‹ Les deux serruriers; drame en cinq actes (volume 2)Chapitre 41 sur 89 · MURRAY, JENNY · texte numérisé non relu

MURRAY, JENNY

JENNY, se présentant à Murray.

Me voilà , mon père.

MURRA.Y.

Qu'as-tu à me dire ?

JENISY, avec joie.

Je viens maintenant, en toute conGance, vous ouvrir le secret de mon cœur.

MURRAY

Quel secret, mon enfant?

JENNY

J'étais là , mon père , et j'ai tout entendu...

MURRAY, étonné.

Ma conversation avec ta tante?..

JENNY

Oui, mon père, j'ai tout entendu : [Jn ouvrier qu'on aime vaut mieux qu'un lord qu'on n'aime pas... Ce sont là vos paroles, et ces paroles m'encouragent à vous dire : Mon père , j'aime un ouvrier.

MURRAY, étourdi.

Un ouvrier!

Oui , mon père.

JENNY

MURRAY

Est-il possible ? Mon Dieu , qu'ai-je fait ? JENNY, vivement.

Si vous-saviez comme je suis heureuse de connaître vos sentimens, d'apprendre que vous ne méprisez pas le pauvre , que vous estimez ceux qui travaillent; comme je m'applaudissais, là, de vous entendre plaider la cause du peuple, mettre les vanités du monde au-dessus des vrais biens du, cœur !.. Oh ! je n'ai pu contenir plus long-temps ma joie et mes espérances , ma reconnaissance même, car il me semble que vous parliez pour moi... Oui, mon père... ce jeune homme qui m'a sauvé la vie , qui vous a sauvé l'honneur... M. George Davis...

MURRAY

Assez! assez!..

JENNY

Vous m'effrayez, mon père! Qu'avez-vous?

I1URRA.Y.

Jenny, mon enfant, écoute-moi, lu t'es trompée...

JRNNY.

Gomment?

MURRAY

Tu n'as pas compris le sens de mes paroles.

JENNY

0 mon Dieu! .^ ... \ . ,,.;!,

MURRAY. ^,;^;^^^^;.;^^y.j,;, ,,,^,,,'1,

Ce que j'ai dit à ta tante n'était que ruse et raillerie, pour briser un amour indigne.

JENNY

0 mon père, qu'avez- vous fait?

MURRAY

Faut-il que tu te sois laissé prendre à ces paroles , toi , ma fille! Jamais, jamais tu ne seras la femme d'un ouvrier! Quel qu'il soit, oubiie-le... à l'instant, je le veux! J'aimerais mieux la mort pour toi qu'une telle infamie. Mais, quel malheur! mon Dieu!.. C'est une fatalité... la ruse a tourné contre moi , et Je suis tombé dans mon piège !

(Il s'assied accablé.) JENNY, avec désespoir.

Qu'avez- VOUS fait, mon père?... Sans le vouloir, vous ave2 joué avec le cœur de votre enfant , et vous l'avez brisé ! MURRAY , d'un air affectueux.

Allons, c'est un enfantillage , n'est-ce pas? Dis-moi que lu n'y penseras plus.

C'est un amour fondé sur l'estime, la reconnaissance, et qui ne finira qu'avec ma vie.

MURRAY, à part.

Et mes projets!.. Oh ! il faut trancher dans le vif de cette passion!.. (Haut.) Jenny, un dernier mot. Ijn homme de la plus haute noblesse du royaume , lord Bares^ , pair d'Angleterre , vous a demandée pour femme... Aujourd'hui même vous épouserez lord Barest !

JENNY

Lord Barest !

MURRAY

Oui , ma fille.

JENNY

Mon père, vous voulez donc le malheur de votre «hfant?

MURRAY

Je veux qu'on m'obéisse... Je veux qu'une fille souQiise s'en rapporte à son père sur le soin de son bonheur... Je veux que la grandeur du lord chasse de votre cœur l'ignoble image de l'ouvrier...

JENNY

Ah ! son humilité me le rend encore plus cher. L'ignoble image de l'ouvrier !.. Quoi donc de plus noble que de ne rien devoir à la naissance ni à la fortune , que d'exister par son seul travail , que d'être sa richesse, sa ressource, son propre auteur!..

MURRAY

Ah!..

JENNY , avec dignité.

Pardonnez-moi, mon père, de ne pouvoir voiis obéir ; je ne trouve au fond de mon cœur que ces paroles à vous dire : Un ouvrier qu'on aime vaut mieux qu'un lord qu'on n'aime pas. l^ (Elle s'incline et sort.)

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