SCÈNE IV VALENTINE, DONZAG
DONZAG.
Ma parole d'honneur! votre sœur est un ange... Ah! si j'étais le marquis , je répéterais avec le divin auteur des Méditations :
Je bénis Dieu tout bas de m*avoir accordé Cet ange que je garde et dont je suis gardé.
Cette piété conjugale de votre sœur fait mon admiration. On n'est pas à la fois plus charmante et moins coquette !... 11 est bien heureux que toutes les femmes ne lui ressemblent pas I
VALENTINE
En quoi donc est-ce si heureux ?
DONZAG.
Parce qu'alors il faudrait que tous les hommes se mariassent! Si toutes les femmes lui ressemblaient, que deviendrions-nous? que deviendraient les exonérés du recrutement matrimonial ? que deviendraient les vagabonds de Gythère? que deviendrait, par exemple, M. le duc de Beaulieu , qui ne vous quitte pas plus que votre ombre, ce qui fait jaser et enrager toutes ces dames, qui en raffolent... Mais comment êtes-vous ici sans qu'il y soit avant vous ou en même .temps que vous ?
VALENTINE
Vous êtes curieux, monsieur Donzac î
DONZAC.
Dites dévoué, madame de Puybrun; car, si j'étais moins attaché à votre sœur, je ne viendrais pas vous prévenir que le duc de Beaulieu vous fait ici beaucoup d'ennemis.
VALENTINE
Et comment cela ?
DONZAC.
Par le dédain qu'il vous donne pour tous ceux qui vous admirent, dédain superbe que vous ne cachez pas assez... Aussi ont-ils formé une ligue contre vous et contre lui.