ACTE PREMIER
. wagon sans venir me mettre à vos ordres, prendre vos commissions et vous proposer de retenir vos logements...
CÉCILE
Ils sont retenus... Mille remercîmentsi... Depuis quand êtes-vousà Paris?
DONZAG.
Depuis un mois...; je me trompe, il n'y a que vingt-sept jours ; je suis arrivé le 2/i mai et c'est aujourd'hui ^e 20 juin : le mois de mai a trente et un jours.
CÉCILE, souriant ( légère ironie ).
Vous êtes venu pour affaires?
DONZAG.
Non, je suis venu, comme je viens tous les ans au printemps, visiter ce qu'il y a de nouveau dans la capitale et me meubler l'esprit et la mémoire. J'ai entendu l'Africaine^ cette œuvre posthume du grand maître. J'ai assisté à la vente de ces belles collections de tableaux et d'objets d'art qui avaient été formées avec taint de peine, tant de soins, et qu'on ne reverra plus, hélas! car ces tableaux sans prix et ces objets d'art sans pareils vont se disperser dans toute l'Europe, qui nous les enviait. J'ai vu les boulevards nouveaux qui ont été percés et qui méritent de porter les glorieux noms de victoires qui leur ont été donnés. J'ai admiré tous ces jardins du pauvre, ces parcs de famille, que vous
appelez squares, et qui ont transformé la grande ville où affluent les deux mondes, l'ancien et le nouveau. J'ai applaudi l'heureux coursier qui, méritant son noiiï de Gladiateur, a battu Totlehen et gagné , dimanche, le fameux prix dé cent mille francs. Je suis venu, enfin, pour me mettre au courant de tout ce qui se fait et de tout ce qui se dit ; car, si on rie venait pas à Paris au moins une fois l'an , on se rouillerait complètement en province.
CÉCILE
De quelle province êtes-vous?
DONZAC.
De l'Auvergne..., du Cantal, où j'ai toutes mes propriétés,
qu'un de mes oncles, dont j'hériterai , Louis-Léonard Coutis-
son, ne veut pas que je vende ; ce qui , jusqu'à sa mort, —
il a soixante-dix-neuf ans, — m'oblige d'habiter Aurillac...
Vous connaissez Aurillac, madame la marquise?
CÉCILE
Non.
DONZAC.
C'est une ville de 19,136 habitants, chef-lieu de préfecture et dépôt de remonte; remarquable par son église de Saint-Gérand , bâtie au x" siècle, et qui s'honore d'avoir donné naissance à Gerbert, dont la statue, que nous devons au célèbre ciseau de David (d'Angers), orne la place Montyon.