ACTE PREMIER. X
CÉCILE
Il dépend de toi de l'avoir.
VALENTINE
La yerta ne se donne pas.
CÉCILE
Elle s'acquiert.
VALENTINE
Alors, comment expliques-tu qu'ayant été élevées absolument de môme, nous n'ayons pas les mêmes pensées, les mêmes impressions, les mêmes principes, la même conduite? Je voudrais t'imiter, que je ne le pourrais pas. Toi, tu es une plante qui embaume l'air qu'on respire; tu peux végéter. Moi, je suis une femme... il faut que je vive.
Tu me fais peur, Valentine, en t'exprimant ainsi. C'est la première fois que tu me tiens ce langage...
VALENTINE
Ce qui a été trop fortement comprimé finit par éclater. Oui, c'est vrai, et je ne puis pas le cacher, j'ai besoin de sentir mon cœur battre...
CÉCILE
Crois-tu donc que ce besoin, je l'aie éprouvé moins impérieusement que tQi? Çrois-tu 4onc que je n^e sois ployée
sans effort et sans regret à cette existence dont j'ai fini par contracter Thabitude? Grois-tu donc qu'il ne m'en ait pas coûté de renoncer à l'idéal que j'avais si longtemps rêvé et qu'un jour j'ai entrevu : — celui d'un mari qui vous aime et qu'on aime, qui a vos goûts et dont on a les idées ? Toi qui as reçu toutes mes confidences de jeune fille en échange des tiennes, crois-tu donc qu'en secret mon cœur aussi n'ait jamais battu? Va, si tu n'as jamais su jusqu'à quel point il a été profondément troublé, c'est que je l'ai soigneusement caché à tous les regards, même aux tiens; c'est qu'aussitôt qu'il a voulu élever la voix, je lui ai imposé silence.
VALENTINE
>Je n'ai pas cet empire sur moi.
CÉCILE
Prends-le !
VALENTINE
J'essayerais de t'imiter que jamais je ne réussirais à changer, comme toi, les mortifications en jouissances. Ce que j'aime, je Tadore ; mais ce que je n'aime plus, je ne saurais le supporter. Je ne suis pas faite pour l'indifférence; la soif d'émotions me dévore.
CÉCILE
Puisse celte soif ardente ne pas se changer en regret amer et ne jamais te ^airé oublier jusqu'à quel point ton mari t'aime !