‹ Les devoirs des femmes dans la familleChapitre 23 sur 55 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

L'EXACTITUDE ET LA JUSTICE

Une des questions économiques qui présente le plus de difficultés , c'est celle des achats. Il faut d'abord se faire une règle de conduite qu'on ne doit jamais perdre de vue. A une époque où le luxe prend chaque jour des développements étranges , beaucoup de personnes ont adopté la funeste habitude d'acheter des choses beaucoup trop chères et beaucoup trop belles pour la position qu'elles occupent. Elles se règlent, non point sur les exigences naturelles de leur situation, mais

sions de l'amour-propre , des errears qu^înspîrent les préjugés du inonde, des frivoles imaginations que nourrit un incurable orgueil, une femme simple et bonne, qui travaille avec résignation et courage à maintenir au sein de sa famille l'ordre, le bien-être, la justice et la paix^ est un des plus grands spectacles que puisse présenter la nature humaine. Le souvenir précieux que laisse une mère aimante et dévouée vaut bien mieux que la fatale renommée qui suit dans la tombe ces terribles ravageurs qu'on nomme les conquérants. Aussi n'ai-je jamais pu bien comprendre la répugnance qu'éprouvent certaines femmes distinguées pour les devoirs qui leur sont imposés par leur condition d'épouse et de mère. Elles regardent comme une humiliation pour leur intelligence de s'occuper des minutieux détails qui composent toute l'économie domestique. Elles voudraient, disent-elles, laisser à leur pensée le vol hardi qui rentraine vers les régions supérieures. Les réalités de

la vie leur sont devenues si lourdes à supporter, qu'elles éprouvent un impérieux besoin d écarter de leur esprit les misérables préoccupations qui les leur rappelleraient inë* vitablemeiit. Cette prétendue grandeur est d'autant plus séduisante, qu'elle favorise le penchant à la rêverie; qu'elle s'enveloppe d'une fausse apparence de poésie, très-propre à captiver les imaginations souffrantes. Mais tel n'est pas le caractère de la véritable grandeur : elle ignore ces dédains, cette froideur pour les intérêts des autres^ ce mépris des devoirs les plus essentiels, voilé sous d'ingénieux prétextes. La vraie grandeur est aussi aimante qu'elle est intelligente; elle s'incline sans avoir peur de se briser; elle prend compassion de tout ce qui est faible et souffrant; elle a des sympathies pour toutes les douleurs, et de douces paroles pour toutes les afflictions. C'est elle que le Fils de Dieu nous révèle sans cesse dans ses admirables enseignements , et dont sa vie nous présente les plus

touchants exemples. Nous le voyons bénir les petits enfants qu'offrait à sa bienveillance la tendresse de leurs mères; supporter avec indulgence les pécheurs les plus décriés; s'occuper de leurs intérêts avec la plus douce affection; laisser couler sur ses pieds divins les pleurs du repentir; enfin, le jour du banquet sacré qui précéda les douleurs du Calvaire, devenir, par te plus grand des abaissements, le serviteur humble et docile de tous. Qu'il y a loin de cette douceur et de cette bonté divine à l'inflexible roideur dont je parlais tout à riieure, à ce mépris des auti^es, à cet oubli des devoirs les plus sacrés ! Comment ! vous vous prétendez chrétienne, el vous oubliez h ce point les maximes de celui que vous reconnaissez être pour tous la lumière et la vie! Cette intelligence pénétrante qui fait le sujet de votre orgueil devrait bien s'appliquer quelquefois à comprendre un peu mieux la profondeur de la parole sacrée. Vous trouveriez, en méditant ces enseignements

divin», ces leçons de modestie ,, d'abnégation y de dévouement, qui conviennent si bien à toutes les positions de la vie, mais que vous aurez, plus que bien d'autres^ l'occasion d'appliquer à la situation où le Ciel vous a mise. C'est ainsi que l'Évangile est une sou« veraine l'essource contre ces travers de l'esprit et du cœUr qui s'efforcent de nous dtétourner sans cesse de la voie simple et droite que nous devons parcourir. Il est le livre des faibles comme celui des forts, des petits et des grands, des ignorants et des docteurs, paix^e qu'il contient pour tous la règle infaillible des devoirs de la vie présente, les pa* rôles de la vie éternelle.

J'ai parlé suffisamment jusqu'ici des dé* fauts qu'entraînent l'insouciance et la pai^esse; l'impartialité m'engage à dire un mot des inconvénients qu'entraîne aussi l'excès d'acti-vite. Je ne veux pas que la turbulence puisse s'emparer de mes paroles , afin de s'en servir pour repousser les reproches trop fondés aux-

quels elle s'expose trop souveut. Ce défaut mène à Tanarchie tout aussi vite que l'abandon complet de toute surveillance et de toute direction. Une maison gouvernée par une femme turbulente devient un véritable enfer, tout aussi bien pour les membres de la famille que pour les domestiques ; c'est la tempête dans Tordre moral. Les étrangers eux-mêmes s'effrayent de ce perpétuel besoin de mouvement qui menace le repos des gens les plus inoffensifs. Les femmes de ce caractère agissent , non par devoir de conscience, non par sentiment des exigences de leur position , mais uniquement pour le plaisir d'agir; c'est de l'art désintéressé. Cependant, comme cette passion est loin d'être générale, comme le plus grand nombre tient à son repos, et sait au besoin le défendre, il est impossible que cette terrible monomanie n'engendre pas beaucoup de luttes au sein de la famille. Les maris les plus pacifiques, les parents les plus résignés, les enfants les plus soumis, se fatiguent d^en*

tendre la tempête gronder à leurs oreilles, et d'être entraînés par un tourbillon qui suit tour à tour les directions les plus contraires. Rien n'est donc plus opposé aux intérêts d'un gouvernement dont les intentions doivent être si droites, qu'une activité qui dépasse à chaque instant le but, et compromet les plus sages mesures , en leur donnant un caractère visible d'exagération. Pour bien diriger les autres, il faut d'abord se gouverner soi-même; il faut être maître de ses passions , de son humeur, de ses caprices, en un mot, dp tous ses mouvements. Les œuvres de la patience et de la modération sont seules durables. Il faut savoir mettre à ce qu'on fait tout le temps nécessaire , et ne pas céder à cette impatience d'atteindre le but, qui est un des caractères de la pétulance féminine. Au reste, il ne faut pas s'imaginer qu'un calme aussi grand s'obtienne par quelques efforts passagers : il faut au contraire, pour arriver à un pareil résultat, agir constamment sur soi*

travaux qui ne conviendraient assurément pas h une personne dont le rang serait plus élevé et la fortune plus considérable. Il existe même des situations où il ne faut pas habituer les domestiques à se voir remplacer continuellement par les maîtres qu'ils doivent servir : rien ne donne à leur service plus d^inexactitude et de mollesse. On doit comprendre déjà quelle est en somme la manière dont j'envisage les choses, et combien je suis peu disposé à vouloir accepter pour ces sortes de questions une règle complètement invariable. Il faut s'attacher en tout cela à l'esprit de la loi du travail , beaucoup plus qu'à la lettre. Il existe des maîtres de maison , placés à la tête d'une assez grande fortune, qui, méconnaissant cette règle prudente, passent leur vie à tourner, à forger, à bêcher, etc. Ils se croient des modèles d'activité, et parlent avec une supériorité ironique d'autres personnes qui , sans dépenser tant de forces physiques, remplissent avec beaucoup plus de convenance

et d'exactitude les devoirs de leur position. De même certaines femmes, parce qu'elles font beaucoup de tapisserie, de couture, et même de tricot, se croient par ce seul fait des ménagères fort entendues^ tandis qu'elles laissent dans un abandon absolu la direction et la surveillance des affaires domestiques. Sans doute le travail des mains a son importauce dans la vie des femmes, et ne doit être banni d'aucune position sociale ; mais cette importance doit croître ou diminuer, selon la diversité des situations et des fortunes.

Quand il s'agit d'activité, un des défauts qu'il est le plus facile de constater, c'est une sorte de prédilection à ne prendre des affaires domestiques que ce qui est en rapport avec DOS inclinations. Ne voit-on pas souvent cer« taines femmes s'occuper avec prédilection, tantôt des détails de leur cuisine, tantôt de l'embellissement de leur maison ou de tout autre détail qui, malgré son importance, ne devrait jamais absorber tout le temps et toute

l'attentioft qu'elles se plaisent à lui donner? Encore faut-il s'estimer fort heureux quand leur vigilance ne se porte pas exclusiven^eDi sur un point insignifiant de réoonomte do« mestique !

11 y la des gens qui mettent toule leur gloira à avoir les premiers petits pois de la contrée^ ou bien à pouvoir présenter à leurs voisina les melons les plus beauK et les plul succu* lents. Vous en trouverez d'autres qui s'esti** raent tes plus habiles administrateurs du pays^ parce que leurs pêchers sont taillés d'après la méthode usitée à Moutreuil , ou parce qu'ils parviennent à préserver heureusement leurs dahlins des dangers que ce précieux tubercule court en hiver. Vous trouvères des gens qui ont la spécialité du crépis de la Chine ou du chrysanthème. La petitesse de l'esprit ou du caractère se retrouve partout ; et ces détails^ en apparence si peu significatifs, jettent un grand jour sur les faiblesses et les travers de celte pauvre humauité, dont tious partageoni

tous , pkis ou moins j les tinperfeetiotis et tes imsères.

Cependant y toute femme cFune intelligence ëievëe doit travailler sans cesse à se préserver êë cette tendance que nous avons à nous absoi4>er tous dans des occupations véritablement secondaires. Le meilleur moyen ^ c^est de consulter bien moins ses goûts personnels que les intérêts de la famille, qu'on doit sans cesse avoir devant les yeux. H faut envisager Féconomie domestique comme un devoir, et non pas comme une pure distraction, comme un simple but donné à Factivité humaine. Considérés à ce point de vue, les détails les plus mesquins prennent une importance et une grandeur qu^on ne leur, soupçonnait pas d'abord; on apprend à considérer, non pas les actions en elles-mêmes, mais les sentiments et les convictions qui les inspirent. Qu'y a-t-il donc de grand en ce monde, si Fon consent à le met- Ire en regatxl de Finfini et des années éternelles ? Peur qui sait se dépouilU*r des illu-

sions de raniour-propi*e ^ des erreurs qu'ins* pirent les préjugés du monde, des frivoles imaginations que nourrit un incurable orgueil, une femme simple et bonne, qui travaille avec résignation et courage à maintenir au sein de sa famille l'ordre, le bien-être, la justice et la paix^ est un des plus grands spectacles que puisse présenter la nature humaine. Le souvenir précieux que laisse une mère aimante et dévouée vaut bien mieux que la fatale renommée qui suit dans la tombe ces terribles ravageurs qu'on nomme les conquérants* Aussi n'ai-je jamais pu bien comprendre la répugnance qu'éprouvent certaines femmes distinguées pour les devoirs qui leur sont imposés par leur condition d'épouse et de mère. Elles regardent comme une humiliation pour leur intelligence de s'occuper des minutieux détails qui composent toute l'économie domestique. Elles voudraient, disent-elles , laisser à leur pensée le vol hardi qui l'entraîne vers les régions supérieures. Les réalités de

la vie leur sont devenues si lourdes à suppor*ter, qu'elles éprouvent un inipérieux besoin d'écarter de leur esprit les misérables préoccupations qui les leur rappelleraient inëvitablemeiit. Cette prétendue grandeur est d'autant plus séduisante, qu'elle favorise le penchant à la rêverie; qu'elle s'enveloppe d'une fausse apparence de poésie, très-propre à captiver les imaginations souffrantes. Mais tel n'est pas le caractère de la véritable grandeur : elle ignore ces dédains, cette froideur pour les intérêts des autres^ ce mépris des devoirs les plus .essentiels, voilé sous d'ingénieux prétextes. La vraie grandeur est aussi aimante qu'elle est intelligente; elle s'incline sans avoir peur de se briser; elle prend compassion de tout ce qui est faible et souffrant; elle a des sympathies pour toutes les douleurs, et de douces paroles pour toutes les afflictions. C'est elle que le Fils de Dieu nous révêle sans cesse dans ses admirables enseignements , et dont sa vie nous présente les plus

touchants exemples. Nous le voyons bén'ir les petits enfants qu'offrait à sa bienveillance la tendresse de leurs mères; supporter avec indulgence les pécheurs les plus décriés; s'occuper de leurs intérêts avec la plus douce affection ; laisser couler sur ses pieds divins les pleurs du repentir ; enfin , le jour du banquet sacré qui précéda les douleurs du Calvaire, devenir, par le plus grand des abaissements, le serviteur humble et docile de tous. Qu'il y a loin de cette douceur et de cette bonté divine à l'inflexible roideur dont je parlais tout à l'heure, à ce mépris des auti^es, à cet oubli des devoirs les plus sacrés ! Comment ! vous vous prétendez chrétienne, et vous oubliez h ce point les maximes de celui que vous reconnaissez être pour tous la lumière et la vie! Cette intelligence pénétrante qui fait le sujet de votre orgueil devrait bien s'appliquer quelquefois h comprendre un peu mieux la profondeur de la parole sacrée. Vous trouveriez, en méditant ces enseignements

divins I ces leçons de modestie , d'abnëgatiofli de dévouement, qui conviennent si bien à toutes les positions de la vie j mais que vous aurez, plus que bien d'autres^ Toccasion d appliquer à la situation où le Ciel vous a mise. C'est ainsi, que l'Évangile est une sou* veraine ressource contre ces travers de Tesprît et du cœlir qui s'efforcent de nous dtétouirner sans cc^se de la voie simple et droite quo nous devons parcourir* Il est le livre des faibles comme celui des forts, des petits et des grands, des ignorants et des docteurs, parce qu'il contient pour tous la règle infaillible des devoirs de la vie présente, les pa* rôles de la vie éternelle.

J'ai parlé suffisamment jusqu'ici des dé* fauts qu'entraînent l'insouciance et la pai^sse^ l'impartialité m'engage à dire un mot des inconvénients qu'entraîne aussi l'excès d'actif» vite. Je ne veux pas que la turbulence puisse s'emparer de mes paroles , afin de s'en servir pour repousser les reproches trop fondés aux-

comme celte maniera de Texercer* Pour que le commandemenl se grave bien dans les esprits, pour qu'il agisse promptement sur les volon* tés , il faut qu'il ait quelque chose de la précision et de la netteté des ordres militaires* Le langage des gens de guerre est véritablement admirable comme expression d^autorité; on voit qu'il est le résultat de profondes re-* flexions sur la nature humaine ^ et de l'expé* rieuce do vingt générations de héroS| habitués à gouverner les hommes et à les conduire à la victoire.

J'ai déjà dit un mot de l'influence de l'exempie j quaud j'ai parlé de l'heure du lever; mais cette question se présente ici à un point de vue beaucoup plus général. Quelle part une maîtresse de maison doit^elle prendre à l'actt-i vite qu'elle s'efforce d'entretenir autour d'elle? Quelle est la nature de son intervention dans certains détails de la vie domestique? Si elle ne peut pas tout faire elle«même, nVxiste«f«il pas des choses qu'elle ne doit confier h per*

sonne? La solution de ces divers problèmes demanderait des détails infinis. Je vais tâcher^ afin de n'être pas trop ennuyeux ^ d^ dire en peu de mots tout ce qu'il est essentiel de sa* voir. Seulement, qu'on ne peixie pas de vue que je suis obligé de me borner aux principes.

Le degré d'intervention personnelle, quand il s'agit des soins du ménage, varie selon les situations. Quand on a un certain nombre de domestiques, la direction , la surveillance, la tenue des comptes, etc., exigent naturellement un temps assez considérable. Dans un petit ménage^ au contraire, la direction est presque nulle ; l'action personnelle a tout le temps do s'exercer et de s'utiliser pour le bien général. £n pareil cas, les convenances de position, qu'il ne faut jamais perdre de vue, sont aussi tout à fait différentes. Une mère de famille dont les ressources sont bornées, qui n'a que deux domestiques, et peut-être moins encore, peut se permettre et même doit s'imposer des

travaux qui ne conviendraient assurément pas a une personne dont le rang serait plus élevé et la fortune plus considérable. Il existe même des situations où il ne faut pas habituer les domestiques à se voir remplacer continuellement par les maîtres qu'ils doivent servir : rien ne donne à leur service plus d^inexactitude et de mollesse. On doit comprendre déjà quelle est en somme la manière dont j'envisage les choses, et combien je suis peu disposé à vouloir accepter pour ces sortes de questions une règle complètement invariable. Il faut s'attacher en tout cela h l'esprit de la loi du travail , beaucoup plus qu'à la lettre. Il existe des maîtres de maison , placés à la tête d'une assez grande fortune, qui, méconnaissant cette règle prudente, passent leur vie à tourner, à foirer, à bêcher, etc. Ils se croient des modèles d'activité, et parlent avec une supériorité ironique d'autres personnes qui , sans dépenser tant de forces physiques, remplissent avec beaucoup plus de convenance

— Miel d'exactitude les devoirs de leur position. De même certaines femmes, parce qu'elles font beaucoup de tapisserie, de couture, et même de tricot, se croient par ce seul fait des ménagères fort entendues^ tandis qu'elles laissent dans un abandon absolu la direction et la surveillance des affaires domestiques. Sans doute le travail des mains a son importance dans la vie des femmes, et ne doit être banni d'aucune position sociale ; mais cette importance doit croître ou diminuer, selon la diversité des situations et des fortunes.

Quand il s'agit d'activité, un des défauts qu'il est le plus facile de constater, c'est une sorte de prédilection à ne prendre des affaires domestiques que ce qui est en rapport avec DOS inclinations. Ne voit-on pas souvent certaines femmes s'occuper avec prédilection, tantôt des détails de leur cuisine, tantôt de l'embellissement de leur maison ou de tout autre détail qui, malgré son importance, ne devrait jamais absorber tout le temps et toute

l'aiteDÛoti qu'elles se (ilauent à lui donner? Encore faut-il s'estimer fort heureux quand leur vigilance ne se pointe pa$ exclusivement sur un point insignifiant de réconomie do* nieslique !

U y a des gens qui mettent toute leur gloire à avoir les premiers petits pois de la conftrtée^ ou bien à pouvoir présenter à leurs voisins les melons les plus beauK et les plui succii* lents. Vous en trouverez d'autres qui s'esli* ment les plus habiles administrateurs du paya^ parce que leurs péchera sout taillés d'après la méthode usitée à Moutreuil , ou parce qu'ils parviennent à préserver heurausemeni leurs dahlias des dangers que ce précieux tubercule oourt en hiver. Vous trouverea des gens qui ont la spécialité du crépis de la Chine ou du chrysanthème. La petitesse de l'esprit ou du caractère se retrouve partout; et ces détails, en apparence si peu significatifs ^ jettent un grand jour sur les faiblesses et les travers de celte pauvi-e humanité, dont kious partageoni

tous , p(uft ou moins ^ tes imperfeetions et les misèrefi.

Cependant^ toute femme crune intelligétice ëtevëe doit travailler sans cesse à se préserver ée cette tendance que nous avons à nous absorber tous dans des occupations véritablement secondaires» Le meilleur moyen y c'esit de consolter bien moins ses goûts personnels que les intérêts de la famille, qu'on doit sans cesse avoir devant les yeux. Il faut envisager Féconomie domestique comme un devoir, et non pas comme une pure distraction, comme un simple but donné à Factivité humaine. Considérés à ce point de vue, les détails les plus mesquins prennent une importance et une grandeur qu'on ne leur soupçonnait pas d'abord; on apprend à considérer, non pas les actions en elles-mêmes, mais les sentiments et les convictions qui les inspirent. Qu'y a-t-il donc de grand en ce monde, si Kon consent à le met- Ire en regard de Finfini et des années éternelles ? Peur qui sait se dépouiller des iiiu*

sions de l'amour^propre ^ des erreurs quUns» pirent les préjugés du monde, des frivcdes imaginations que nourrit un incurable orgueii| une femme simple et bonne y qui travaille avec résignation et courage à maintenir au sein de sa famille Tordre, le bien-être, la justice et la paix^ est un des plus grands spectacles que puisse présenter la nature humaine* Le souvenir précieux que laisse une mère aimante et dévouée vaut bien mieux que la fatale renommée qui suit dans la tombe ces terribles ravageurs qu'on nomme les conquérants. Aussi n'ai-je jamais pu bien comprendre la répugnance qu'éprouvent certaines femmes distinguées pour les devoirs qui leur sont imposés par leur condition d'épouse et de mère. Elles regardent comme une humiliation pour leur intelligence de s'occuper des minutieux détails qui composent toute l'économie domestique. Elles voudraient, disent-elles, laisser à leur pensée le vol hardi qui l'entraîne vers les régions supérieures. Les réalités de

la vie leur sont devenues si lourdes à supporter, qu'elles éprouvent un impérieux besoin d écarter de leur esprit les misérables préoccupations qui les leur rappelleraient inévitablement. Cette prétendue grandeur est d'autant plus séduisante, qu'elle favorise le penchant à la rêverie; qu'elle s'enveloppe d'une fausse apparence de poésie, très-propre à captiver les imaginations souffrantes. Mais tel n'est pas le caractère de la véritable grandeur : elle ignore ces dédains, cette froideur pour les intérêts des autres^ ce mépris des devoirs les plus essentiels, voilé sous d'ingénieux prétextes. La vraie grandeur est aussi aimante qu'elle est intelligente; elle s'incline sans avoir peur de se briser ; elle prend compassion de tout ce qui est faible et souffrant; elle a des sympathies pour toutes les douleurs, et de douces paroles pour toutes les afflictions. C'est elle que le Fils de Dieu nous révèle sans cesse dans ses admirables enseignements , et dont sa vie nous présente les plus

toucliants exemples. Nous le voyons bénir les petits enfants qu'offrait à sa bienveillance la tendresse de leurs mères; supporter avec indulgence les pécbeurs les plus décriés; s'occuper de leurs intérêts avec la plus douce affection ; laisser couler sur ses pieds divins les pleurs du repentir ; enfin , le jour du banquet sacré qui précéda tes douleurs du Calvaire, devenir, par le plus grand des abaissements, le serviteur humble et docile de tous. Qu'il y a loin de cette douceur et de cette bonté divine à l'inflexible roideur dont je parlais tout«i l'heure, à ce mépris des auti*es, à cet oubli des devoirs les plus sacrés! Comment! vous vous prétendez chrétienne, et vous oubliez à ce point les maximes de celui que vous reconnaissez être pour tous la lumière et la vie! Cette intelligence pénétrante qui fait le sujet de votre orgueil devrait bien s'appliquer quelquefois à comprendre un peu mieux la profondeur de la parole sacrée. Vous trouveriez, en méditant ces enseîgnemenis

divins, ces leçons de modestie , d'abnégation | de dévouement, qui conviennent si bien à tout^ les positions de la vie, mais que vous aurez, plus que bien d'autres^ roccasion d'appliquer à la situation où le Ciel vous a mise. C'est ainsi que l'Évangile est une sou«> veraine ressource contre ces travers de l'esprit et du cœur qui s'efibrcent de nous détourner sans cesse de la voie simple et droite que nous devons parcourir. Il est le livre des faibles comme celui des forts, des petits et des grands, des ignorants et des docteurs , parce qu'il contient pour tous la règle infaillible des devoirs de la vie présente, les pa* rôles de la vie éternelle.

J'ai parlé suffisamment jusqu'ici des dé* fauts qu'entraînent l'insouciance et la pai^sse; l'impartialité m'engage à dire un mot des inconvénients qu'entraîne aussi l'excès d'acti-» vite. Je ne veux pas que la turbulence puisse s'emparer de mes paroles, afin de s'en servir pour repousser les reproches trop fondés aux-

quels elle s'expose trop souveut. Ce défaut mène à l'anarchie tout aussi vite que Tabandon complet de toute surveillance et de toute direction. Une maison gouvernée par une femme turbulente devient un véritable enfer, tout aussi bien pour les membres de la famille que pour les domestiques ; c'est la tempête dans Tordre moral. Les étrangers eux-mêmes s effrayent de ce perpétuel besoin de mouvement qui menace le repos des gens les plus inoffensifs. Les femmes de ce caractère agissent , noa par devoir de conscience, non par sentiment des exigences de leur position , mais unique* ment pour le plaisir d'agir; c'est de l'art désintéressé. Cependant, comme cette passion est loin d'être générale, comme le plus grand nombre tient à son repos , et sait au besoin le défendre, il est impossible que cette terrible monomanie n'engendre pas beaucoup de luttes au sein de la famille. Les maris les plus pacifiques, les parents les plus résignés, les enfants les plus soumis, se fatiguent d^en-

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tendre la tempête gronder h leurs oreilles, et d'être entraînés par un tourbillon qui suit tour à tour les directions les plus contraires. Rien n'est donc plus opposé aux intérêts d'un gouvernement dont les intentions doivent être si droites, qu'une activité qui dépasse à chaque instant le but, et compromet les plus sages mesures , en leur donnant un caractère visible d'exagération. Pour bien diriger les autres, il faut d'abord se gouverner soi-même; il faut être maître de ses passions , de son humeur, de ses caprices, en un mot, dp tous ses mouvements. Les œuvres de la patience et de la modération sont seules durables. Il faut savoir mettre à ce qu'on fait tout le temps nécessaire, et ne pas céder à cette impatience d'atteindre le but^ qui est un des caractères de la pétulance féminine. Au reste, il ne faut pas s'imaginer qu'un calme aussi grand s'obtienne par quelques efforts passagers : il faut au contraire, pour arriver à un pareil résultat, agir constamment sur soi-

même y réprimer les saillies 'de son humeur; et y pour me servir d'une des expressions de Tapôtre saint Paul^ posséder son âme dans la patience. Cette patience est surtout nécessaire quand des troubles ou des contre-temps imprévus compromettent tous les intérêts et compliquent toutes les affaires. Au temps où nous vivons, les fortunes qui paraissent le mieux établies traversent fréquemment des crises périlleuses , des embarras inextricables. Il est difficile, en pareil cas, d^avoir cette résignation que doit conserver une âme fortement attachée aux divines maximes de TÉvangile. Ce ne sont pas là d'ailleurs les seuls inconvénients qu'on ait à redouter. La nature déconcerte parfois tous nos calculs : il faut craindre pour ses récoltes, non-seulement la négligence des gens qu'on emploie, mais l'intempérie des saisons. Si le ciel se moutre complètement favorable, n'a-t-on pas trop souvent h souffrir des vices et de l'improbité des hommes auxquels on se confie? Est-il rare

de voir une maison qu'on croyait solide filtre subir à ses clients les pertes les plus consi'* dërables) de trouver ches ses fermiers un penchant très*enraciné à diminuer autant que possible les revenus du propriétaire, tantôt par d'éternels retards de payement, et tantôt d'une autre manière? Il faut, quand toutes CCS tribulations nous accablent, bien se con* vaincre qu'on ne doit jamais prétexter des inconvénients impossibles à conjurer, et que toutes les désolations du monde n'ont qu'un résultat positif: elles abattent les plus fermes courages et paralysent les volontés les plus énergiques. N'est^il pas plus chrétien de voir dans la marche des événements , dans les va«* riations de la nature, l'expression du gouvernement divin, dont les desseins sont toujours incompréhensibles pour nos regards bornés? Il faut , à l'aide de cette pensée que l'Évangile conseille sans cesse, s'habituer à considérer avec une résignation sereine tout ce qui contrarie nos vues et déconcerte nos projets.

Souvent des catastrophes qui paraissent irrémédiables sortent des biens inconnus ^ et la Providence nous mène quelquefois au repos et au bonheur par des routes tortueuses et difficiles. Il faut donc se rappeler en ces moments d épreuve qu'elle compte avec vigilance les passereaux qu'on vend pour une pièce de monnaie , et que le lis des champs, qui ne sème ni ne récolte , reçoit de ses mains une parure plus brillante que celle de Salomon dans toute sa gloire. Si le Père céleste traite ainsi une modeste fleur qui brille aujourd'hui, qu'on coupe demain et qu'on jette au foyer, croyez-vous qu'il pourra vous oublier, vous qui êtes les enfants de sa prédilection, le chef-d'œuvre de ses mains?

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