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sont insupportables. Comprenez donc que nous pouvons aimer un jour ou deux de semblables chimères dorées; mais dans l'habitude de la vie, c'est intolérable.
Je prévois ([ue si vous ne devenez pas un peu plus imparfaite, nous aurons un triste avenir.
L'avenir! pour Blanche, hélas! sait-il ce que c'est que l'avenir pour elle! au moins, dans nos douleurs, dans nos peines d'icibas, chacun de nous a une espérance future, une vie de repos promise à sa vie
agitée. Mais Blanche n'a plus d'avenir, elle n'a plus peut-être d'éternité I...
Voilà donc la destinée de Blanche, seule, au milieu de ce grand univers •' sa famille est éteinte, ses liens, ses amis, elle n'en a pas cherché. Elle aimait Arthur, et il lui suffisait I d'autres ont , dans ce malheur, des cœurs amis pour les plaindre et les consoler, mais Blanche n'a trouvé personne à aimer , personne aujourd'hui ne l'aime
assez pour la plaindre.
Arthur, comme les autres, s'est éloigné de cette nature surnaturelle, écrasé comme eux par ie< supériorité qui l'humiliait.
Ainsi donc, plus on vaut, moins il faut clierciicr de sympalliîcsau milieu de ce vaste désert , où chacîîn ., pour y êlre reçu , doit njpjiOîicr plus ou moins de faiblesse, qui ressemble aux faiblesses d'autrui ; en ce monde où , plus on s'élève au-dessus des conditions vulgaires , plus on est seule , abandonnée, repoussée.
0 monde , si la jeunesse arrivait à vous dans sa candeur, recevait tout-à-coup l'expérience du vieillard désenchanté, que do croyances tomberaient aussitôt ! qucd'ames deviendraient mauvaises !
Que de foi détruite, que de vérités abandonnées.
Enfin , cet aniversaire , ces cinq ans imposés , élaient accomplis depuis huit jours.
Un matin , Blanche en s'éveillant parut inquiète et bouleversée ; on la vit se promener dans le jardin , les bras croisés sur sa poitrine , les yeux rouges de larmes. Vingt fois elle se dirigea vers un pavillon où Arthur venait d'entrer , vingt fois elle en revint sans avoir osé ouvrir la porte.
Enfin, elle s'y décida.
Elle demeura trois heures avec lui. ... .
que lui dit -elle? Qu'a-t-il appris dans n. 19
celle mystérieuse conversation ? — On l'ignore ! . . .
Elle sortit seule du pavillon , et rentra chez elle ; il était nuit.
Quelques raoïnens après , on entendit un grand bruit dans sa chambre à coucher j on accourut ; on la chercha vainement dans sa chambre et dans toute la maison... elle n'y était plus. . .
Une odeur de parfums était répandu dans l'air , les plumes conservées dans l'urne d'albâtre avaient disparu. . .
Une seule était jetée sur les cheveux
blonds de Blanche 5 coupés jusqu'à la racine, et posés surla boîte où était ordinairement le portrait d'Arthur. . .
— Mais le portrait n'était plus dans la boîte
Ici le manuscrit est déchiré^ on ne retrouva que ce qui suit :
Le comte Arthur de Bauregard, aujourd'hui seul héritier des immenses richesses de la maison d'Arcourt, vient d'arriver à Rome, s' exilant à jamais de la France.
Ses habits de deuil sont en harmonie avec sa profonde tristesse , il regrette avec désespoir, dit-on , la comtesse de Bauregard , sa femme , qu'il a perdue il y a peu de temps.
Il ne parle jamais d'elle , il a défendu aux gens de sa maison d'en prononcer le nom
devant lui. Aucun cénotaphe , aucun souvenir n'attestent ses regrets , et ne parlent (lésa douleur.
On ignore môme où le cercueil est déposé , et dans quel lieu de la terre la dépouille mortelle de Blanche est recueillie.
Ainsi donc , il ne reste d'elle , ici bas , que le souvenir d'un cœur d'homme, pour éterniser les souffrances, les inconcevables douleurs dont son ame fut abreuvée , et ce souvenir s'éteindra bientôt aussi.
Car tout s'efface et s'oublie.
Nous autres hommes, disait un jour le comte de Bauregard au cardinal de Braira, nous comprenons toujours trop tard les âmes extraordinaires !
Madame Joséphine JUNOT D' AERANTES,