SCÈNE II
Les Mêmes, Damoiseau, un livre à la main
Damoiseau, lisant, c La surdité est une des infirmités les plus insupportables à l'homme. . .» {S' interrompant,) Ah Seigneur ! oui ! ah Seigneur ! oui !
Boniface, s*avançant Monsieur. . . monsieur. . . c'est une lettre. . . {Il la lui met sous le nez,)
Damoiseau. Ah ! tu étais là, Boniface ? ... et ma fille aussi? (Prenant la lettre.) Pourquoi ne me disais-tu 5 pas : « Voilà une lettre »? (// va s'asseoir sur la causeuse,)
Eglantine, à Boniface, Peut-être encore une demande en mariage. . . Si je pouvais lire par-dessus l'épaule de papa ! . . . (Elle va près de son père, ) 10 Boniface. Ça n'est pas la peine, mademoiselle. . . je connais son habitude; il me lit toutes ses lettres sans le vouloir, parce que, comme il ne s'entend pas, il croit lire tout bas. . . C'est ainsi que je sais tout ce qu'il pense, également parce qu'il pense tout haut, croyant se parler 15 tout bas à lui-même; c'est très commode.
Damoiseau, qui a décacheté la lettre et mis ses lunettes^ voyant sa fille près de lui. Curieuse I... (Se levant,) C'est à moi qu'on écrit. . . il y a peut-être là dedans quelque chose de confidentiel. (Il passe à gauche et lit 20 très haut,) «Mon cher Damoiseau, je crois que j'ai trouvé un bon parti pour ta fille, un garçon charmant, spirituel, bien élevé, et, ce qui ne gâte rien, riche. » (// serre la lettre,)
Boniface, bas à Eglantine, Qu'est-ce que je vous 25 disais, mademoiselle?
Damoiseau, à lui-même. Oui, oui, sans doute, mais ce n'est pas là le gendre que j'ai rêvé. . .
Boniface, bas. Vlan ! ... ça y est.^
Eglantine, impatientée. Ah ! toujours son rêve ! Ah 1 30 voyez-vous, Boniface, voyez-vous. . .
Boniface, bas. Calmez-vous, mam'selle.
Eglantine. Me calmer ! . . . quand c'est toute la vie la