C.EOCOE
Trop tard! Ouaiid le père est malade, il faut que lesenfans se portent bien... fjue j'embrasse la bile , Paul !
(Il va vers le berceau et embrasse l'enfant.)
PAUL
Frère , comme lu eiiü-ais. Je disais : .S’il était là seulement!..
OEOUOE.
Eh bien , me voilà! (juc faut-il?
PAUL
Mais je vois, à présent, que tu ne peux rien. Je comptais .-.ur ton ü avail . et lu es trop faible encore pour tercnieltre à l’ouvrage. Mon Dieu!., à qui donc eiinn uiiler quelque argent?.. George, si In allais :mander un secours à la riche jeune Bile que In as sauvée.
CbionGK, Il voix basse.
A elle , à elle !.. grund Dieu ! Que me deraandes-tu là. Paul?.. Mais je ne sais ni le nom ni la demeure de celte jeune lille... Et quand je les saurais, le le dirai-je, frère, je u’irai!' pas.
p.tn..
Et pourquoi?
GtonGt.
Parce que je l'aime.
,1e conqnends.
GBORGË , relevant peu à peu la voix, l'arcc que celle jeune lille que j’ai sauvée est la même «lue j’ai comme jailis dans son pen- .slonnat, à Oxford, lu sais bien... Iüis(|iie nous élions a runiversilé. Tu coinpremls mainleoaut mon refus; lu sens bien (juc je moinrais pluUM lie Uiu) que d'alicr lueiidier près d'elle.
SiVUCEl., réveillé, comme en sursaut, parle refus de mendier qu’il a entendu.
Bien! bien! George... oui, mourir plutôt que mendier! Mendier! Jamais, jamais! le mendiaoi esl frère du voleur, mes amis. J'approuve tes scrupules, OcorRe... Oh ! je reconnais mon sang, je me retrouve dans mon fils aîné... Oui, c’csi bien là le même scniimeiit d’honneur qui m’a fait changer de nom , quand je suis devenu pauvre ; car je n'ai pas loujout's été misérable , mes cofans, et à la veille de mourir...
GEORGE et PAUL.
Mon père...
SAMUEL, se reprenant.
Oui, avant de moui’ir, je dois vous dire que Dauis n’est pas notre véritable nom, que notre ftmiii q Q'éiait pas faite pour rmdigence. £cou>
lei-moi ! Je m'appelais Samuel Hospur, alois que j'étais le troisième fils d’un père riche, asscx riche, du moins, pour partager entre ses quatre enfans; mais ce père , partisan du droit de pri« uio.;{éiHiure, nous ayant déshérités trois au profit d'un fiis aîné , je voulus quitter le nom de mes aïeux avec leur fortune, pour ne pas le traîner dans les hontes de la pauvreté. Mon frère ca* dei, John ilospur, en üt autant, et, plus âgé que moi , sc chargea de notre jeune sœur, désiiéritée comme nous. Nous nous séparâmes tous alors, pour ne plus nous revoir, cherchant notre pain, comme il était possible, chacun de son côté... Après mille tentatives infructueuses, je fus forcé, pour vivre , de me faire ouvrier, sous le nem obscur de Samuel Davis» Grâce , alors, à ma bonne éducation et à ma bonne conduite, au bout de longues années, je réussis... Om, j'étais parvenu . à force de soins et d’épai^es, à établir une petite fabrique qui me rapportait audelà du nécessaire. Ce fut le temps des veilles et des sueurs, mes enfans; j'ai mené, alors, une e.ûsienct^ bien laborieuse et bien âpre ; et ce» ])eiulant ce fut le temps le plus heureux de ma vie, le tcmj)s où je ne devais qu'à moi seul l'aisanre dont je jouissais; le temps, enfin, où Je vous donnai, s'il vous en souvient, ce con»
menceineut d'éducation précieuse que j'avais rerue moi-méme à l'université d’Oiford, Ma»
tant de bonheur ne pouvait durer. Vous rappe- IczNOus le jour où je vinsà Oxford, vous dire:
•• Mes enfans, mes amis, vous ne pouvez plut être éiudiuns , mais ouvriei's... Adieu les livres, des oiiüis ! il faut travailler comme votre père!» Ce joiir-là , il ne me restait plus rien que i’hon» ncur... et nous reviuiues à pied ici, n'est-ce pas. tant j’avais attendu de n'avoir plus un shelling pour vous retirer du collège. Ma prospérité avait fui... depuis iong'tem|)s j'étais ruiné... l e banquier Murray, Dieu lui pardonnel avait dévoré ma petite fabrûiue, mes économies, toutes mes ressources... Porteur de billets que j’avais endossés, pour rendre service à un ami , et qui ne furent pas payés du souscripteur, il m'avait poursuivi à outrance . refusant de me recevoir, de m'entendre ; me faisant répondre , à moi, qui demandais un délai pour acquitter la somme due par un antre, qu'il fallait sc mettre en règle; que si on n'éiail pas payé, on ne pourrait payer à son tour; bref, m’erivoyani au plus vite un agent impitoyable comme lui-inéme, qui s'abattit un matin sur moi, nrappréheiida au corp.s et m’entraîna en prison. Il fallut donc, pour me tirer de leurs serres, abandonner le fruit de dix années de triivail, tout mon avoir, tout votre avenir... l.c Ciel vous préserve, mes enfans , de ces hommes de proie qui vous mangent, corps et biens, au nom de la loi!.. Ma pauvre femme en est morte de chagrbi... Moimémo j’en suis tombé malade sans jamais plus me rétablir... Je vous fis apprendre, a toi , Gcoi^e» i'éiai de serrurier; à loi, Paul, celui d'ébéniste , et nous avons vécu ainsi justju’alors au Jour le jour, sans lendemain, «ans bonheur, mais san^ reproche et sans remords, mais avec toute notre vieille et noble probité... Maintenant, donc, que ma vie s’achève , il faut un dernier cOort pour .finir comme nous avons commencé, Je ne veax
i.i;s i)i;i X stiîiu mkiis.
pus plus déshonom' li> nom dr DrivK iiup Io iidiii -9 d’Uospur... je ne veux pas mnuiir, l■lllill, sans •voir payé noire dernière delle... {A part.) Kl je saurai la payer, (llaui.) Paul, va i lri'i cher un médecin.
cRoncr..
Quelle dette, mon père?
PAUI..
La deile du loyer.
SAUCEI,.
Paul, le médecin le plus voisin... va vite !
PAUI..
J’y vais , mon père. Ml sort.)
SCCNK V.
SAMl'Ela. CEOHOE.
GEOHCE, se penchant rer<j Samuel.
nassuiTZ-voHs , mon p^rc» vous pairr»?., vous patrez et toos ne mourrez pas , je resp<'*re. Nous DC serons peut*^trc pas lonjoiirs aussi muliieiirenx. Reprenez conraite! moi. je me lie à des temps meilleurs : vous savez que J'ai de l’ambition, quelque capaciu^. l^h bien ! dans les longues Journées de loisir, dans les longues nuits d’insomnie pass<^es à i’Iiûpilal , j'ai nu dité, réfléchi, inventé... et, par l'éducatioM que vous m'avet donnée généreusement, mon père, je suis devenu mieux qu'un serrurier, un méranl* cien... Dès que j'aurai gagné quelques n> nnrcs,
]e sens que je ferai iortnne et que je recotinaf' irai , enfin , tous vos sacritiees et vos bienfaits... Demain , oui , demain , j'irai iiavailler. . . sAMiiF. 1 ., à part.
Demain ! Ils viendront aujourd'hui. (Entendant frapper.) Eux, déjà!
OF.OROE.
Mon père , vous prdissezî.. et Paul qui ne revient pas...
(Il va vers la porte avec inquiétude.)