‹ Les deux serruriers; drame en cinq actes (volume 2)Chapitre 5 sur 89 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

SAMUEL DAVIS, vieillard moribond, les jambes enveloppées d'une couverture usée, assis dans un reste de fauteuil. Un Enfant dans un méchant berceau. PAUL DAVIS , placé entre le vieillard et l'enfant.

PAUL

Mon père , mon pauvre père , qn'éprouvez-vous ce malin ? Vous avez passé une mauvaise nuit... vous souffrez encore beaucoup, je le vois, je le sens. Mon Dieu! que dirait George, s'il vous retrouvait dans cet état ? Oh ! comment pourrais-je donc vous soulager?

SAMUEL

Merci , Paul , merci ! Tu n'as rien à te reprocher, tu as fait même plus que tu ne pouvais... tu m'as veillé joiu* et nuit, mon bon Paul, sans songer que tu devais ton travail à ton enfant.

(Il s'arrête hors d'haleine.)

PAUL

Hélas! votre mal redouble... (Il regarde une fiole vide.) et je n'ai plus rien pour Tapaiser. (Il pleure.)

SAMUEL, d'une voix entrecoupée.

Ne te désole pas , ne pleure pas ainsi sur moi , cher Paul ; je ne suis pas à plaindre... Je vais mourir, je touche à la fin de ma peine... à ma délivrance... j'ai fait mon temps... Ah ! s'il fallait

pleurer, ce serait plutôt sur toi-même... sur ton frère... sur ta fille, sur vous tous, qui êtes jeunes... qui commencez la route que j'achève aujourd'hui... Vous , enfans, vous seuls êtes à plaindre, en vérité : vous avez à vivre , et le monde est un enfer dont les pauvres sont les maudits. Oui, la misère est un péché que l'homme expie par d'éternels efforts pour en sortir ; et rarement il en sort, s'il est honnête. Ce fut là mon destin; ce sera le vôtre, mes enfans : car vous n'hésiterez pas plus que moi entre la pauvreté et l'honneur.

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