CHAPITRE X
IMPORTANCE ET RÈGLES DE L'ECONOMIE DOMESTICtUE.
Il n'est pas rare de trouver des femmes qui se plaignent du défaut d't)ccupation et de devoirs que présente leur existence. Une plainte de ce genre m'a toujours frappé d'admiration. £n cffety si l'on examine avec l'attention la plus superficielle tout ce qu'une femme doit faire pour remplir les obligations les plus essentielles de sa position , on est effrayé de la grandeur et de l'immensité de la tâche qui lui est imposée. Je laisse de coté ses devoirs de mère, c'est un sujet trop capital pour être effleuré en quelques lignes : j'y reviendrai
plus tard(i); mais, sans parler de ce genre d'occupations déjà si absorbantes, que de choses ne lui restent pas à faire chaque jour avant de pouvoir dire : «Je n'ai pas perdu ma journée! » La famille est un petit monde, et tout dans cet univers eu miniature reçoit d'elle la vie et le mouvement; tout relève d'elle plus ou moins directement; tout languît et s'affaisse, si son action ne se fait perpétuellement sentir. Il suffit de ^passer quelques heures dans une maison pour juger sûrement celle qui la dirige, et pour apprécier son caractère et la nature de ses facultés. Tout respire l'ordre, la propreté, la décence, dans un intérieur gouverné par une femme qui possède véritablement toutes les qualités de son sexe. En franchissant le seuil de cette maison , on aperçoit , du premier regard , les traces de rintelligence et du bon goût. Tout est à sa place, et tout concourt à un effet
(i) DtDS hs Devoirs des mèrfs.
général qui satisfait ce besoin (riiarnionie qni est une des lois des esprits sensés et bien faits. On ne trouve là ni splendeur exagérée, ni mesquinerie choquante, ni négligence; tout est en rapport avec la position , les conve^ nances et les habitudes régulières des membres de la famille. Qui n'éprouve pas, dans un intérieur semblable, un sentiment involontaire de calme et de bien-être? Nous sommes faits de telle fiiçon, que l'ordre extérieur rayonne jusqu'au dedans de nous, et porte la paix dans toutes nos facultés. Au contraire, ri£n n'agit plus péniblement sur l'âme qu'une maison où tout s'agite en vertu des caprices irréguUers de la fantaisie , où tout knguit , fiiute d'une main vigoureuse qui puisse tout contenir et tout gouverner.
Si tout le monde convient qu'une maison bien r^lée est une des conditions du bonheur de cette vie terrestre, onhment se fait-il qu'une telle merveille soit si difficile à rencontrer dans ce spirituel pays de France?
C'est que, pour arriver à un pareil résultat , il ne suffit pas d'avoir beaucoup d'esprit et de goût, il faut beaucoup d'ctude, de patience, de courage et de ténacité^ en un mot, toutes les qualités de caractère sans lesquelles il n'y a jamais de bon gouvernement.
Lo mot A^étude, applique aux questions d'économie domestique, fera peut-être sourire quelques-unes de mes lectrices. On est, en effet, habitué à n'attacher qu'une importance secondaire à tout ce qui devrait jouer un rôle si considérable dans la vie des mères de famille. Ce préjugé est la conséquence de l'éducation complètement spéculative que reçoivent chez nous les jeunes filles. On les élève pour plaire, et non pour agir. Il en résulte qu'avant et après le mariage, le soin minutieux de leur personne et les relations avec le monde leur paraissent nécessairement la grande af&ire de toute leur vie. D'ailleurs, les occupations du ménage ont par elles-mêmes si peu d'attrait, qu'il faut une volonté
bien énergique pour en prendre l'habitude à l'âge oïl les plaisirs conservent encore toute leur fascination. Pour se dispenser de ces soucis, dont on ne comprend pas même l'importance, on met en avant une ignorance de toutes les questions économiques qui n'est, hélas! que trop réelle. Or, c'est précisé*ment cette ignorance qu'il faut commencer par combattre et par vaincre! £n effet, tant que cette ignorance persiste , il n'est pas de femme qui puisse éviter do continuelles bévues, et des pertes d-argent qui deviennent avec le temps considérables.
Comment pouvez-vous régler les achats et les dépenses de votre cuisinier ou de votre cuisinière , si vous n'avez pas une idée exacte de la valeur des objets , des différentes manières dont on peut les utiliser, des procédés les plus simples et les moins dispendieux? Or remarquez que ces quelques notions, qui paraissent si simples, sont en réalité fort compliquées. En effet, la valeur des objets
u est pas la même à Paris qu'en province; elle change même quand on passe d'un département dans un autre; elle se modifie avec les saisons, les circonstances, les variations atmosphériques, etc. Il en résulte qu'un système d'alimentation fort économique en Pérîgord n'a pas les mêmes avantages en Bretagne; que ce qu'il convient de fiiire à Paris est impossible en Normandie* Tout ce que vous réglerez, sans une étude approfondie de tous ces détails, vous rendra parfaitement ridicule à l'égard tie vos gens, parfaitement incapable de gouverner des esprits naturellement indociles, et qui n'attendent souvent pour se dispenser du respect, et même pour vous voler, qu'une preuve bien constatée de votre négligence ou de votre incapacité. Or, il faut user d'une prudence de serpent pour ne la leur fournir ja* mais* Cliacun s'exagère au delà des bornes l'importance de ce qu'il fait , et regarde comme notoirement incapable toute personne qui ne sait pas les choses dont il s'occupe coiistaoi*
ment. Si vous demandez à votre jardinier drs juliennes pour le mois d'août, des reines» marguerites pour le printemps; si vous lui dites que vous désti*ez avoir des choux de Bruxelles à Pâques , il s'empressera de dire et de croire qu'il ne doit tenir aucun compte de vos recommaudations, et répétera gravement, à chaque ordre que vous lui donnerez : ^Madame ny entend rien! ï^ Vous voilà jugée et condamnée!
Vous obtiendrez le même résultat avec votre cuisinier, si vous lui débitez quelque petite hérésie analogue^ si vous lui dites, par exemple , que la confitui'e d'abricot est plus économique que la gelée de groseilles; que les cailles sont moins estimées que les alouettes ; que les écrevisses viennent dans la mer et les saumons dans les étangs : détails insignifiants à vos yeux , mais qui constituent pour lui la science, — la seule science pratique et positive. Vous devez vous attendre à voir votre femme de chambre épier de son coté.
avec la même vigilancei toutes les bévues qui pourront vous échapper dans les questions de son ressort; et vous la trouverez, vous pouvez le croire, fort disposée a s'égayer à vos dépens , toutes les fois que vous . vous permettrez^ par suite de votre ignorance, quelque réflexion qui lui paraîtra trop naïve. 11 ne faut pas perdre de vue que, dans votre petit empire, vous vous trouvez précisément dans la position d'un administrateur nouvellement installé. Il n'est pas un seul de ses su* bordonnés qui ne surveille ses mouvements , qui n'examine ses gestes, qui n'inteiroge ses regards, qui ne commente ses paroles. S'il s'avise, dans cette situation vraiment cruelle, de se permettre la plus petite démonstration hasardée, le plus insignifiant coup d'État, l'appréciation la plus inoflensive, il ne sait sur quels charbons ardents il s'expose à maiv cher.
Un jour, dans la petite ville de ***, arrivait un sous-préfet improvisé, comme tant de
ses confrères, par l'administration centrale. Tout fier de sa pacifique ëpée et de son habit bleu brode d'argent, il prenait possession de son poste avec l'aplomb triomphant d'un homme qui n'a pas fait, hélas ! l'expérience de la vie...» et du gouvernement. A. peine installé dans l'hôtel de la sous -préfecture, il s'aperçoit qu'un platane gigantesque enlevait à sa demeure officielle et l'air et la lumière. Avec le ton d'un homme qui veut prendre l'habitude du commandement, il fait venir le lendemain dès l's^ube quelques ouvriers armés de haches, et fait émonder impitoyablement l'arbre.... sacré. £n effet, le majestueux platane était l'arbre même de la liberté, sur lequel le fonctionnaire imprudent venait, et cela après 1 83o, de porter une main sacrilège! Il eut beau protester de son innocence, faire briller dans les branches mutilées le drapeau d'Austerlitz, il n'en passa pas moins pour un sous-préfet carliste, jésuite, rétrograde, ennemi des glorieuses jour-
nées y pour un tartuiTecn habit brodé...*; et, peu de temps après , il quittait tristement ce paradis terrestre ^ dans lequel il croyait filer des jours tissus d'or et de soie.
N'imitez pas mon sous-préfet en débutant dans le gouvernement du ménage. Ne coinmeacez pas par agir, et surtout dans les dé-» buts n'agissez qu'à coup sûr, c'est-à-dire, en sachant bien ce qu'il faut faire, quand et comment il faut le faire. Toute autorité a besoin de l'estime de ses subordonnés, et pour l'obtenir il est nécessaire avant tout de savoir ce qu'on ne doit pas ignorer dans sa position. Mais, direz-vous, est-ce un devoir d'approfondir le Cuisinier royal y d'étudier sérieusement la Maison rustique du dix^neus^ieme siècle j de pâlir sur XMmanach du bonjardi-^ nier, ou sur les écrits de M. Carême? Con* solez-vous, je n'ai jamais eu ta prétcntioa d'exiger de vous de si grands sacrifices. Des écrivains bienveillants ont voulu vous épargner ces accablants travaux , et vous trouve-
rez dans des ouvrages spéciaux, assez courts et parfaUement intelligibles (i)^ toute la science qui suffit à une matlresse de maison* Seulement ^ ces ouvrages ne doivent pas être parcourus dédaigneusement et du bout du doigt. Si vous voulez en tirer quelque profit ^ il faut les étudier^ c'est*à-dire, les bien cornprendre^ les analyser dans votre tête légère, et travailler à les retenir,
(i) L'ouvrage de ce genre qui me parait le moins compliqué est celui de madameMillet, intitulé Maison rustique des dames, contenant i" la tenue du ménage, a* le manuel de cuisine , 3" le traité du jardinage et la direction de la ferme, 4° 1^ médecine domestique (Paris, librairie de Dusacq). — La troisième partie et quelques détails de la première ne peuvent convenir qu'aux personnes qui vivent à la campagne ; encore y a-t-il dans ces portions de Touvrage des choses qui n'intéressent que les femmes occupées de Texplditation de leurs biens. — L'ouvrage de madame la comtesse de***, Manuel d'une jeune femme, est encore beaucoup plus court que celui de madame Millet; mais il est trop supei*ficiel et fort incomplet. Une tablebien faite, qui termine le livre de madame Millet, permet d'ailleurs de choisir les questions que Ton veut étudier.
Du reste, 1 économie domestique n'est pas simplement une connaissance spéculative, c'est avant tout une science pratique, qu^on apprend surtout par l'action , par son expérience et par celle des autres. Il ne faut pas, en effet , dédaigner les conseils des personnes qui sont connues pour gouverner leur ménage avec sagesse et habileté. Les couver* sations de ce genre en apprennent quelquefois bien plus long que toutes les lectures, parce que les livres sont toujours obligés de rester dans les généralités , et ne peuvent tenir compte des différences qu'entraîne nécessairement la variété des situations, des habitudes et des localités. Cependant, quelque précieuse que soit l'expérience de vos amies, ne perdez pas de vue que la vôtre sera toujours préférable , et que c'est surtout par la patience et la ténacité qu'on réussit dans le gouvernement d'un ménage. Soyez bien convaincue que le succès exige toute votre énergie et l'emploi de toute votre patience, qui du
reste n'est peut-être guère développée. Rien n'est aride et à la longue fastidieux comme le détail infini de l'économie domestique.
C'est une agitation qui se reproduit sous les formes les plus variées sans jamais s'épuiser, qui vous poursuit sans cesse, ne laisse pas un moment à la rêverie et à cette douce nonchalance qui est le suprême bonheur de certains caractères. Sans doute il est des femmes qui naissent ménagères, comme on naît poète ou artiste; mais il en est, — et c'est malheureusement le plus grand nombre, — qui ne le deviennent que par de longs efforts, et par une constante application à combattre leur paresse naturelle. Elles ont assurément un grand mérite à remplir leurs devoirs de maîtresse de maison, et on ne leur sait pas toujours assez de gré de leur persévérance et de leur désir de bien faire. Une femme dont l'imagination planerait volontiers dans une sphère plus élevée, et qui s'enferme volontairement dans les obscures préoccupa-
lions d'na iatéi'iâur souvent modesle, est un trésor qu'on n'estime jamais assex, et un inodèle qu'on doit présenter sans cesse aux jeunes femmes qui veulent^ comme leur divin Sauveur, a passer dans la vie en faisant ila bien. »
Il ne faut pas croire que ces généreux efforts restent ici-bas sans récompense. Un intérieur mal gouverné éloigne tous ceux qui devraient s'y plaire. Quand un mari ne trouve chez lui qu'une absence complète de soin , de goût, de toute espèce de confortable, il s'habitue à chercher ailleurs des distractious oné* reuses à la famille, et un bien-être qu'il faut ordinairement payer très-cher. Le mariage « tel qu'il existe daus la civilisation actuelle, est un état fort peu platonique, et dans lequel les affections entrent pour une part ordinaire^ ment médiocre. Il faut donc s'efforcer de ne pas ajouter, à cette froideur sur laquelle on doit presque toujours compter, les répugnances qu'inspirent la maladresse et l'incapacité
de certaines maîtresses de maison. D^ailleurs, rien ne produit les agitations intérieures comme la pénurie d'argent et les affaires embarrassées. Il y a de cela une excellente raison : c est que chacun prétend être innocent du désordre qui cause la gêne dont souffre la famille* Or, sans une économie vigilante, il est impossible, même avec une fortune considérable, d'avoir la moindre aisance. J*ai vu au contraire des femmes qui , avec des ressources fort bornées, trouvaient le moyen d'assurer à leur mari et à leurs enfants cette prérieuse aisance qui est une des plus grandes satisfactions de la vie de fimiitie^ tout en se montrant toujours honorables et au besoin généreuses. C'est que l'économie est une fée à laquelle on pourrait appliquer fort bien le vers de Boileau :
Tout ce qn'eiie a touché se convertît en or.
L'économie peut seule prévoir et satisfaire les fantaisies légitimes des membres de la fa-
mille. C'est mie chose fort triste qu'une mère de famille ne puisse jamais trouver quelques centaines de francs pour une dépense desti-* née à contenter les goûts de son mari ou de ses enfants. Il se produit alors contre son administration une irritation sourde, qui n'attend pour éclater que des occasions favorables. Cette situation devient surtout grave, quand on s'aperçoit qu'elle sait au besoin économiser lorsqu'il s'agit de son penchant pour la toilette, ou de toute autre fantaisie de ce genre. L'égoisme se montre alors d'une manière trop effrontée, pour qu'il ne soulève pas les répugnances et les antipathies qu'il doit nécessairement inspirer. Il n'est pas rare d'entendre des femmes qui ne savent pas dissimuler les calculs de leur personnalité mesquine, se plaindre du peu d'attachement qu'elles rencontrent, et de la froideur qu'on ne sait pas ou qu'on ne veut pas leur cacher. C'est une chose plaisante de voir ainsi Tégoîsme réclamer sans cesse les récompenses
du dévouement, et de remarquer avec quelle audace il ose se poser en victime, quand il devrait plutôt rougir, et cacher dans l'ombre son odieux visage. Ce phénomène , tout étrange qu'il est , se présente à chaque instant dans la vie, on semble tellement compter sur la crédulité commune, qu'on se pare audacieusement des vertus dont on n'a pas même le germe, sans penser que la mali-^ gnité générale ne se prête guère volontiers h ces combinaisons hardies d'un amour-propre effronté.
Le mépris de l'économie ne vient pas chez toutes les femmes de l'éloignement pour les occupations sérieuses et absorbantes. On en trouve , — quoique cela ne soit pas fort commun, — dont le détachement est réel et sincère, dont l'âme, élevée au-dessus des idées terrestres, n'envisage qu'avec dédain tout ce qui se rattache de près ou de loin au bienêtre de la vie. Il est impossible sans doute de
blâmer absolument cette hauteur de pensées
el cette subUmîté de sentiments; mais on ne peut imposer viôlemnieiU à tout ce qui vous eavironae ses convictions et sies habitudes personnelles. PendaDt qu'une mère de £simille ^it isolée dans la sphère lumineuse oii son intelligence se fait nue demeure de prédilection , son mari, ses enfants^ ses domestiques mau-^ dissent ses préoccupations qui Tempêchent de songer à leurs intérêts^ à leurs goûts, à lem's distractions. I^oin de les attirer à ses idées de détachement et de mépris des satis&ctioos de la terre ^ elle les dispose à trouver ridicule et déplacée une piété qui fait oublier tous les devoirs de son état^ et les obligations d*une position qu'on a volontairement choisie. I>es hommes^ tels qu'ils sont faits généralement , n'ont pas un grand penchant à ce spiritualisme contemplatif vers lequel la nature délicate des femmes se trouve plus facilement traînée; ils ne goûtent et n'apprécient les idé religieuses que lorsqu'ils les voient se traduire en résultats pratiques , inspirer aux oœurs
qu'elles dominent un dévouement actif, une eharité sympathique , un zèle vif et sincèi'e pour l'accomplissement des devoirs péqibles et multiplies que la vie de famille impose. Les actes de charité les touchent beaucoup plus que les longues méditations; et la patience inépuisable 9 l'activité invincible d'une âme résignée et courageuse les impressionnent bien plus vivement que les pieuses lectures ou les prières fréquentes.
Il est donc nécessaire de faire entrer les soins du ménage dans son règlement de vie, et même de donner autant qu'il sera possible une heure fixe à la récapitulation écrite de toutes les affaires de )a journée. Une comptabilité régulière et minutieuse est la première condition d'une administration vigilante, et le meilleur moyen pour rendre h son mari un compte intelligent du gouvernement des affaires domestiques. Une fois qu'elle sera mise en train, elle n'exigera ordinairement pas plus d'un quart d'hcui'e ou d'une demi-heure par
jour. Si Von ne prend pas la précaution xl'inscrire toutes les dépenses , on ne saura jamais sur qu^ls objets doivent porter les retranchements, et l'on sera dans Timpossibilité de se rendre un compte exact de l'emploi de son argent , et la balance qu'on doit faire chaque année entre ses revenus et ses dépenses sera toujours complètement négligée. Je ferai remarquer à ce propos qu'il ne faut pas attendre à la fin de l'année pour se préoccuper de cette balance, sans quoi l'on n'y arrivera jamais. Il faut au mois de janvier, en se servant des comptes antérieurs, préparer un budget provisoire, en assignant aux diverses dépenses de la famille une somme approximative qu'on ne doit pas dépasser. Sans cette précaution , on sortira toujours des limites qu'on doit s'im< poser. Il faut, en outre, prévoir les dépenses irrégulières , et songer que les voitures s'usent, que les chevaux ne durent pas éternellement, que les maladies peuvent survenir, que les réparations deviennent indispensables, que les
revenus ne rentrent pas toujours dans leur intégrité, qu'une révolution^ — il eu vient mainteuaut tous l«s dix ans, — bouleversera peut-être les affaires. Si l'on ne réserve pas une somme assez roifde pour les dépenses in* attendues, ou n'établira jamais d'équilibre entre son actif et son passif, et l'on se trai« uera toujours dans les inextricables difficultés des embarras d'argent.
Une fois le budget de l'année arrêté dans les premiers jours de janvier, on aura soin de se munir de deux livres destinés à la comptabilité.
Le premier ne sera qu'un mémento, uu calepin qu'on devra toujours porter. On inscrira sur ce livret les dépenses et les recettes, à l'instant même où elles se feront; car, sans cette précaution , on oublierait nécessairement beaucoup d'objets.
Le second livre sera un véritable registre de comptabilité sur lequel on reportera chaque jour à un titre particulier les dépenses
ou recettes inscrites provisoirement sur le calepin^ Ce registre contiendra autant de co« lonnes qu'il y a dans la famille de sources de revenus ou de mises de fonds. Il y aura donc des titres pour les aumônes, les gages des do* mestiques, les réparations des maisons et des fermes, les diverses dépenses de la cuisine , l'instruction des enfants , les frais qu'exige la toilette de chaque membre de la famille , les cadeaux, le revenu des terres, des fonds placés et des maisons de ville, les impositions, le potager, les journées des ouvriers, les pertes, les acquisitions, les voyages, les fêtes, etc., etc.
En reportant chaque jour les dépenses au titre qui leur convient, on se mettra en mesure de suivre avec vigilance le mouvement des affaii^es intérieures, et d'arrêter au besoin tout ce qui dépasserait le règlement du budget provisoii*e. Si l'on attend à la fin de l'année, ou même à la On du mois pour faire ce petit travail, on ne se rendra pas un compte suf-
fisarit de la marche de réconomie domestique. Tout au plus pourrait-on remettre à la fin de la semaine ce résumé indispensable, si^ comme cela arrive dans des existences fort occupées, on n'avait pas dans la journée un moment à donner aux détails de la comptabilité.