SCÈNE XII
GEORGE, I>OG, L'HUISSIER, Trois Recors.
GEORGE
Oh! ce dernier coup l'accable; que faire, donc? qu'imaginer? (Apercevant l'Huissier et les recors.) Messieurs, que demandez-vous?
l'huissier.
Nous demandons si vous pouvez payer votre loyer.
GEORGE
Hélas ! non , Monsieur.
l'huissier.
Alors , je suis forcé de saisir, comme il a été signifié.
GEORGE
Quoi saisir?., il n'y a plus rien , rien... voyez! vous avez déjà passé ici...
l'huissier.
Vous y êtes encore , et il faut en sortir.
GEORGE
Comment , sortir !
l'huissier.
A l'instant,
GEORGE
Mais c'est impossible. Si j'étais seul , je me résignerais, Monsieur, je m'en irais... mais cet enfant au berceau? et là , Monsieur, mon père... un vieillard mourant.
l'huissier.
Désolé... mais ça ne me regardé pas... on m'a donné des ordres, il faut que je les exécute.
GEORGE
11 est donc vrai qu'il y a des hommes pour donner de tels ordres, et des hommes pour les exécuter!.. N'est-ce donc pas assez d'être ruinés ? Faut-il encore après nous avoir dépouillés, nous jeter tout nus dans la rue ?. . Monsieur, par pitié , un moment ! ne pouvez-vous rien concéder?.. Un peu de temps, de grâce! je ne vous demande qu'un peu de temps.
l'huissier.
Nous avons assez attendu. Vous avez eu un jour de plus pour payer, c'était hier dimanche.
Mais vous n'êtes pas le maître. Monsieur, attendez au moins ^ue j'aie parlé au propriétaire.
l'huissier.
Vous voulez parler au banquier Murray?..
GEORGE
Le banquier Murray... l'auteur de toutes nos infortunes!., oh î '€St fini !
l'huissier.
Il ne vous recevrait pas... d'ailleurs, ce serait inutile, l'intendant Qi'a ordonné, vous dis-je , ordonné , entendez-vous, de faire déloger tous ceux qui ne paient pas.
GEORGE
Mais si je répondais de la dette de mon père ?
l'huissier.
Quelle caution offrez-vous?
GEORGE
Mes deux bras.
l'huissier.
On ne prête pas là-dessus... (Aux recors.) Allons, vous, dépéchons!., mettez ce berceau hors d'ici...
(Deux recors s'approchent du berceau.) GEORGE , les en empêchant.
Ne touchez pas à ce berceau ! je vous le défends.
l'huissier , à l'autre recors.
Vous, priez le vieillard de sortir.
(Un autre recors entre dans la chambre de Samuel.) GEORGE , se précipitant vers lui.
N'ayez pas le malheur de toucher à mon père ! LE REGORS revenant de la chambre. Cet homme est mort.
GEORGE
Mort!..
(Il s'arrête sans plus rien entendre, sans plus rien dire, sur le seuil de
la chambre de Samuel, et s'agenouille abimé de douleur.)
l'huissier, regardant ducôlé de Samuel.
C'est une mort frauduleuse... il y avait contrainte par corps... Exécutons le reste.
(Les recors vont enlever les portes et les fenêtres.)