SCÈNE I ^v
Eglantine, J^ms Boniface '^
Eglantine, assise près de la table et lisant une brochure. ^ • Même la lecture du Nouveau Cid^ qui ne m'amuse pas! ^ ... j'y renonce ! . . . (^Elle jette la brochure sur la table et se lève.) Ah ! que je m'ennuie, mon Dieu !* . . . {Elle va s* asseoir sur le canapé et regarde les fleurs qui sont dans les vases,) Des fleurs de quatre jours !^ ... je ne sais pas à 15 quoi pense Boniface. . . {Elle sonne^ Boni/ace entre par le fond, une lettre à la main,) Boniface, changez ces fleurs.
Boniface. Oui, mam'selle.® {Il va à la console,) Ah !.. . m'sieu yot' papa n'est pas là, mam'selle Eglantine.?
Eglantine, se levant vivement Non. . . serait-ce ^ une visite, Boniface ?
Boniface. C'est une simple lettre, mademoiselle.
Eglantine, avec impatience. Une lettre. . . voilà les 5 seules relations de mon père ! . . . Tout par correspondance ! . . . i^Elle se rassied,)
Boniface, soupirant. Ah oui ! . . . depuis trois ans qu'il est devenu sourd, M. Damoiseau ne veut plus voir personne. (^11 jette les fleurs,) 10 Eglantine. Ahl que je m'ennuie, Boniface, que je m'ennuie !
Boniface, nettoyant le verre de la lampe. Et moi, mademoiselle, moi, que, depuis son malheur, M. Damoiseau a pris à son service à cause de mon verbe ^ considé- 15 rable, me voir obligé, toute la journée, de causer avec lui! . . . (^Amèrement,) Causer ! j'appelle ça causer. . . c'està-dire je lui vocifère une question mystérieuse, je lui mugis une question timide ; quel métier I quel métier !
Eglantine. Et ce célèbre médecin de sourds auquel 20 il a écrit, il y a un mois. . . il n'en est donc plus question t
Boniface. Il n'a pas même répondu. . . Comment ça
finira-t-il? Pour moi, je le sais bien. . . avant six mois je
ne pourrai plus parler que par pantomime, comme un
pierrot:' mon organe devient de plus en plus ca vernier.*
25 Eglantine, riant. Ah ! ah ! ah !
Boniface. Vous riez de ça, mam'selle! ça n'est pas risible.
Eglantine. Je n'ai pas si souvent l'occasion de rire ! ... me voir, à dix-neuf ans, cloîtrée. . . 30 Boniface. Ah ! ça me serait dur à votre place ! . . . Après ça, moi, j'ai des passions si violentes! ... Si j'avais été demoiselle. . . ah ! . . .