SCÈNE X
MURRAY, ROSAUNDE.
ROSALINDE, embarrassée.
Est-ce de notre chère enfant que vous voulez me parler?
MURRAY
Non ma sœur , c'est de vous.
ROSALINDE, avec Joie.
De moi !.. (A part.) J'en étais sûre.
MURRAY
Ma sœur, écoutez-moi!
ROSÀLINDE , à part.
Quel ton solennel ! (Haut.) Je suis attentive , mon frère.
Ma sœur, vous êtes libre de vos actions; vousêtes dans un âge et dans «ne position à ne dépendre de personne , et à être seule responsable de votre conduite. Je ne veux donc ici ni vous blâmer, ni vous gêner dans vos affections , et vous pouvez épouser M. BurJ si vous voulez.
ROSALINDE , avec la plus grande surprise.
M. Burl, dites- vous? qu'est-ce que c'est que M. BurI ?
MURRAY
Je sais tout, point de détours... Burl est l'homme que vous aimez.
(Elle sort par où elle est entrée.)
ROSALINDE
Ah! par exemple ! je n'ai jamais aimé de Burl!.. Un Anglais! fi!.. Je n'ai jamais aimé d'Anglais. Mon mari Tétait. Et, puisqu'il faut tout dire... l'homme que j'aime est Espagnol.
MURRAY
Un Espagnol de la Tamise , vous «1is-jc. Votre amant , Madame, vous a trompée pour vous séduire : il s'appelle Burl , et il est serrurier.
ROSALINDE
Serrurier ! quelle horreur !
MURRAY
Lisez. (Il lui donne la lettre de lord Barest. A part.) Elle est humi* liée... je la tiens!
ROSALINDE , ayant lu.
0 désillusion! ô honte!.. Mais, c'est impossible... c'est une ruse pour m'empêcher de l'épouser.
MURRAY
Vous empêcher de l'épouser !.. Que vous me jugez mal! Vous empêcher de l'épouser, moi!.. Dieu m'en garde, quand il n'y a plus que ce moyen de tout réparer. Oui , ma sœur, je viens, au contraire, proposer le grand remède au grand mal : il s'agit de sauver votre honneur. Je ne vous empêche pas d'aimer M. Burl, s'il vous plaît ; je désire seulement que ce soit d'un amour légitime. Je n'ai pas le droit de m'opposer à votre bonheur, mais à votre honte. Je vous engage donc, et lord Barest n'en saurait exiger davantage , à régulariser par le mariage votre situation équivoque. Après tout , un ouvrier est un mari comme un autre.
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Il n'y a plus aujourd'hui , entre les hommes , d'autre noblesse que la probité, d'autre distinction que l'intelligence, d'autres titres que l'amour qu'ils ont inspiré. Vous connaissez maintenant mes sentiraens et mes principes. Vous savez, de plus, que j'ai gagné ma fortune à la sueur de mon front ; que j'étais pauvre aussi , quand je vous pris toute jeune, déshéritée comme moi. Sije suis redevenu riche, c'est par mon travail , par mon industrie. Je ne seiai donc jamais hostile à ceux qui ont besoin de faire forliuie , et vivent aussi du travail de leurs mains.
ROSALlNDE , avec exaUaiionsfî'jinhim pnolT ')î, Ai-je bien entendu?.. Pour qui me prenez- votis donc , de me faire de telles propositions?.. Epouser un ouvrier !.. Moi!.. Votre naïveté n'a d'égal que sa fourberie... 0 lord Byron ! Mais j'aimerais mieux renoncer à tous les hommes de la terre que d'en épouser un de celte espèce-là ! Il ferait beau voir lady Athol devenir M"* Burl ! M. Burl est un drôle , et vous êtes un fou!
MURRAY, à part. . j.fjj ....
Portons le dernier coup. (Haut.) Pensez-y bien, ma sœur ! Vous n'aviez qu'un petit pécule , vous-même , quand je vous ai prise avec moi. Vous n'êtes devenue riche que par votre mariage avec lord Athol. A votre tour, vous enrichirez par un mariage cet honnête M. Burl. Pourquoi pas? Il est vrai que vous n'irez plus dans le grand monde, qui serait quelque peu^scandalisé de cette mésalliance. Mais, qu'importe? Vous aurez" ce qui est préférable à toutes les vanités de la société : le bonheur du foyer domestique, les joies d'une passion satisfaite et d'un devoir rempli... Un ouvrier qu'on aime vaut mieux qu'un lord qu'on n'aime pas. ROSALINDE, outrée.
Mon frère !.. mon frère !.. ne me parlez plus de ce faquin, ne
m'en parlez plus! Vous m'exaspérez, vous me faites mourir. Oh!
je ne le reverral de ma vie , le misérable!.. Moi! M""* Burl!..
Etre appelée Burl !.♦ Ah! je vous quitte pour aller me trouver mal,
n l'j ''i ' (KUe sort par où elle est entrée.)