‹ Les deux soeurs; drame en quatre actesChapitre 14 sur 92 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

IS

> VALENTINE

Ne vas-tu pas le plaindre!

CÉCILE

Puisqu’il souffre.

VAL ENTlff E.

Je le plaindrais s’il ne te faisait pas souffrir.

CÉCILE

Ne dis pas cela, Valentine, je t’en prie..., ce n’est pas la vérité; et cela serait vrai, que je ne devrais pas l’avouer et encore moins permettre qu’on accuse Maurice... Dès qu’on l’attaque devant moi, mon devoir est de le défendre.

VALENTIA'E

Eh bien, défends-le!... cela ne m’empécliera pas de dire ce que j’en pense... Un dissipateur qui ne se refuse rien, un avare qui te refuse tout...

CÉCI LE.

Que me manque-t-il ? N’ai-je pas un des plus beaux hôtels de Paris et une des plus grandes terres de France?

VALENTINE

Oui..., deux immenses déserts où il n’invite personne et où, à ta place, je serais déjà morte d’ennui.

C^. CILE

Nous n'avous pas les mêmes goûts, nous n'avons pas le même caractère.

VALEXTINE.

Dis que nous n’avons pas le même caractère, mais ne dis pas que nous n'avons point les mêmes goûts... Est-ce que nous n’aimions pas le bal également toutes les deux? Entre nous, la seule difTérence, c’est que tu y allais uniquement pour danser, tandis que danser était ce qui m'y plaisait le moins. Danser te plairait encore, mais ton mari trouve que les robes qu’on fait maintenant coûtent trop cher.

CÉCILE

E.st-ce qu’il a tort?

VALENTIXE.

Tu aimais plus encore que moi à monter à cheval, ce qui éuit tout simple, car aucune femme ne monte mieux que toi...; mais ton mari trouve que les chevaux de selle sont trop dangereux.

CÉCILE

Est-ce qu’en effet il n’arrive pas tous les jours des accidents?

VALENTINE

Cette raison que donne ton mari n’est pas la vraie, c’est un prétexte; la vérité est qu’il a soixante ans et, de plus, la

AC T K IMU'MIKII.

goutte la moitié de l'année, quoiqu’il le nie. Il prétend i|ue, ce n'est qu’un rliumatisme.

C éCI LK.

Je n'ai pas le droit de lui reprocher son ûge. Si je l'eusse trouvé trop vieu.v, c’était à moi de ne pas consentir à l'éi'ouser. Rien ne m’y forçait.

Assurément rien ne t'y forçait... Mais tu es si bonne, (lue tu ne sais résister à rien de ce qui doit rendre les autqes heureux, li a suiTi que maman te dise Jusqu'à quel point ce mariage la ra.ssurerait sur ton avenir et ie mien pour te faire rétracter ton premier mouvement...

CÉCILE

Sois juste, Vaientine : est-ce que maman avait tort? est-ce •lu’en elTet ce n’était pas un mariage inespéré? est-ce que je devais m’attendre que ie mart(uis de Terrepiane, avec ses trois cent milic francs de rente, s’éprendrait de moi et demanderait la main d'une fiile de vingt-deux ans, qui n'avait pour toute dot que l'éducation pour laquclic sa mère s'était imposé tant de privations?

V A L E X Tl X E.

C’était bien ia peine qu’eile se les imposât! c'était bien la peine f|u’elle te donnât tous les talents que tu possèdes, pour le cas que ton mari en fait!

U-S DEUX SIKÜRS.

CÉCILE, ridtf^rrompnnr

Valentine !

Page 1