ACTE II
scèm; VI.
Les Mêmes, JENNY, TOM.
JENNY
Ouel est ce bniil ? Qn’.v a l il ? (Vujsnl r.corge,
■S port. ) Lui !
fiRoncr. , voyant Jcnuy . s part.
C/osl elle î
Mi'Riuy.
Je suis perdu , ma 1111c !
lU'.onrtF. , it part.
Sa fille !«, I.a ûlle du bniiquier Murray !
JRSNY.
Perdu , dites-voiLs ?
GEORUR, haut.
Oh! non, nou . Monsioiir! nas!»iirez*vous !
TOUS êtes sauvé ! Je vais vous .satisfaire... ( Allant à la caisse.) Tenez, Monsieur, voilà comme il faut ouvrir cette caisse : il faut presser celte broche, pousser ce ressort, tirer celte vis... Voilà. (Il rouvre ta caisse.)
ut nuAY , se nrécipitant sur l’or et les biiiels.
Je les tiens (Jonc, enfin! (Appelant.) Tom !
Toiii! (Atîeorge.) Prenez, jeune lioinnie, ce que je vous dois. (Il lui met une banknotc daus la main.) Tom î Tom !
TOM , entrant.
Monsieur!
MURRAY
Ma voilure eht-elle pr»*tc?
TOM
Oui, monsieur.
MCRRAV.
Aide-moi à y porter m argenl, et vile à la Banque! (A George.) Vous, jeune homme, refermez ma caisse, et allez me fnliriqucr une autre clé... (A part.) Sauvé ! Sauvé !
(Il sort avec Tom. pendant que George ferme la
caisse.)
SCKM-: VII.
(iEORGE, JENNY.
JENSY, à larl, cousidéranl George.
Encore lui, pour nous secourir!
CiROHOE , regardant Jenny avec evlase.
l)hî eslH'e un reve ? est-ce lu réalité ? Oh ! je tremble de vous voir disparaître encore, vous que j'ai tant cherchée et que je croyais perdue; vous , dont la vue m'inonde de joie et de bienveillance; vous qui brillez devant moi comme un soleil pur, pour chasser de mon cœur les haines et les douleurs, les chagrins cl les rcsseniimens; vous entin dont la divine présence vient de nte rendre à la fois plus heureux et meilleur!
JE.N.NY, avec embarras.
Qu'y avait-il donc, entre mon père et vous?
GROKCR.
Je l’ai oublié... vous avez tout effacé...
JE.N.NY
Je VOUS retrouve donc ennii... niais dans quelle pusiiiun !..
GEORGE
Ah I oui, vous vous étonnez, n’csl-ce pas, de revoir ainsi le brillant élève d’üxford?., Des
, SCÈNE VII. il
•A* malheurs... dont Tons devez ignorer la source., •
J JRNNY.
Oliî’n’impoiie, M. George, je ne revois en vous que mon sauveur. Oh ! vous ne nous quit- I terez plus comme vous avez fait, il y a un mois,
: après le plits généreux des dévoûmens. Celle ] fois, je vous tiens; je pourrai donc vou.s payer , ma dette , me soulager du poids de ma recon- ; nnis.simce !
‘ GEORGE
! De la reconnaissance! Miss, vous ne me devez rien !
JEXXY'.
Gomment! Ne m'avez-vous pas sauvé la vie?
ne venez-vous pas encore de sauver l’honneur de mon père? car il fallait que vous eussiez un nouveau service à nous rendre pour qu'on pût vous parler de l'ancien. Le premier suQisait pourtant bien à vous mériter notre affection. Je vous dois rexistence, Monsieur; personne n’eût osé faire ce que vous avez fait pour moi. Vous vous êtes exposé pour mon salut , sans hésitation, sans remerdmens, sans récompense , au risfjiic de périr vous-mOuic. Une fortune entière ne pourrait payer assez un tel acte de î dévoûiuent et (rimmânité.
GEORGE
Non, Miss, vous ne me devez rien... je vous ai sauvé par un autre sentiment que rhuiiianité. Oh ! s'il voussouvient ainsi d'un service égotsie que je vous ai rendu pour moi seulement, rappelez-vous aussi le reste de notre vie ; sinon oubliez tout. Oui, si vous ne vous souvenez plus d'Oxford, (les jours de notre enfance, de l'étudiant que vous avez connu jadis, qui vous aimait, qui vous voyait ei vous écrivait scs premiers battemens de cœur par-dessus le mur commun (lu peiusionnat et du college ; si vous ne vous souvenez plus de cet enfant heureux qui était votre égal , car, alors , il ne fallait que de l’amour , oubliez, oubliez aussi l'ouvrier indigne qui s'est dévoué pour votre salut, le jeune homme pauvre qui ne vous a sauvée que pour lui et non pour vous. Encore une fois , vous ne lui devez rien , je vous le répète , il n'a risqué sa vie pour ta vdtrc que parce (pTil vous aime, et maiaienant qu'il vous voit , il a sa récompense.
JEXXY, embarrassée et souriant.
Ce n’est pas assez , M. George. Je veux être votre sœur, partager ma fortune avec vous, comme avec mon frère !
GEORGE
Son frère ! Merci , Miss, ce que xoos m'offrez ne me suffit plus. Je n’ai plus besoin d'argent; votre père, d’ailleurs, m'a payé ce qu’il me devait., j’ai reçu tout à l’heure de quoi faire foi tune. Quant à votre amitié de sœur, ce n'est même plus assez pour moi; vous avez mis un autre br.soin dans ma vie, vous l'avouerai-je, àliss? un liesoin d'amour, besoin que Dieu même semble vouloir satisfaire , en me rapprochant de vous encore une fois , amour sans limites et sans lin, qui naquit dans le bonheur et qui a résisté à tout, à la misère, à la douleur, à la mort même de mon père, qui a grandi sur des ruines et une tombe , tant il est vivace , inaltérable , étemel ; amour qui m'a soutenu dans (toutes les vicissitudes de ma vie changeame , à
)JS DEUX SEHmjlUbRS.
t'uuiu'iïUê, U l'atelier, partout, tant .1 jhl toute ma force et tout mon espoir! Ainsi, quand on vint me (lire: Tu es pauvre, il faut quitler Ovford ! ce ri'éuit pas la richesse. Miss, c'était TOUS (|ue je regrettais !.. quand je devins ensuite simple ouvrier, je travaillai, non pour vivre, mais pour vous revoir,,. Oui , votre pensée seule nie riMidit habile, aiubitieuit, pour vou> loir, pour avoir de l’opulence un jour, pour devenir riche et digne de vous; car je suis sûr de réussir, si vous m'écoutez, comme je sois sût (le mourir, si je suis dédaigné !
JKNIVY, rougissant de plus en plut.
M. George, je ne dois plus vous entendre.
GEOmJE.
01) ! je suis insensé de vous parler ainsi , moi , tombé si bas, moi , misérable artisan . jeté par le sort an fond du peuple ; oui, c'est une folie de vous Jparler, uuc témérité de vous voir, iin crime d’espérer. Ah! en vous sauvant, je n'ai fait que me perdre; le jour où vous êtes venue, avec votre tante, visiter, comme tout le monde, t’œuvre de mon maître , la inerveiliciise marhine de Muller, ce jour muons alliez périr engrenée par un pan de votre robe , si je ne m’étais jeté au milieu des rouages pour vous sauver, ce jour-là , Miss, j'auraisdû me tuer, au lieu de me blesser seulement; oui, j'aurais dû mourir, pnisqu’aiissi liien la vie ne sera plus, pour moi, qu'un supplice.
JENNV.
Onoi! vous vous (Hes blessé? Oh! je ne l’ai pas su, M. (ieoi-ge; j’étais évanouie.
(iP.ORGE.
Vous vous occupez de celte blessure! Qu'importe celle-là? elle se cicatrise maintenant; mais j’en ai une autre là, (Il montre ton cœur.) qui sera mortelle, si vous ne pouvez la guérir.
JE.VVY.
J’entends quelqu'un.,. Monsieur, il ne faut pas qu’on nous retrouve ensemble... Partez!., je vous :ti déjà trop écoulé. Parlez!
GEOAGE.
Si j'étais riche et noble , je pourrais rester ici , TOUS parler devant témoins, vous demander même l’n mariage à votre père... Patience donc! je léserai peut-être un jour; l’ouvrier deviendra un artiste... oui, pour vous, j’artjuerrai la science, la gloire et la prospérité des ^Vattet ries Fnltun. Ah! si vous m'aimez, quelques obstacles qui nous séparent, je les renverserai , quelques barrières (jue le monde élève entre nous , je les franchirai. Quand la vertu d'un homme vaut mieux que sa fortune, il doit mettre sa fortune au niveau de sa vertu. Promettez-moi seulement de m’attendre! une parole, un geste, un regard de vous, et l’univers est à moi!
JF.^NY.
Sortez, sortez, de grâce!
GEORGE
Oh! clic ne m'aime pas, mon Dieu!
SCKNEVin.
Les Mêmes, ROSAU.NDE, BOSAI.INDK, un livre à U main.
UnÂneonou ici! Quel est ce jeune homme?
JENNY
C'est Monsieur qui vient de nous rendre le service d'ouvrir cette caisse.
ROSALINDE
Ah! c’cstleseiTtiricr... Bien obligé, Monsieur!
JENNY, à George liuoiülé.
M. George , Dieu vous rende le bien que vous avez fuit aux autres !
(George l'Indine et sort.)