais-Royal, et je croie qu'elle a suivi madame de
Modône, lorsqu'elle alla dans ses États, après son mariage. Son âge correspondait à peu près à la date de cette aventure.
Revenons au siège de Turin.
L'attaque marchait bien lentement, et le siège menaçait de devoir être long. Yiclor-Amédée était encore maître d'une des portes, et pouvait ravitailler la ville. Par une manœuvre habile, M. de la Feuillade se rapprocha des lignes du prince et investit ainsi presque toute la place.
Le duc alors comprit que le danger devenait sérieux.
Il fit partir pour Gherasco les princesses et ses enfants, les miens, dont je ne laissais pas que d'être inquiète, le chancelier, les personnes âgées de sa cour; le vieux prince et la vieille princesse de Garignan s'y prirent si mal, qu'ils furent enlevés par les Français, et qu'on les conduisit au quartier général, où ils furent déclarés prisonniers de guerre.
Madame de Saint-Sébastien résista aux ordres, aux
prières, et déclara qu'elle ne quitterait pas le prince d'une minute. Elle vint s'établir tout à fait au palais près de lui, et, lorsqu'il allait aux remparts, elle le suivait sans affectation, de façon à ne pas le perdre de vue, et à se trouver là, en cas d'accident.
Victor-Amédée avait à la fois trop de bravoure et trop d'habilité pour ne pas essayer tous les moyens possibles de sortir d'une position aussi critique.
Q imagina une manière de sorties quotidiennes, à Faide desquelles il inquiéta M. de la Feuillade et Tattii^a à sa poursuite plusieurs fois, tantôt d'un côté, tantôt de l'autre. Il lui échappait toujours, grâce à la vivacité de ses mouvements et à la connaissance parfaite qu'il avait du pays, ou aux intelligences qu'il s'y ménageait.
Ces manœuvres lui servirent aussi à jeter des secours
dans quelques petites places qui tenaient encore pour
lui, et qu'il soutint.
Dans une de ces rencontres, il fut blessé, foulé aux
ieds des chevaux, et faillit perdre la vie.
Madame de Saint-Sébastien, à la nouvelle de cet ac-
c*înt, sortit de la ville, presque seule, et courut au-
de nt du prince, en s'exposant à se laisser prendre
Pî^r-)g troupes, qui, certainement, ne l'eussent point
rend gaus une rançon de plusieurs natures. Elle eut
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le bonheur de le rejoindre, et le bonheur, plus grand encore, de le soigner, autant qu'il voulut le lui permettre, car, dés le lendemain, il recommença ses courses.
La disette devenait grande dans la ville ; on y fit son profit de tout ce qui se pouvait manger, même du petit chien de la marquise, que ses gens laissèrent sortir, et qui fut mis à la broche par un pauvre ménage, ni plus ni moins que les Chinois, qui, ^t-dn, mangent ces animaux.
Je regarde ce fait comme aussi monstrueux que l'anthropophagie ; les chiens sont nos vrais amis,et il est infâme de les réduire à la condition de gibier on de bêtes de basse-cour. Manger un chien, fi donc! Je ne com*prends même pas comment on a le courage de le tuer.
Les Allemands et les Suisses désertaient par bandes; ils trouvaient la cuisine mauvaise. Tout était à Textrêmité, quand on apprit Theureuse nouvelle que le prince Eugène, à force d'habileté et de courage, avait percé les lignes ennemies, traversé le Pô, et arrivait au secoun de la ville.
Le duc alla au-devant de lui, et je vous laisse à pr ser tout ce qu'ils se dirent.
Le prince Eugène aimait peu son Cousin, je suisp^cée de l'iavouer ; mais i] aimait fort sa maisoiF^ ^
haïssait les Français; deux raisons qui, sans comptei sa gloire, l'engageaient à tout mettre en œuvre pour réussir.
Il ne put cependant arriver assez à temps pour retarder Passaut général, que le marquis de la Feuillade, impatienté, donna, un peu à la hâte, dans Pespoir d'empêcher sa jonction avec le duc de Savoie, et d'eniporter la place avant qu'il pût la secourir.
Les Français furent repoussés sur tous les points ; ils perdirent beaucoup de monde. Le prince fit des prodiges de valeur : il se battit comme un lion.
Un pauvre homme que j'ai bien connu, quî venait souvent chez moi, où il travaillait à mes jardins, et que mon fils aimait particulièrement, à cause des beaux jouets qu'il lui fabriquait : un nommé Pierre Mîcca, simple ouvrier mineur, se fit, à cet assaut, un nom immortel, un nom à placer à côté de ceux de Curtius ôt de Scaevola. 11 venait de charger une contre-mine, et il voyait l'ennemi prêt à l'éventer ; il ne lui restait pas le temps nécessaire pour se retirer : il y mit le feu et, se retournant vers ses compagnons :
— Allez, leur dit-il, sauvez- vous, vous autres, vous le pouvez ; recommandez au duc ma femme et mes enfants. Quant à moi, je meurs ici ; mais je n'y mourrai pas seul !
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Et il jeta un tison sur la poudre, qui, au môme instent éclata, et l'engloutit, lui et tous ceux qui se trouvaient au poste ennemi voisin.
Victor- Amédée ordonna que, pour récompense, la famille de Micca recevrait, à perpétuité, deux rations de pain par jour, par individu ; récompense tout antique et toute Spartiate, mais que Ton ne trouva pas généralement suffisante. Je Tai dit, Victor-Amédée était fort économe.
Dès le commencement du siège, les Français furent découragés par un présage qui, en même temps, releva beaucoup les espérances des assiégés.
11 y eut une éclipse de soleil presque totale, et, comme cet astre était l'emblème de Louis XIV, on y vit pour lui un signe de ruine et de déchéance.
— 11 va donc pâlir et s'éteindre, cet astre qui, au lieu d'éclairer, brûle, disait le duc de Savoie; c'est la volonté de Dieu, et c'est ma main qui l'accomplira.
te présage ne se vérifia que jusqu'à un certain point; cependant, les revers et les pertes successives qu'é- . prouva le grand roi, pendant la derDière partie de son règne, peuvent bien justifier l'éclipsé.
Je retrouve, dans mes papiers, des vers qui coururent en ce temps-là, ou à peu près, lors de la bataille d'Hochstedt, quand les Anglais, enchantés de leur
victoire, firent construire une pyramide sur le champ de bataille, avec une inscription pompeuse.
Je vais citer ces vers, parce que la postérité ne les connaîtrait peut-être point, la pyramide ayant été détruite depuis :
Màngreblen da fat qui t'a fait.
Vaine pyramide d'Hochstedt.
Ah! si, pour pareilles vétilles.
Pour chaqpie assaut, chaque prise de viRe,
Louis, ce héros si parfait, .
Avait fait dresser une pile.
Le pays ennemi serait un jeu de quilles.
Cette victoire d'Hochstedt n'en donna pas moins beaucoup de gloire au duc de Malborough, beaucoup d'espoir aux Italiens.
Le prince Eugène arrivait d'ailleurs à grands pas; tous les yeux étaient fixés, à Turin, sur la colline de la Superga, où Ton devait arborer les signaux -annonçant Tarrivée. des secours.
Ils parurent enfin. Ce furent des cris de joie dans toute la ville et des réjouissances à ne point finir. On s'embrassait dans les rues, on se montrait de loin ces bienheureux signaux; ce fut une ivresse générale.
M. le duc d'Orléans, qui n'était venu qu'en voyageur, et i»*esque en officier d'aventure, les premières fois, arrivait alors, avec son corps d'armée, pour renforcer
34 LBft DfiVX HKINKS*
celui de la Feuillade, et, ddd le lendemain, on tint nn conseil de guerre, fions un peuplier dont ma fille me parlait hier encore, et qui e«t jievenu célèbre dana le pays, où on le. conserve avec soin.
Chacun y donna son avis. Le meilleur était celui du jeune prince, qui voulait loyer le siège à Tinstant même et marcher aU'-devant de Tarmèe qui s'avançait.
— Si la bataille est gagnée, di8ait**il, la place tombera d'elle-même ; si elle est perdue, il sera indispensable de se retirer.
Mais Louis XIV, qui ne permettait pas aux princes de son rang, pas même à Monseigneur, pas même & ses petits-fils, d'acquérir trop de gloire, avait donné un tuteur à son neveu. Le maréchal de Marsin exhiba un ordre du roi de lui obéir en tout.
Il fallut céder.
— Messieurs, s'écria le jeune prince cotttroncé, j'ai un tuteur! Ma chaise de poste... Je pars.
11 ne partit pas, il aimait trop à se battre *, mais il maugréa de toutes ses forces. Il n'en parlait pas encore de sang-froid, bien des années après.
Le prince Eugène et Victor-Amédée montèrent à la Superga pour examiner le pays, la ville et les armées. Avec un coupd'œil d'aigle, le prince de Savoie dit sUN
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le-champ, à la Tue de quelques mouYements incertaîiis de l'ennemi :
— Mon cousin, ces gens-là sont à demi battus.
La bataille commença presque sur-le-champ; elle fut terrible el disputée des deux côtés avec un achar* nement sans exemple ; mais la fortune était en ce moment pour Victor-Amédée. Jamais victoire ne fut plus complète.
LemaréchaldellarsinfuttuéyiedncdXkléans Uesaé assez grièyem^t; l'armée dut s'enfuir jusqu'à Pigne-* roi. Vous saTes ce que sont nos retraites, quand la pa-^ nique s'en môle.
On prit tout ce qu'elle laissa, canons, caissons, tentes» argent, bestiaux, sanseompter des prisonniers innombrables. Ce fut magnifique à voir pour les vainqueurs, et enonre plus à empocher, car on trouva dans le camp de vrais trésors, en vaisselle et en joyaux.
Les deux princes rentrèrent dans Turin en triomphateurs; le peuple ne les laissait pas avancer, tant il les entourait, en baisant jusqu'aux crins de leurs chevaux.
On chanta un Te Deum^ et l'église Saint-Jean retentit des cris d'enthousiasme et de joie.
La marquise de Saint-Sébastien reçut les hommages des grands et même ceux des petits, (rai* une vingtaine
g6 LES DEUX REINES.
de polissons la voulurent porter en triomphe. Ëllefut assez modeste pour s'y refuser, en disant qu'elle n'avait pas gagné la bataille.
Le duc conduisit, le soir, chez elle, son valeureux causin; ils y soupèrent. Le prince parla peu, et se montra fort réservé; et, comme Son Altesse royale lui en demandait, le lendemain, la raison :
— J'aimais mieux madame de Verrue, lui dit-il; elle était franchement votre maîtresse, on pouvait plaisanter avec elle. Cette dame-ci fait la prude et m'a l'air d'une fine mouche. Prenez-y garde, mon cousin! j'ai vu commencer madame de Maintenon, elle avait de ces airs-là.
La prédiction s'est accomplie. Le prince Eugène se l'est rappelée lorsque les denderg événements sont arrivés; il me l'a écrit. Ce n'en fut pas moins un beau moment pom* elle que cette victoire et la levée du^siége; l'absence des princesses la rendait la première dame du pays> et les plus grands honneurs lui furent prodigués ; elle les goûtait fort, et il lui en coûta de descendre.
Victor-Amédée voulut conserver le souvenir de cette belle journée, la plus belle de son règne, assurément. 11 fonda des solennités annuelles pour le jour de la Nativité de la Vierge, anniversaire de cette victoires.
LES DEUX KEINES. 37
et, avec les dépouilles enlevées à Pennemi, il fit bâtir un magnifique monument à la Superga, au lieu même où le prince Eugène et lui avaient décidé le plan de la bataille. Il ordonna que ce temple devînt le Saint-Denis de la Savoie, et voulut y reposer, ainsi que ses successeurs; il établit des prêtres et des moines pour y dire des messes et pour y demander à Dieu le salut de la Savoie. Cet édifice coûta des sommes folles : oa le comprendra, quand on saura qu'il n'y avait pas une goutte d'eau sur ces hauteurs et que^ toute celle dont on se servit dut y être transportée à dos de mulets. Les pierres et le marbre vinrent aussi de carrières éloignées. Ge furent des frais immenses; mais on assure que cela est magnifique, et qu'il n'y a guère, en Europe, de plus beau monument.
Les Français durent quitter Tltalie, à la grande joie des Italiens, et aussi à la leur; ils maudissaient œ pays, de tout temps funeste à nos armes. Dieu ne veut pas que nous nous y établissions apparemment; ce serait trop de deux joyaux semblables à une seule couronne.
Il y avait, danr l'armée du prince Eugène, deux Français transfuges, qui ont fait bien du bruit dans le monde» un surtout, le comte de Bonneval.
Après avoir été au service de toutes les puissances^
après s'être fiait chasser de tous les pays, y compris le sien, où il ne pouvait rentrer sous peine de condamnation à mort, il s'est allé faire pacha, et il tient un rang distingué en Turquie, où Ton parle fort de lui.
Il était d'une bravoure magnifique, que le prince Eugène admirait lui-même, et dont il entretenait ses amis, car il m'en a écrit plusieurs fois. Son esprit était au niveau de son courage; il avait bien le défaut d'être un peu escroc, un peu voleur : il fut pendu, en e£5gie« en Grève, pour avoir malversé les deniers du roi, à flon régiment; mais cela ne l'occupait guère ; il en riait de tout son cœur, et ne se cachait pas de corriger la fortune aux dépens de ceux dont l'adresse n'était pas à la hauteur de la sienne.
L'autre Français que le pnince Bugène accueillit, pour faire pièce, disait-il, au roi de France, était jjil. de Langallerie, devenu lieutenant général, homme d'un esprit charmant et d'un caractère étrangement particulier. 11 avait dans l'imegination toutes les folies de la terre, et il les mit ^ exécution les unes après les autres.
D'abord, il quitta le service de l'empereur pour entrer à celui du czar, lequel ne le satisfit pas davantage. Il s'en alla alors en Hollande, où il «'établit k Amsterdam, ne trouvant rien de mieux que de se faire
LES BBUK REINES. S9
protestant et d^aller au prêche. Il se fit ainsi donner la charité, s'il tous plaît, car il ne lui restait pas le sou.
Lorsqu'il eut fini d'épuiser les bourses, il s'associa avec un autre aventurier qui se faisait appeler le comte de Linange, et se mettait en officier de'marine, ayant servi pour le roi. Tous deux s'engagèrent à une manière de corsaire, pour commander en chef et aller établir, l'un par terre, l'autre par mer, une république ©t une nouvelle religion je ne sais où. Mais ils prirent fnal leurs mesures, tombèrent entre les mains d'agents dépéchés à leur poursuite, et P^Enpereur les fit tout bonnement pendre, sans autre forme de procès. J'aykia connu ce Langallerie à Turin, où il était déjà venu une premi^e fois.
Le duc porta la guerre dans le Milanais, où la victoire le suivit encore. La chance avait tourné. Une campagne en Provence et en Dauphiné fût résolue. Le prince Eugène et Victor-Amédée y entrèrent, et allèrent mettre le siège devant Toulon. Us fnrent contraints de le lever, aussi bien que, Tannée suivante, à firiançon. Ils eurent même quelque peine à s'en tirer.
— Il est aisé d'entrer en France, disait Eugène ; seulement, il est difficile d'en sortir.
La gu^re eontinaait, mais fail^ement. On négoeioât
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SOUS main. Louis XIV essaya plusieurs fois de détacher Vîctor-Âmédée de la ligne : celui-ci refusa toujours de traiter sans ses alliés ; il espérait de plus belles conditions en les dictant avec eux, ce qui ne manqua pas d'arriver, en effet. Les intrigues se croisaient en tout sens : plusieurs projets furent repris et abandonnés; TÂngleterre, surtout la reine Anne, soutenait le duc de Savoie, et voulait lui donner la Sicile avec le titre de roi, qu'il ambitionnait par-dessus tout. On hésitait à lui donner le royaume au nord de l'Italie; le roi le voulait, TAngleterre ne le voulait point. Celle-ci remporta. Le traité d'Utrecht, d'abord, celui de Rastadt, ensuite, lui assurèrent ce royaume, objet de tous ses vœux. 11 obtint encore de grands avantages, des forteresses, pour remplacer celles qu'il avait perdues, des concessions de tout genre; il ne fut jamais si content de sa vie.
— Eh! eh! disait-il, il y a loin de Turin à Païenne; mais qui sait ? avec du temps et de la patience, la maison de Savoie parviendra peut-être à s'y rendre par ses domaines. L'Italie est un artichaut qu'U faut manger feuille à feuille.
II était alors à l'apogée de son bonheur. Madame de Saint-Sébastien tenait plus largement sa place que jamais, et les princesses en étaient venues à compter
LES DEUX REINES. 4i
sérieusement avec elle. Elle se donna beaucoup de mouvement dans toutes ces négociations; elle était plutôt rhomme d'affaires que la maltresse du prince, et jamais procureur diplomatique ne parla mieux qu'elle le langage de la chicane.
Elle connaissait bien son royal amant, sans doute ; car nous voyons comment tout cela lui a réussi.
Le roi voulut aller sur-le-champ se faire couronner à Païenne. Il laissait à Turin le prince de Piémont, son fils aîné, aidé ou plutôt conduit par an conseil administratif. Madame Royale se mourait d'envie de retremper un peu le bout de ses doigts dans le pouvoir ^niais Yictor-Âmédée n'était plus le fils soumis d'autrefois : Il se douta des prétentions de sa mère, et, pour y couper court, il ne voulut même paâ lui laisser le temps de les énoncer.
— Je connais votre éloîgnement pour les affaires du gouvernement, madame; aussi, j'ai nommé un conseil administratif qui doit s'en occuper en mon absence. Vous n'aurez donc rien à faire qu'à vous bien porter
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et à yme dans le repos qui vous est si cher. A mon retour, j'espère tous trouver heureuse et engraissée.
L'épigramme était trop forte pour que la princesse ne la sentit pas. Bile dut se taire et renfermer ^on mécontentement.
Le prince s'emharqaa à Villefi^anche, escorté d'une flotte anglaise, il emmenait la reine Marie-Anne, le duc d'Aoste, son second fils, et la marquise de Saint- Sébastien, la véritable reine en ce temps-là
Il déploya un luxe et une magnificence auxquels ses sujets savoyards n'étaient pas accoutumés; mais, en môme temps, il montra une fermeté, une volonté invincible qui effraya ces peuples habitués à la mollesse du gouvernement espagnol.
Le nouveau roi ne resta qu'un an en Sicile; il n'eut pas le temps d'exécuter la moitié des plans qu'il avait conçus pour le bien du pays; il retourna en Piémont, où de grands malheurs l'attendaient.
Pendant cette année de séjour à Palerme , madame de Saint-Sébastien s'acquit encore de nouveaux droits à sa tendresse par l'habileté qu'elle déploya dans ses rapports avec la reine et avec les Siciliens, qu'elle trouva moyen de ramener au prince sans choquer la jalousie de Marie-Anne d'Orléans, ni laisser trop voir la main qui les conduisait.
LB8 DEUX RKINE$« #
Pal dit qnCen partant Yictor-Âmédée (ityait confié 1^ TégmcG au prince de Piémont, son fils aîné, sou9 la sarveillance et la direction d'un conseil. Ce fils avait •eize ans; il était grand, formé comme un bomme et étonnant par son intelligence et ses manières* Sou-^ yent, pendant sa i régence, et cela par ordre de son père, on le laissa décider seul les affaires épineuses ; il s'en tirait toujours à merveille. Il était adaré de ses peuples et de la cour, adoré de madame Royale, adoré de ma fille, qu'il aimait tendrement et dont il avait fait sa confidente intime : c'est d'elle que je tiens tQi$ ce qu'on va lire* Elle v^ait de se marier alors, et la tendresse de son frère n'avait pas peu contribué à Tét*^ Iriissement magnifiquement trompeur qu'on lui fit faire*
Pendant Tabsenoe de son père, le jeune prince tiiit sa cour chez madame Royale. 11 reçut avec une gràc^ une aménité et des façons superbes, auxquelles la stricte économie et le sérieux un peu rogue de Yicto?^ Amédée n'avaient point accoutumé les dames. J'avais Ta cet enfant très-jeune; il me conservait un bon souvenir, que ses relations avec ma fille entretenaient; il ne pouvait souffrir madame de Saint-Sébastien, qui le lui rendait avec usure. Elle le desservait à plaisir dans l'esprit de son père, et, lorsqu'elle apprit qu'il faisait si bien eu son absence, elle ne cessa de lui répéter, avec
on air de componction, que c'était fort heureux pour Favenir, mais qu'il était dangereux pour un père de voir un prince de seize ans si capable.
— Il voudra prendre part à tout maintenant, et TOUS ne serez plus le maître.
— C'est ce que nous verrons, répondait le roi. Aussi, lorsqu'il revint, il traita son fils avec la plus
grande froideur, aJ^ectant de l'écarter exprès des conseils, et défendant aux ministres de l'instruire de rien. Lorsque madame Royale lui parlait de sa joie d'avoir un tel fils, il répondait :
— Oui, il ph)met beaucoup, il promet trop; il faut qu'il se modère. Je ne suis pas encore en &ge d'abdiquer ni de mourir, je suppose, et je n'ai que faire d'un remplaçant, d'un suppléant, pendant que je puis tenir les rênes de mon État.
Ces paroles furent répétées au jeune prince, déjà abreuvé de dégoûts, déjà désolé de la manière dont le ïoi l'avait reçu et des froidei^rs inouïes qu'il lui montrait. Il était d'une santé faible, comme tous les enfants précoces, d'intelligence sérieuse. Il commença à prendre une petite fièvre lente, dont il ne se plaignait qu'à sa sœur, qui ne put jamais le faire soigner; mais il changeait à vue d'oeil. La cour lui témoignait des empressements infinis, malgré la disgrâce dans la-
quelle le roi le tenait; ce qui acheva d'exaspérer celuici. 11 n'est sorte d'avanies que ne lui fit subir Victor- Amédée, au point de ne lui plus parler lorsqu'il le voyait, et de ne pas lui répondre quand le prince lui adressait les questions ordinaires, que le respect et la déférence lui ordonnaient.
On était, alors, dans le carnaval. Les dames se souvenaient des bals qu'il avait donnés l'hiver pjécédent, lorsqu'il était le maître. Elles le prièrent d'en ordonner un autre. 11 ne crut pas trop s'avancer en leur promettant de demander au roi l'autorisation de les recevoir chez lui; mais, lorsqu'il en ouvrit la bouche, il fut repoussé avec une dureté sans égale.
— Un bal chez vous, monsieur, quand je suis ici et que je n'en donne pas! Vous voulez achever de prendre de l'importance, et vous vous croyez un personnage parce que vous avez été un an sous la tutelle de mes conseillers, avec une ombre de pouvoir. Apprenez que je suis le maître et que, tant que je vivrai, vous n'êtes rien ici, entendez-vous? rien que le premier de mes sujets, le plus soumis, celui sur lequel mes droits sont doublés par mon droit de père. Ne me demandez donc point ce que je ne veux pas vous accorder, et tenez-vous pour averti que vous avez en oore de longues années à m'obéir.
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Le prince n'avait pas murmuré une fois depuis trois mois cfuë durait cette tyrannie; il ne murmura pas davantage. Il baissa la tête, salua profondément et se retira chez lui, où il pleura beaucoup avec sa sœur.
— Ceci est mon dernier coup, dit-il, je n'en reviendrai pas. Mon père m'a blessé au cœur par sa défiance et sa dureté ; rappelez- vous ce que je vious dis, avant huit jours, je ne serai plus en vie.
Le soir, il se mit au lit, aveb une fiètre ardente et d'affreuse douleurs; il ne dit "rien et n'appela per-» sonne. A son réveil, ou plutôt au réveil des autres, il ne se put lever et pria qu'on lui lit venir la reine, madame Royale et Ift pricesse de Garignan. Quand il les vit toutes les trois, il fondit en larmes et leur dit :
— Il faut nous quitter.
Vous jugez les cris et les désolations. On appela tous les médecins ; ils trouvèrent le mal grave et jugeront qu'il en fallait Instruire le roi. Celui-ci ne s'en alarm i pas d'abord et répliqua qu'ild se trompaient, que son fils étaient seulement contrarié et boudeur. Pourtant, sur leurs assurances réitérées, il commença à s'inquiéter, et courut chez le prince de Piémont, où 11 trouva toute la cour rassemblée dans les dernières craintes. Madame de Saint-Sébastien l'y avait précédé et criait plus que les autres. Quand le maRieur^ox
hi
LBS DBUX RBINBS. 47
père vit que le danger était réel, il sentit des remords et prodigua à son fils des marques de repentir et de tendresse, le conjurant de se guérir, et l'assurant qu'il aurait part sous lui à toute chose.
•^ ûe n'est pas cela, mon père; aimez-moi, et je tâcherai de iriyre; mais je crains qu'il ne soit trop tard.
On ne se peut figurer le désespoir du roi^ ni tout ce qu'il fit pour rappeler œ fils à Pexistenee. Il ne le quitta plus un seul instant, Paccablant de présents, de caresses, lui offrant ce qui pouvait tenter ses désirs et même ses caprices. Le pauvre enfant n'acceptait que Tamour de son père, dont il avait été privé si longtemps et dont il ne pouvait se rassasier.
Il mourut le sixième jour de sa maladie, dans les meilleurs sentiments, entouré de sa Emilie, de toute la cour, qui jour et nuit remplissait ses appartements, pendant que le peuple était autour du palais, à pleurer, ou dans les églises, à prier Dieu pour lui.
Cette mort fut une calamité publique et le deuil fut général; mais persontie ne fut frappé comme le père, qui pouvait se dire qu'il en était la cause et qui le sentit aussi vivement que^possible. Sa maîtresse était trop adroite pour rester dans ce mauvais pas. Elle s'empara de son chagrin, ainsi qu'elle s'emparait dé ses travaux et de ses victoires. A peine si madame
48 LBS DEUX REINES.
Royaie et la reine eurent la consolation de pleurer avec lui ; pour pleurer à son aise, il s'enfermait seul, disait-il, mais en réalité avec la Saint-Sébastien, qui, par Tafflictîon qu'elle lui montrait, les remords et les regrets qu'elle afficha, sut lui inspirer une confiance nouvelle. Elle se plaignait tant d'avoir méconnu le jeune {urince, de ne lui avoir pas rendu justice, qu'à la fin il fut obligé de la consoler. C'est le comble de l'adresse, ce me semble, et, quant à moi, je le confesse, je n'aurais jamais imaginé celui-là.
i peine si le roi de Sicile était remis de cette grande douleur, qu'il lui en arriva deux autres aussi violentes, presque coup sur coup. Il perdit, d'abord, notre charmante duchesse de Bourgogne, très-peu après la reine d'Espagne, adorée de ses peuples et de son mari, et, qui eût été une des souveraines illustres du monde, si elle eût vécu.
Cependant les événements marchaient, et les hommes changeaient de fortune avec eux et par eux.
Mon petit Âlberoni, mon faiseur de plats au fro-
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mage, qui m'avait tant flattée autrefois, pour obtenir un canonicatpar ma protection, était devenu premier ministre et maître de TËspagne ! Il avait été la cheville ouvrière du secQud mariage de Philippe V avec Elisabeth Farnèse, fiSe du duc de Parme, son maître, et il gouverna avec elle et par elle ce prince, dont toutes les capacités étaient dans les sens et dont la reine obtenait tout par les roulettes de son lit plus ou moins rapprochées.
La première chose qu'ils firent, ce fut de déchirer le traité d'Utrecht et de s'emparer par trahison de la Sicile, hors d'état de résister à un coup de main, si loin qu'elle était de son roi et de tout secours. En vain le roi, dépouillé, invoqua la garantie promise par la France et par les autres puissances; Tempôreur seul lui répondit efficacement en s'emparant de la Sicile et en la gardant pour lui : les autres se bornèrent àquelques lettres échangées, jusqu'au traité de Londres, qui fit naître la quadruple alliance, et qui donna enfin à Yictor-Âmédée la Sardaigne en dédommagement. BUe ne valait certainement pas la Sicile; mais elle avait un avantage : c'était la proximité, 11 fallut bien s'en contenter, d'ailleurs, et changer ses titres et ses écussons.
Ce fut encore xéd: grand coup pour Victoi^Amédée,
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que cette perte; il s'était bercé de l'idée qu'il aurait l'Italie, et il vit, au contraire, l'empereur et l'Ëspâgoe s'en emparer de nouveau, se la partager, en lui lai^ sant seulement une petite part du gâteau.
Une fois sûr de la paix, il aspira à uûe autre gloire: celle du législateur. Ce prince aVait de la ca|)a6ité en tous les genres; il régla, d'adord, l'organisation di| service militaire, puis l'administration intérieure du royaume, les finances, le commerce, la justice, les scsekh ces, les arts; il fit un concordat avec le pape : il n'y eut si petit détail dont il ne s'occupât dans ses États réunis.
— Je voudrais, disait-il cependant, les amener à parler tous la même langue; mais ce serait là uq tour de force, je crains de ne pas l'accomplir. Les Savoyards n'oublieront pas le français, et, tant qu'ils se serviront de cette grammaire, le roi de France les croira toi^joura un peu ses sujets. "*
Lorsqu'il eut tout fait, tout accompli, Victor-Amôdôe songea à jouir du repos, ce révô de totis les esprits agi- . tés, qu'ils s'efforcent de rejeter bien vile aussitôt qu'Us l'ont obtenu. Il se voyait tranquille possesseur de ses États; il avait marié son second fils le ducd'Aoste, devenu prince de Piémont par la mort si regrettable de son frère. Ce prince, quoique bien jeune, en était déjà à sa seconde femme.
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La première, princesse de Bavière, était morte un an après son mariage, en couches d'un enfent qui ne Técut pas. Il épousa en secondes noces une Hesse-Reinfeld-Rottëriibourg, parente de mon cher prince de Hesse. Elle avait des enfants ; la succession directe étdit donc assurée. La reine Marie-Anne mourut en 1728 ; elle mourut jeune et sans avoir été heureuse ; pour ma part, je la regrettai fort : elle m'avait toujours été si bonne et si indulgente!
La marquise de Saint-Sébastien avait dès longtemps projeté de régner tout à fait et sans partage. Elle n'eût pas osé penser à ce que Dieu lui envoyait pourtant, à la possibilité d'une union légitime, à devenir la femme de son souverain. ^
Dès que la* reine eut fermé lès yeux, elle ne songea pas à moins et dressa ses batteries en conséquence. Ses conversations tendaient toutes "au même but. Elle diàngea tout à fait de conduite avec le prince, et, par une tactique cominune à toutes lés femmes astucieuses qui visent à consacrer des liens illicites, elle devint sévère, elle prit des scrupules, elle déclai% qu'elle ne pouvait plus vivre ainsi, que sa conscience avait des murmures continuels, et qu'elle était effrayée de l'enfer; puis, l'instant diaprés, entraînée par sa passion, elle eédiait, die prodiguait des trésora de bonheur qu'elle
retirait aussitôt, plaçant le crucifix et le confesseur entre ces transports et son amant. Yictor-Âmédée n'était plus jeune, il est vrai; mais il avait un de ces tempéraments qui ne vieillissent point et que riea ne satisfait. Madame de Saint^^ébastien le savait bien, et Texemple de madame de Maintenon et de la reine d*Bspagne Elisabeth Famèse ne furent pas perdus pour elle.
Mais en vain s'y prit-elle de mille manières; elle acquit la certitude que jamais Victor-Amédée ne consentirait à appeler sur le trône une de ses sujettes ; ne pouvant s'élever jusqu'à lui, elle le fit descendre jusqu'à elle. Après de mûres 'réflexions, elle entreprit ce qui semblait presque impossible à exécuter: elle voulut faire quitter le sceptre au prince le plus jaloux de son autorité, le plus ambitieux de sa domination, le plus amoureux de sa puissance. Elle s'y prit avec tant d'adresse, avec tant de douceur, d'esprit, de bonté même; elle lui remontra si bien le charme de la retraite, de la tranquillité, après une vie agitée; elle lui éleva si haut les exemples de Gharles-Quint, de Christine, de Casimir, de Philippe V, qu'elle lui inspira le désir d'en faire autant.
^ n faut, disait-elle, un grand courage, une grande àme, pour abdiquer ainsi de soi-même ce pouvoir que
tout le monde envie. Voyez ces souverains, quelle renommée ils ont acquise par cette action !
— Dont ils se sont presque tous repentis.
— Non pas. Demandez au roi Casimir s'il n'a pas été plus heureux avec la maréchale de THospital que sur le trône de Pologne.
Elle lui persuada, enfin, que c'était l'action la plus magnifique, la plus merveilleuse qu'il pût faire et le bonheur le plus assuré qu'il pût goûter; mais, en le lui persuadant, elle eut Tair d'être seulement de son avis et de se rendre à une pensée inspirée par lui : il ne fallait pas montrer la chaîne; sans quoi, l'es clave se fût révolté bien vite.
Lorsqu'elle eut produit l'effet désiré, la marquise se tut subitement et n'en parla plus; elle obligea le roi à mettre de lui-même ce discours sur le tapis; il s'en occupa d'autant plus qu'on cessa de le tourmenter; il en vint à quitter de lui-même Turin pour aller s'en- , fermer trois jours à sa villa de Rivoli, qu'il avait rebâtie et qu'il préférait aux autres. Lorsqu'il en revint, sa résolution était prise.
Madame de Saint-Sébastien tremblait de ce qu'elle allait apprendre; car elle savait qu'une fois décidé, rien ne le ferait revenir. Quand on lui dit qu'il était de retour, qu'il la mandait sur-le-champ prés de lui, elle
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s^yanoiiit trois fols de suite avant de tHmver le oov» rage de s'y rendre* Gomme on lui vint ap|)rendre qu'il l'attendait impatiemment dans son cabinet, elle s'y traîna avec peine et ariiTa presque mourante.
— Mon Dieu ! madame, tous êtes bien pftle, lui dit le roi dès qu'il la vit
-^ Je suis, en effet, trèe-malade; e^est ee qui m'a empêchée de me rendre tout de suite aux ordres de Votre Majesté ; je la -prie de m'excuser si...
— Je vous apporte une nouvelle qui, si vous m'aimet toujours comme autrefois, doit vous consoler eA vous guérir. Je suis décidé irrévocablement : j'abdique.
— Ah! sire, quel moment! quelle joie!
— J'abdique, je me retire, je laisse à mon fils le &r- , deau que j'ai porté tant d'années, et, maintenant, je vais
ouir un peu de la vie calme que je désire depuis si longtemps.
— Les grands esprits ont besoin de recueillement. Ce lieu commun, placé comme une virgule au dis*
cours du prince, passa inaperçu. Yictoi^Amédée reprit, et arriva, sans y être provoqué, au pcHUt le plus important pour la marquise.
-- Aurea-vous le courage de me laisser partir seul, madame? le roi détrôné trouvenht-il en vous la même amie que le puissant prince? Si je vous oftrais pn lien
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étemel; éH je vom demandais d*accepter ma main, de devenir ma femme, me reftiseriez-vons?
— Ah! sire, s'éciia-t-elle, si émue, qu'elle pouvait à peine parler, et fléchissant le genou comme si elle eût voulu baiser le bas de son justaucorps. ,
— Relevefr-vous, madame, et embrassez-moi, si vous consentez à consacrer le reste de votre vie à un roi sans couronne et sans pouvoir, à vous exiler avec lui loin de la cour et des plaisirs.
Vous comprenez qu'elle ne se fit pas prier; et, comme elle tremblait qu'il ne changeât d'ayiç, elle lui fit insinuer doucement qu'il fallait faire la cérémonie le plus tôt possible.
Le mariage eut lieu la nuit dans la chapelle du château, sans autre assistance que les témoins nécessaires, et à la grande joie de la dame, qui faillit suffoquer pendant la messe; il fallut la délacer.
Le lendemain même de ce marâage, ignoré de tous, lé roi fit venir le prince de Piémont, et, après lui avoir ordonné de s'asseoir, il Im demanda s'il avait grande envie de régner.
— Que Dieu donne longue vie à Votre Majesté!
répliqua le jeune homme étonné; je* ne saurais désirer une couronne qu'il me faudrait a^eter si cher.
— Mais, si vous pouviez l'avoir tout en me conservant, le voudriez-vous ?
Le prince hésita, ne sachant que penser; il répondit en halhutiant.
— Tranquillisez-vous, mon fils; tout est facile lorsqu'on le veut hien et qu'on connaît le néant des choses de ce monde. Vous allez être roi : j'abdique.
— Est-il bien possible, sire! et pourquoi?... pourquoi abandonner ce royaume qui a si grand besoin de vous pour prospérer?
Le roi lui détailla toutes les raisons qu'il avait, ou croyait avoir. Le prince s'empressa de les combattre et ne se laissa pas vaincre en arguments ; il alla jusqu'à se jeter aux genoux de son père pour le supplier de changer de résolution.
— Non, non, mon fils, reprit Victor-Amédée, et vos généreuses prières ne font que me confirmer dans le dessein que j'ai pris; vous régnerez.
Il ne voulut point faire les choses légèrement, et il envoya un ordre au sénateur Roberti de lui présenter un mémoire sur les formes des différentes abdication^ qui avaient précédé la sienne. Il se décida pour le cérémonial de celle de Gharles-Quint.
En conséquence, il manda au château de Rivoli les chevaliers de l'Annonciade, les ministres, les prési-
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dents des cours souveraines, tous les grands enfin, et personne, hors le prince de Piémont et le marquis de Borgo, ne se doutait de quoi que ce fût.
L'assemblée se forma comme à l'ordinaire : le roi alors, au milieu du silence, ordonna au marquis de faire la lecture de l'acte par lequel Yictor-Amédée renonçait au trône et remettait le pouvoir entre les mains de Charles-Emmanuel, ordonnant à tous ses sujets de lui obéir uniquement comme à leur souverain légitime. Cette pièce était copiée sur l'abdication de Gharles-Quint, et le roi donnait les mêmes motifs ; il ajoutait des phrases pleines de tendresse et de louanges pour son fils, dont il vantait la capacité et le mérite, et sur lequel il se reposait désormais du bonheur de ses peuples.
Chacun se regarda stupéfait; quelques-uns pieu* rèrent, d'autres s'abstinrent prudemment
Le roi descendit de son fauteuil et se montra plus affable, plus aimable pour les seigneurs, qu'il n'avait coutume de l'être, leur recommandant bien d'être aussi fidèles à son fils qu'ils l'avaient été à lui-même. descendit ensuite dans les jardins, où la curiosité d'une réunion si extraordinaire avait amené une grande foule. 11 parla à tout le monde, rassura ceux qui semblaient craindre, et se retira entouré des regrets et
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des bénédictioDS de tous. C'était le 3 septembre 1730 ; on voit que cela n'est pas ancien et que les événements qui me restent à raconter sont d'une date très*récente.
Le roi passa ensuite dans l'appartem^t de la princesse de Piémont ; il lui m^a sa nouvelle épouse, et» la prenant par la main, il ia lui présenta.
•^ Ma fille, lui dit*il, je vous présente une dame qm teut bien se sacrifier pour moi, et je vous prie d'avoir 4ss égards pour elle et pour sa famille.
La princesse, qui savait tout, se montra fort aimable pour la comtesse, mais sans la faire sortir de sa position d'infériorité. ËUe lui fit des compliments remplis de grâce et de vide en même temps, et ne lui promit, par le fait, rien du tout pour Tavenir. On se rendit ^w salut, dans l'église des Capucins.
Au moment de la priéDe pour le roi, le prêtre s'arrêta, ne sachant quel nom il devait y mettre.
Yictor-Amédée s'écria d'une voix forte :
*<- Carolim^Emmanutlem.
Trois jours après, le roi réimit de nouveau sa famille et qudques-uns de ses anciens conseillers. Ils le trouvèrent ayant à sa gauche la oomtesse de Saint-Sébastien, fort parée et rayonnante.
Quand tout le monde toX arrivé, il dit très^gracieusemoit que tout le monde pouvait s'asseoir.