MURRAY, GEORGE
MURRAY
Pouvez-vous ouvrir cette caisse ?
GEORGE , examinant la caisse. Oui , Monsieur.
MURRAY
Vous en êtes sûr?
GEORGE
Oui , car je l'ai fabriquée. J'en connais le secret.
MURRAY , à part.
Je suis sauvé ! (Haut. ) Hâtez-vous donc , car il faut que je porte
à la Banque 50,000 livres à fiualre heures, et 11 est trois heures... et demie!.. Bon Dieu! ce n'est pas possible, cette pendule avance!..
GEORGE
Vous les porterez , Monsieur.
(11 se met à la serrure et ouvre la caisse, qui laisse voir des masses d'or et de billets.) MURRAY , pendant que George ouvre la caisse. Ah ! Messieurs les envieux , vous vous seriez bien réjouis de me trouver en défaut!
GEORGE, ayant ouvert.
Voilà !
MCRRAY , hors de lui , voyant la caisse ouverte. Ah î vous ne savez pas ce que vous venez de faire là , jeune homme? Vous venez de sauver le banquier Murray.
(11 va prendre des papiers sur une table.) GEORGE, étourdi.
Le banquier, Murray, dites-vous? J'ai sauvé le banquier Murray? Moi ! moi !.. Ah ! vous avez eu raison de le dire : je ne savais pas ce que je faisais !
MURRAY , feuilletant ces papiers.
Combien vous dois-je?
GEORGE, à part.
Oh î qu'il répare du moins un peu du mal qu'il a causé ! Il paiera la sépulture du vieillard qu'il a tué , la nourriture de l'enfant qu'il a rendu orphelin.
MURRAY
Combien ? Répondez !
GEORGE , haut.
Vous êtes le banquier Murray... Vous me devez cent guinées.
MURRAY
Cent guinées!..
GEORGE
Cent guinées...
MURRAY
Vous êtes fou , jeune homme ! C'est cent fois trop !
GEORGE
Vous me paierez cent guinées , vous dis-je !
MURRAY
En voici une... et c'est bien assez.
(Il fait un pas vers la caisse.) GEORGE , le prévenant Vous trouvez?,. Hé bien ! donc, n'en parlons plus...
(A ces mois, Il referme violemment la porte de la caisse; le verrou rentre bruyamment dans la gatnc ; l'or et les billets disparaissent aux yeui du banquier stupéfié. )
O Ciel! qu'avez-vous fait? La demie passée!.. C'est un guet-apens !.. Allons ! soit! cent livres ; mais , rouvrez , rouvrez vile!
GEORGK.
Non ! je ne veux plus.
( Il se croise les deux bras. )
MURRAY
Que demandez-vous donc encore?.. Vous faut-il davantage?.. Parlez!.. Deux cents, troi> cents livres... tout ce que vous voudrez!..
GEORGE
o mon père! à défaut de sépulture, tu auras la vengeance !.. Banquier Murray , pour tout l'or qui est dans cette caisse, je ne l'ouvrirais pas.
MURRAY
Mais, malheureux , pourquoi ? que vous ai-je fait?
GEORGE
Vous avez ruiné mon père !
MURRAY
Vous vous trompez , je ne vous connais pas.
GEORGE
Je m'appelle George Davis, entendez-vous?
MURRAY
Davis, vous dites?
GEORGE
11 ne se souvient pas même de ses victimes!.. C'est juste, dans le nombre !..
MURRAY, se souvenant.
Ah ! Samuel Davis... Je réparerai tout, Monsieur... Mais l'heure! rheure! grand Dieu! Voulez-vous mille livres?.. Que voulezvous?..
GEORGE
Pouvez- vous me rendre mon père?
MURRAY , reculant.
Mon Dieu! mon Dieu ! j'en mourrai...
GEORGE, avançant..
Il est mort, lui!..
MURRAY
C'en est donc fait ! deshonoré , ruiné!
GEORGE
Ah! vous frappez le pauvre sans pitié ni merci, vous Tacca-
blejt de tout le poids de votre or comme un être inutile et impuissant , sans songer à l'heure de la revanche , sans songer que le lion a besoin des plus faii)les dents pour ronger ses mailles , sans songer que le ver le plus humble peut se redresser assez pour mordre au talon le géant qui l'écrase. Deshonoré! ruiné!.. Merci !.. mon Dieu! Vous souffrirez donc aussi ce que nous avons souffert ! Chacun son tour !