‹ Les devoirs des femmes dans la familleChapitre 22 sur 55 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

L'ÉCONOMIE AGISSANTE

Les bonnes ménagères no connaissent pas les longs fipuimcils; elles ignorent ces heures paresseuses pendant lesquelles râiiie« flottant entre les revins qui s'effacent et les premières perceptions de la vie qui se font déjà sentir^ se laisse aller mollement à toutes les fantaisies du cœur ou de Timagination. Rien ne flatte autant l'indolente mollesse de notre nature c[ue ces moments de i-epos si doux ^ où Tan éprouve confusément le sentiment de l'existence, sans que renaissent encore les inquiétudes et les soucis. Mais cette première victoire de la paresse décide souvent du sort

de la journée. Si on laisse entrer dans son âme le besoin et la passion de la rêverie, si l'on ouvre ainsi la porte aux songes, si Ton détend volontairement tous les i*essorts de l'activité, comment voulez-vous qu'on trouve plus tard en soi cette force vive, celte ardeur infatigable, cette rare pénétration qu'exige le gouvernement des affaires domestiques? Dans les choses positives et pratiques, il faut une intdligence sérieuse et ferme, qui ne cherche pas à chaque instant, comme un refuge, les gracieuses chimères de la fantaisie. D'ailleurs les premières heures, qui sont décisives pour la mère de famille, le sont aussi pour la mai* son. Tout ce qui n'est pas commencé avec vigueur, avec une sorte d'entrain, marche languissamment. Quand les domestiques sont encouragés, dès le matin, par l'active direc* tion qui les met en mouvement, quand ils sentent , dès les premières heures de travail, veiller auprès d'eux l'œil du maître; quand ils reçoivent en commençant la prédication de

lexemple, ils se sentent animés d'une tout autre ardeur pour remplir leurs fonctions que lorsqu'ils . se voient abandonnés à leur bonne volonté, et qu'Us comparent la dure nécessité qui leur est imposée avec une mollesse qui ne prétend s'épargner aucune satisfaction. Si vous ne savez^ triompher de cette mollesse j com* ment pourrez-vous suffire à la multitude des obligations qui vous sont imposées? Vous vous plaignez que le temps vous échappe des mains avec la rapidité du torrent qui s'écoule , qu'il

vous manque pour remplir des devoirs essen»

tiels, et vous vous plaisez vous-même à en abréger la durée! Ces heures que vous sacri* fiez avec si peu de scrupule sont en réalité les meilleurs moments de la journée. Quand tout est calme encore autour de vous , que vous n'avez pas à redouter les dérangements multipliés qui surviendiY>nt plus tard, c'est assurément l'heure de vous rendre compte de vos projets, de résumer vos idées, de réfléchir avec maturité sur les détails les plus signifi-

catifs de votre existenoeé Dai» ces preniters iiiomenU du joiir^ h têle reposée par le scmi* meîl posflàde le pleiu ^LeTcice de son activité; les pensées arrivent à Tesprit nettes et précisés; les objets se présentent soits leur jour véri» table y et l'agitation extétneure n'a pas encore jeté le trouble et la confusion dans les îm» pressions de notre âme* Mépriser ces heures de prédilection ^ c'est donc s'enlever volontai* renient une immense i^essource, c'est s'exposer à commencer avec une précipitation déplo^ rable une journée dont les pi*emien actes doivent porter l'empreinte du calme et de la réflexion. En effet, quand on se lève trop tard, la première pensée qui vous arrive est le sentiment du temps qu'on a perdu ; de là l'envie de feire en une heura une besogne qui en exige raisonnablement trois ou quatre; de là la précipitation, la confusion.

Certaines femmes ont trouvé le secret de prendre un heureux terme moyen entre la pa* resse et l'activité, en faisant a l'une et à l'au^

tr« lies concessions qu'elles croient intelli*genles. £Ues se lèvent de bonne heure^ mais, comme pour se délasser de ce suprême ellfbrl, de ce sacrifice fait i^ leurs convictions y elles retombent affaissées sur elles«méme», semblables à une plante flexible à laquelle on en* lève son appui; et pendant plusieurs heures elles no donnent pas plus signe de vie autour d'elles que si elles jouissaient du plus profond sommeiL

Que font^Ues? quelles idées occupent |lors leur esprit? quels projets remplissent levr tèle? Tout le monde l'ignore; on pourrait assurer qu'elles partagent elles«mémee cette ignorance.

le n'ai pas besoin d'apprécier séi*îeii8ement cette manière ingénieuse d'éluder ime loi dont on reconnaît soi-même ia convenance et la nécessité. Je me demande seulement si ce ta* leni de tuer le temps, dont on use ak>rs sî bien , disparaît complètement quand on se décide enRu à donner signe de vie; si de telles

liabitudes ne sont pas caractéristiques , si elles ne suffisent pas pour donner la mesure de la personne qui les a contractées. Une telle façon d'agir ne rappelle* t-elle pas trop ces gens actifs qui méprisent souverainement tous ceux qui ne se lèvent pas à quatre ou cinq heures, mais qui se dédommagent volontiers plus tard de la contrainte du matin? De tels arrangementSy en réalité fort insignifiants , nous eau* sent trop facilement une admiration excessive de notre activité personnelle. Si nous y regardions d'un peu près, nous trouverions peutêtre que notre manière d'agir n'est guère su* périeure à celle du vulgaire, et que notre vie n'est pas plus héroïque que celle de bien des gens pour lesquels nous n'avons qu'une assez médiocre admiration. Mais telle est la ten« dance de notre nature, que, pendant que nous sommes habiles à réduire les autres à leur juste valeur, nous déployons la même imagination pour nous grandh* à nos propres yeux. Les ruses les moins adroites nous font

illusion, les prétextes les plus frivoles nous paraissent d'excellentes raisons, et nous sommes disposés à accuser d'injustice ou d'esprit dénigrant tous ceux qui ne veulent pas se résigner à partager l'opinion que nous avons de notre propre excellence. Ne serait-il pas plus équitable de porter cette indulgence dans l'appréciation que nous faisons des actions des autres, et de garder pour nous-méme un peu de cette pénétration qui ne nous fait jamais défaut quand il s'agit des travers du pro* chain? C'est en vain que l'Évangile nous re** proche, avec une ingénieuse ironie, cette tendance de notre nature, trop facilement caressée ; nous y retombons sans ee2.se, et, tout en ad* mirant l'humble prière du publicain, nous sommes toujours, sous notre manteau de chris* tianisme, plus ou moins pharisiens.

Si l'on se rendait bien compte du prix du temps, on n'aurait pas recours à tous les vains prétextes dont je viens de pai*ler, pour éviter de l'employer d'une manière utile et conforme

aux desseins de U Providence sur nous. Tout esprit qui veut sérieusement réflëchir n'a pas de peine à se convaincre que nous avons tous ici-baç une tâche à terminer, et que le temps nous est donné comme un dépdl précieux , «lont il faudra rendre compte au juge sévère des consciences et des cceurs.

La doctrine de l'Évangile, sur ce point ca« pital, nVst guère mieux comprise que plusieurs autres enseignements du livre divin. Le Fils de Dieu n'exige-t-il pas que chacun fasse vafoir, selon la mesure de ses forces et de son tntelli* gence, le ti'ésor mis dans ses mains par la cotï'^ fiance du père de famille ? Crott*on qu*il nous laisse, dans la gestion de cet emploi , beaucoup de loisirs pour les fantaisies de notre paresse et de notre imagination ; qu'il nous permette de laisser et de reprendre à notre gré le fiirdeau qu'il nous impose en entrant dans la vie? Une telle manière d'envisager les cKoses est en contradiction formelle avec toute ta doctrine de noire Sauveur. Il ne. nous per-

met pas même une parole inutile ; il va jW*> qu'à dire que êi nous la proaoiiçoDS> il en faudra rendre compte au jour de son juge* meut. Eu effet ^ un soldat placé devant l'en** netnî ne $e permet pas de oonversationa fri« voles^ il s'absorbe tout entier dans le sentiment d^ dangers de la patrie^ et n'a d'autre pensée que celle de combattre avec énergie^ et de savoir au besoin mourir pour la défendre» Un habile ouvrier qui comprend l'importance de son œuvre^qui veut jouir des fruits de son travail « ne se distrait qu'avec une extrême répugniuice de la tâche qu'il s'est volontairement imposée. Nous aussi, nous sommes les soldats de Dieu^ destinés à veiller sans cesse sur les murs de la cité sainte; nous sommes les ouvriers du Pèrti célestci appelés à cultiver cette vigne mystérieuse dont il est parlé dans l'Évangile en teimes si pleins de grâce et de poésie.

Une fois que nous aurons bien conçu le sentiment de notre vocation , notre intelligence s'occupera perpétuellement d'employer

chaque minute avec une consciencieuse ardeur. On ne sait pas tout ce qu'on peut faire en combinant avec adresse tous les moments dont on peut disposer, et en attribuant à chacun une occupation précise et déterminée. C'est à cause 4u défaut de prévision que beaucoup de personnes perdent . diaque jour un temps considérable. On les voit constamment embarrassées de leur contenance, incertaines sur le choix de la besogne qu'elles doivent prendre , et perdant un temps infini dans des délibérations prolongées.

Je sais bien qu'avec tous les calculs du monde il est impossible d'empêdier quelques lacunes de se produire. Le manque de parole d'un ouvrier, l'inexactitude d'un domestique, les lenteurs d'une personne qu'on attend, pea^ vent plus d'une fois déranger les combinai* sons les plus habiles. Mais pourquoi ne psis avoir pour ces moments une besogne qu'on peut facilement laisser ou reprendre à son gré, un livre dont la lecture peut être inter«

rompue, enfin quelqu'une de ces occupations qui n'exigent ni beaucoup de temps ni beaucoup d'application? C'est ainsi qu'agissent les personnes qui sentent vraiment le prix du temps, qui sont disposées à rendre compte, non-seulement d'une parole oiseuse, mais aussi d'une minuté perdue. Il est facile de re« connaître ces sortes de personnes au soin qu'elles mettent à ménager le temps des au« très. Elles ont dans les affaires la promptitude et la décision, dans les conversations l'antipathie des longs discours et des bavardages superflus. C'est un des caractères les plus significatifs de tous ceux qui ont la vraie science du gouvernement. Us sont avares de leurs paroles bien plus que de leurs actes, tandis que les autres parlent beaucoup et agissent fort peu. Certaines maîtresses de maison emploient les trois quarts de la journée à dis* cuter avec leurs domestiques ou avec leurs enfants. L'ordre le plus insignifiant exige des explications infinies. Rien n'énerve l'autoiité

de la journée. Si on laisse entrer (tans son âme le besoin et la passion de la rêverie, si Ton ouvre ainsi la porte aux songes, si Tod détend volontairement tous les ressorts de l'activité, comment voulez-vous qu'on trouve plus tard en soi cette force vive, cette ardeur infatigable, cette rare pénétration qu'exige le gouvernement des affaires domestiques? Dans les choses positives et pratiques, il faut une intelligence sérieuse et ferme, qui ne cherche pas à chaque instant, comme un refuge, les gracieuses chimères de la fantaisie. D'ailleurs les premièi*es heures, qui sont décisives pour la mère de famille, le sont aussi pour la maison. Tout ce qui n'est pas commencé avec vigueur, avec une sorte d'entrain, marche languissamment. Quand les domestiques sont encouragés, dès le matin, par l'active direc* tion qui les met en mouvement, quand ils sentent , dès les premières heures de travail, veiller auprès d'eux l'œil du maître; quand ils reçoivent en commençant la prédication de

lexemple, ils se sentent animés d'une tout autre ardeur pour remplir leurs fonctions que lorsqu'ils . se voient abandonnés à leur bonne volonté y et qu'ils comparent la dure nécessité qui leur est imposée avec une mollesse qui ne prétend s'épargner aucune satisfaction. Si vous ne savez' triompher de cette mollesse , com« ment pourrez-vous suffire à la multitude des obligations qui vous sont imposées? Vous vous plaignez que le temps vous échappe des mains avec la rapidité du torrent qui s'écoule , qu'il vous manque pour remplir des devoirs essentiels, et vous vous plaisez vous-même à en abréger la durée! Ces heures que vous sacri* fiez avec si peu de scrupule sont en réalité les meilleurs moments de la journée. Quand tout est calme encore autour de vous , que vous n'avez pas à redouter les dérangements multipliés qui surviendront plus tard, c'est assurément l'heure de vous rendre compte de vos projets, de résumer vos idées, do réfléchir avec maturité sur les détails les plus signifi-

catifs de votre existence» Dans ces premiers moments du jour^ h tête reposée par le som« meîl possède le plein ^cett:ice de son activité) les pensées arrivent k Tesprit nettes et précises; les objets se présentent soUs leur jour véri-^ table , et l'agitation extérieura n'a pas encoro jeté le trouble et la confusion dans les im» pressions de notre âme» Mépriser ces heures de prédilection ^ c'est donc s'enlever volontat*rement une immense ressource, c'est s'exposer à commencer avec une précipitation déplo^ rable une journée dont les pi*emiers actes doivent porter l'empreinte du calme et de la réflexion. En effet, quand on se lève trop tard, la première pensée qui vous arrive est le sentiment du temps qu'on a perdu ; de là l'envie de ûiire en une heut*e une besogne qui en exige raisonnablement trois ou quatre; de là la précipitation, la confusion.

Certaines femmes ont trouvé le secret dta prendre un heureux terme moyen entre la pa* resse et l'activité, en faisant a l'une et à l'au*

U^ des oenoesftîans qu'elles croient intelli«gentes. Elles se lèvent de bonne h^ire, mais^ eomme pour se délasser de ee suprême effort, de ce sacrifice fait k leurs convietions y elles retombent affaissées sur elles«ni£me» , semblables à une plante flexible à laquelle on enlève son appui ; et pen^nt plusieurs heures elles ne donnent pas plus signe de vie autour d'elles que si elles jouissaient du plus profond somnmL

Que foat^Ues? quelles idfes oeeupeat |lors leur esprit? quels projets remplissent leur tdie? Tout le moude l'tgMwe; on pourrait assurer qu'elles partagent elles^mteies eette ignorance^

Je n'ai pas besoin d'appr^ier sérieusement eette manière ingénieuse d'éluder une loi dont on reeonnait soMnême la convenance et la néeessité. Je me demande seulement si ce ta* knt de tuer le temps, dont on use alors si bien , disparaît complètement quand on se décide enfin à donner signe de vie ; si de telles

catifs de voire existence» Daa« ces premiers moments du jour, Ik tête reposée par le sommeil possède le pleâa ex^xrice de son activité; les pensées arrivent à l'esprit nettes et précisés; les objets se présentent soits leur jour véri^ table y et l'agitation extérieur n'a pas encoiis jeté le trouble et la confusion dans les im^ pressions dé notre âme» Mépriser ces heures de prédilection ^ c'est donc s'enlever volontai*reinent une immense ressource , c'est s'exposer à commencer avec une précipitation déplorable une journée dont les pi^emiers actes doivent porter l'empreinte du calme et de la réflexion. En effet, quand on se lève ttx>p tard, la première pensée qui vous arrive est le sentiment du temps qu'on a perdu ; de là l'envie de &ire en une beui*e une besogne qui en exige raisonnablement trois ou quatre} de là la précipitation, la confusion»

Certaines femmes ont trauvë le secret de prendre un heureux terme moyen entre la paresse et l'activité, en faisant h l'une et à l'au^

Ire 4es oancesftioAs qu'elles croient înteUi** gentes. £Ues se lèvent de bonae heure^ mais, eomme pour se délasser de ee suprême effort, de ce sacrifice fait ^ leurs eonvietions , elles retombent affaissées sur elles^^mémes, semblables à une plante flexible à laquelle on en* lève son appui ; et pendant plusieurs heures elles ne donnent pas plus signe de vie autour d'elles que si elles jouissaient du plus profond sommeil.

Que fonl^ltes? quelles id^ oeeispent |lors leur espnt? quek projets remplissent leur léle? Tout le mande l'ignore; on pourrait assurer qu'elle partagent elles^mteies ec^te ignorance.

Je n'ai pas besoin d'appi^ier sérîeusf ment eette maniàre ingénieuse d'éluder une loi dont on reconnaît sonnême la convenance et la nécessité. Je me demande seulement si ce ta* lent de tuer le temps, dont on use alors A bien , disparait complètement quand on se décide enfin à donner signe de vie ; si de telles

habitudes ne sont pas caractéristiques , si elles ne suffisent pas pour donner la mesure de la personne qui les a contractées. Une telle façon dagir ne rappelle-t-elle pas trop ces gens ac« tifs qui méprisent souverainement tous ceux qui ne se lèvent pas à quatre ou cinq heures, mais qui se dédommagent volontiers plus tard de la contrainte du matin? De tels arrangementSy en réalité fort insignifiants, nous causent trop facilement une admiration excessive de notre activité personnelle. Si nous y regar- {dions d'un peu près, nous trouverions peut* être que notre manière d'agir n'est guère supérieure à celle du vulgaire, et que notre vie n'est pas plus héroïque que celle de bien des gens pour lesquels nous n'avons qu'une assez médiocre admiration. Mais telle est la tendance de notre nature, que, pendant que nous sommes habiles à réduire les autres à leur juste valeur, nous déployons la même imagination pour nous grandh* à nos propices yeux. Les ruses les moins adroites nous font

illusion y les prétexles les plus frivoles nous paraissent d'excellentes raisons, et nous sommes disposés à accuser d'injustice ou d'esprit dénigrant tous ceux qui ne veulent pas se résigner à partager l'opinion que nous avons de notre propre excellence. Ne serait-il pas plus équitable de porter cette indulgence dans l'appréciation que nous faisons des actions des autres, et de garder pour nous-niême un peu de cette pénétration qui ne nous fait jamais défaut quand il s'agit des travers du pro* chain? C'est ea vain que l'Évangile nous re-* proche 9 avec une ingénieuse ironie, cette tendance de notre nature, trop facilement caressée ; nous y retombons sans cc^se, et, tout en ad» mirant l'humble prière du publicain , nous sommes toujours, sous notre manteau de christianisme, plus ou moins pharisiens.

Si l'on se rendait bien compte du prix du temps, on n'aurait pas recours à tous les vains prétextes dont je viens de parler, pour éviter de l'employer d'une manière utile et conforme

aux cle&seins de la Pfovîdenoe $ur nous. Tout esprit qui veut sâneusement réflëehiF a'a pas de peine à se convaincre que nous avons tous ici«ba9 une tâche à terminer, et que le temps nous est donné comme un dëpât précieux ^ dont il faudra rendre compte au juge sévère des consciences et des cœurs.

La doctrine de l'Évangile, sur ce point capital n'est guère mieux comprise que plusieurs autres enseignements du livre divin. Le Fils de Dieu nVxige-t-il pas que chacun fiisse valoir, selon la mesure de ses forces et de son intélli* gence, le trésor mis dans ses mains par la con^ fiance du père de famille ? Croit^on quHt nous laisse, dans la gestion de cet emploi , beaucoup de loisirs pour les fantaisies de notre paresse et de notre imagination ; qu'il nous permette de laisser et de reprendre à notre gré le fiirfleau qu^il nous impose en entrant dans la viei^ Une telle manière d'envisager les ehoaes est en contradiction formelle avec toute la docirine de noire Sauveur. Il ne. nous perw

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met pas meule uoe parole iouiile ; U ve ju^*» qu'à dire que si nous la pronoaçoa8> il en faudra rendre compte au jour de soo juge* meut. En edet^ un «oldat placé devant l'en* netnî ne se permet pas de conversationA frivoles, il s'absorbe tout entier dans le sentiment des dangers de la patrie, et n'a d'autre pensée que celle de combattre avec ën^gie, et de savoir au besoin mourir pour la défendre* Un habile ouvrier qui comprend l'importance de son œuvre, qui veut jouir des fruits do son travail, ne se distrait qu'avec une extrême répugnance de la tache qu'il s'est volontairement imposée. Nous aussi, nous sommes les soldats de Dieu, destinés à veiller sans cesse sur les murs de la cité sainte ; nous sommes les ouvriers du Père céleste, appelés à cultiver celte vigne mysté-* rieuse dont il est parlé dans l'Évangile eu teimes si pleins de grâce et de poésie.

Une fois que nous aurons bien conçu le sentiment de notre vocation, notre intelligence s'occupera perpétuellement d'employer

chaque minute avec une consciencieuse ardeur. Ou ne sait pas tout ce qu'on peut faire en combinant avec adresse tous les moments dont on peut disposer, et en attribuant à chacun une occupation précise et déterminée. C'est à cause du défaut de prévision que beaucoup de personnes perdent . cliaque jour un temps considérable. On les voit constamment embarrassées de leur contenance, incertaines sur le choix de la besogne qu'elles doivent prendre, et perdant un temps infini dans des délibérations prolongées.

Je sais bien qu'avec tous les calculs du monde il est impossible d'empêdier quelques lacunes de se produire. Le manque de parole d'un ouvrier, l'inexactitude d'un domestique, les lenteurs d'une personne qu'on attend, peu» vent plus d'une fois déranger les combinaisons les plus habiles. Mais pourquoi ne pas avoir pour ces moments une besogne qu'on peut facilement laisser ou reprendre à son gré, un livre dont la lecture peut être inter-

rompue, enfin quelqu'une de ces occupations qui n'exigent ni beaucoup de temps ni beaucoup d'application ? C'est ainsi qu'agissent les personnes qui sentent vraiment le prix du temps, qui sont disposées à rendre compte , non-seulement d'une parole oiseuse, mais aussi d'une minuté perdue. Il est facile de re« connaître ces sortes de personnes au soin qu'elles mettent à ménager le temps des autres. Elles ont dans les affaires la promptitude et la décision, dans les conversations l'antipathie des longs discours et des bavardages superflus. C^est un des caractères les plus significatifs de tous ceux qui ont la vraie science du gouvernement. Ils sont avares de leurs paroles bien plus que de leurs actes, tandis que les autres parlent beaucoup et agissent fort peu. Certaines maîtresses de maison emploient les trois quarts de la journée à dis* cuter avec leurs domestiques ou avec leurs enfants. L'ordre le plus insignifiant exige des explications infinies. Rien n'énerve l'autorité

comme cette manière de TexeiTen Pour que le commandement se grave bien dans les esprits, pour qu'il agisse promptement sur les volontés , il faut qu'il ait quelque chose de la préci* sion et de la netteté des ordres militaires. Le voit qu'il est le résultat de profondes ré-> flexions sur la nature humaine^ et de l'expé* rience de vingt générations de héroS) habitués à gouverner les hommes et à les conduire à la victoire.

J'ai déjà dit un mot de l'influence de Texem* pie , quand j'ai parlé de l'heure du lever; mais cette question se présente ici à un point de vue beaucoup plus général. Quelle part une maîtresse de maison doit^elle prendre à l'actif vite qu'elle s'efforce d'entretenir autour d'elle? Quelle est la nature de son intervention dans certains détails de la vie doàiestique? Si elle ne peut pas tout faire elle-même, n existe«f-*il pas des choses qu'elle ne doit confier à per»

sonne ? La solution de ces divers problèmes demanderait des détails infinis. Je vais tâcher^ afin de n'être pas trop ennuyeux^ d/s dire en peu de mots tout ce qu'il est essentiel de savoir. Seulement, qu'on ne perde pas de vue que je suis obligé de me borner aux principes.

Le degré d'intervention personnelle , quand il s'agit des soins du ménage, varie selon les situations. Quand on a un certain nombre do domestiques, la direction , la surveillance, la tenue des comptes, etc., exigent naturellement un temps assez considérable. Dans un petit ménage^ au contraire, la direction est presque nulle ; l'action personnelle a tout le temps de s'exercer et de s'utiliser pour le bien général. Eu pareil cas, les convenances de position, qu'il ne faut jamais perdre de vue, sont aussi tout à fait différentes. Une mère de famille dont les ressources sont bornées, qui n'a que deux domestiques, et peut-être moins encore, peut se permettre et même doit s'imposer des

travaux qui ne conviendraient assurément pas h une personne dont le rang serait plus élevé et la fortune plus considérable. II existe même des situations où il ne faut pas habituer les domestiques à se voir remplacer continuellement par les maîtres quMIs doivent servir : rien ne donne à leur service plus d^inexactitude et de mollesse. On doit comprendre déjà quelle est en somme la manière dont j'envisage les choses, et combien je suis peu disposé à vouloir accepter pour ces sortes de questions une règle complètement invariable. Il faut s'attacher en tout cela h Tesprit de la loi du travail , beaucoup plus qu'à la lettre. Il existe des maîtres de maison , placés à la tête d'une assez grande fortune, qui, méconnaissant cette règle prudente, passent leur vie à tourner, à forger, à bêcher, etc. Ils se croient des modèles d'activité, et parlent avec une supériorité ironique d'autres personnes qui , sans dépenser tant de forces physiques, remplissent avec beaucoup plus de convenance

et d'exactitude les devoirs de leur position. De même certaines femmes, parce qu'elles font beaucoup de tapisserie, de couture, et même de tricot, se croient par ce seul fait des ména« gères fort entendues^ tandis qu'elles laissent dans un abandon absolu la direction et la surveillance des affaires domestiques. Sans doute le travail des mains a son importance dans la vie des femmes , et ne doit être banni d'aucune position sociale ; mais cette importance doit croître ou diminuer, selon la diversité des situations et des fortunes.

Quand il s'agit d'activité, un des défauts qu'il est le plus facile de constater, c'est une nos inclinations. Ne voit-on pas souvent certaines femmes s'occuper avec prédilection, tantôt des détails de leur cuisine, tantôt de l'embellissement de leur maison ou de tout autre détail qui, malgré son importance, ne devrait jamais absorber tout le temps et toute

travaux qui ne conviendraient assurément pas a une personne dont le rang serait plus élevé et la fortune plus considérable. Il existe même des situations où il ne faut pas habituer les domestiques k se voir remplacer continuellement par les maîtres qu'ils doivent servir : rien ne donne a leur service plus d^inexactitude et de mollesse. On doit comprendre déjà quelle est en somme la manière dont j'envisage les choses, et combien je suis peu disposé à vouloir accepter pour ces sortes de questions une règle complètement invariable. Il faut s'attacher en tout cela h l'esprit de la loi du travail , beaucoup plus qu'à la lettre. Il existe des maîtres de maison , placés à la tête d'une assez grande fortune, qui, méconnaissant cette règle prudente, passent leur vie à tourner, à forger, à bêcher, etc. Ils se croient des modèles d'activité, et parlent avec une supériorité ironique d'autres personnes qui , sans dépenser tant de forces physiques, remplissent avec beaucoup plus de convenance

et d'exactitude les devoirs de leur position. De même certaines femmes, parce qu'elles font beaucoup de tapisserie, de couture, et même de tricot, se croient par ce seul fait des ménagères fort entendues, tandis qu'elles laissent dans un abandon absolu la direction et la survaillance des affaires domestiques. Sans doute le travail des mains a son importance dans la vie des femmes , et ne doit être banni d'ausituations et des fortunes.

Quand il s'agit d'activité, un des défauts qu'il est le plus facile de constater, c'est une sorte de prédilection à ne prendre des affaires domestiques que ce qui est en rapport avec nos inclinations. Ne voit-on pas souvent certaines femmes s'occuper avec prédilection, tantôt des détails de leur cuisine, tantôt de l'embellissement de leur maison ou de tout autre détail qui, malgré son importance, ne devrait jamais absorber tout le temps et toute

l'aitenlioti qu'elles 8e plaisent à lui donner? Encore faut-il s'estimer fort heureux quand leur vigilance ne se porte pas ex.dustvem€at sur un p(>inl insignifiant de Tëconoilate do* roestique !

Il y ^ des gens qui mettent toule leur gloire à avoir les premiei^ petits pots de la oontnée^ ou bien à pouvoir présentet* à leUrs voisins les melons les plus beaux et les plul succu^ lents. Vous en trouverez d'autres qui s'esti« ment tes plus htibiles administrateurs du pays^ parce que leurs pêchers sont taillét d'après la méthode usitée à Montneuil, ou parce qu'ils parviennent à préserver heùrausement leurs dahlias des dangers que ce précieux tubercule court en hiver. Vous trouvères des gens qui ont la spécialité du crépis de la Chine ou du chrysanthème* La petitesse de l'esprii ou dtt caractère se retrouve partout; et ces détails, en apparence si peu significatifs, jettent un grand jour sur les faiblesses et les travers de cette pauvre humanité, dont lions partageoni

ioos j plus ou moins y tes imperfections et les misèrefi.

Cependanb, toute femme cFune intelligelice élevée doit travailler sans cesse à se préserver de oette tendance que nous avons à nous abaerber tous dans des occupations véritabtement secondaires. Le meilleur moyen , c*est de consulter bien moins ses goûts personnels que les intérêts de la famille, qu'on doit sans cesse avoir devant les yeux. Il faut envisager l'économie domestique comme un devoir, et non pas comme une pure distraction, comme un simple but donné à Factivité humaine. Considérés à ee point de vue, les détails les plus mesquins prennent une importance et une grandeur quVin ne leur soupçonnait pas d'abord; on apprend à considérer, non pas les actions en elles-mêmes, mais les sentiments et les convictions qui les inspirent. Qu'y a-t-il donc de grand en ce monde, si l'on consent ci le met- Ire en regai^d de Flnfini et des années éternelles? Pour qui sait se dépouilliT des illu-

sions de Tamour-propre j des erreurs qu'inspirent les préjugés du inonde , des frivoles imaginations que nourrit un incurable orgueil, une femme simple et bonne , qui travaille avec résignation et courage à maintenir au sein de sa famille Fordi^e, le bien-être , la justice et la paix^ est un des plus grands spectacles que puisse présenter la nature humaine. Le souvenir précieux que laisse une mère aimante et dévouée vaut bien mieux que la fatale renommée qui suit dans la tombe ces terribles ravageurs qu'on nomme les conquérants. Aussi n'ai-je jamais pu bien comprendre la répugnance qu'éprouvent certaines femmes distinguées pour les devoirs qui leur sont imposés par leur condition d'épouse et de mère. Elles regardent comme une humiliation pour leur intelligence de s'occuper des minutieux détails qui composent toute l'économie domestique. Elles voudraient, disent-elles, laisser à leur pensée le vol hardi qui l'entraîne vers les régions supérieures. Les réalités de

la vie leur sont devenues si lourdes à supporter, qu'elles éprouvent un impérieux besoin d'écarter de leur esprit les misérables préoccupations qui les leur rappelleraient inévitablemeiit. Cette prétendue grandeur est d'autant plus séduisante, qu'elle favorise le penchant à la rêverie; qu'elle s'enveloppe d'une fausse apparence de poésie, très-propre à captiver les imaginations souffrantes. Mais tel n'est pas le caractère de la véritable grandeur : elle ignore ces dédains, cette froideur pour les intérêts des autres, ce mépris des devoirs les plus essentiels, voilé sous d'ingénieux prétextes. La vraie grandeur est aussi aimante qu'elle est intelligente; elle s'incline sans avoir peur de se briser; elle prend compassion de tout ce qui est faible et souffrant; elle a des sympathies pour toutes les douleurs, et de douces paroles pour toutes les afflictions. C'est elle que le Fils de Dieu nous révèle sans cesse dans ses admirables enseignements , et dont sa vie nous présente les plus

touchants exemples. Nous le voyons bénir \es petits enfants qu'offrait à sa bienveillance la tendresse de leurs mères; supporter avec indulgence les pécheurs les plus décriés; s'occuper de leurs intérêts avec la plus douce affection; laisser couler sur ses pieds divins les pleurs du repentir ; enfin , le jour du banquet sacré qui précéda les douleurs du Calvaire , devenir, par le plus grand des abaissements, te serviteur humble et docile de tous. Qu'il y a loin de cette douceur et de cette bonté divine à l'inflexible roideur dont je parlais tout à l'heure, à ce mépris des autres, à cet oubli des devoirs les plus sacrés! Comment! vous vous prétendez chrétienne, et vous oubliez à ce point les maximes de celui que vous reconnaissez être pour tous la lumière et la vie! Cette intelligence pénétrante qui fait le sujet de votre orgueil devrait bien s'appliquer quelquefois h comprendre un peu mieux la profondeur de la parole sacrée. Vous trouveriez, en méditant ces enseîgnemenls

divin», ces leçons de modestie , d'abnëgatto«| de dévouement, qui conviennent si bien à toutes les positions de la vie, mais que vous aurez, plus que bien d'autres^ l'occasion d'appliquer à la situation où le Ciel vous a mise* C'est ainsi, que l'Évangile est une sou» veraine ressource contre ces travers de l'esprit et du cœur qui s'efiR>rcent de nous dtétourner sans cesse de la voie simple et droite que nous devons parcourir. Il est le livre des faibles comme celui des forts, des petits et des grands, des ignorants et des docteurs, parce qu'il contient pour tous la règle infaiU lible des devoirs de la vie présente, les pa* rôles de la vie éternelle.

J'ai parlé suffisamment jusqu'ici des dé* fauts qu'entraînent l'insouciance et la pai^esse; l'impartialité m'engage à dire un mot des inconvénients qu'entraîne aussi l'excès d'activité. Je ne veux pas que la turbulence puisse s'emparer de mes paroles , afin de s'en servir pour repousser les reproches trop fondés aux-

quels elle s'expose trop sou veut. Ce défaut mène à Tanarchie tout aussi vite que l'abandon complet de toute surveillance et de toute direction. Une maison gouvernée par une femme turbulente devient un véritable enfer, tout aussi bien pour les membres de la famille que pour les domestiques ; c'est la tempête dans l'ordre moral. Les étrangers eux-mêmes s'effrayent de ce perpétuel besoin de mouvement qui menace le repos des gens les plus inoffensifs. Les femmes de ce caractère agissent , non par devoir de conscience , non par sentiment des exigences de leur position , mais uniquement pour le plaisir d'agir; c'est de l'art désintéressé. Cependant, comme cette passion est loin d'être générale, comme le plus grand nombre tient à son repos, et sait au besoin le défendre, il est impossible que cette terrible monomanie n'engendre pas beaucoup de luttes au sein de la famille. Les maris les plus pacifiques, les parents les plus résignés, les enfants les plus soumis, se fatiguent d'en*

tendre la tempête gronder à leurs oreilles, et d'être entraînés par un tourbillon qui suit tour à tour les directions les plus contraires. Rien n'est donc plus opposé aux intérêts d'un gouvernement dont les intentions doivent être si droites, qu'une activité qui dépasse à cha« que instant le but, et compromet les plus sages mesures , en leur donnant un caractère visible d^exagération. Pour bien diriger les autres, il faut d'abord se gouverner soi-même; il faut être maître de ses passions , de son humeur, de ses caprices, en un mot, dp tous ses mouvements. Les œuvres de la patience et de la modération sont seules durables. Il faut savoir mettre à ce qu'on fait tout le temps nécessaire , et ne pas céder à cette impatience d'atteindre le but, qui est un des caractères de la pétulance féminine. Au reste, il ne faut pas s'imaginer qu'un calme aussi grand s'obtienne par quelques efltbrts passagers : il faut au contraire, pour arriver à un pareil résultat, agir constamment sur soi"»

mêmei réprimer les saillies (le son humeur; et j pour me servir d'une des expressions de l'apôtre saint Paul, posséder son âme dans la patience* Cette patience est surtout nécessaire quand des troubles ou des contre-temps imprévus compromettent tous les intérêts et compliquent toutes les affaires. Au temps où nous vivons, les foitunes qui paraissent le mieux établies traversent fréquemment des crises périlleuses , des embarras inextricables. Il est difficile, en pareil cas, d^avoir cette résignation que doit conserver une âme fortement attachée aux divines maximes de FÉvangile. Ce ne sont pas là d'ailleurs les seuls inconvénients qu'on ait à redouter. La nature déconcerte parfois tous nos calculs : il faut craindre pour ses récoltes , non-seulement la négligence des gens qu'on emploie, mais l'intempérie des saisons. Si le ciel se montre complètement favorable, n'a-t*on pas trop souvent à souffrir des vices et de Timprobité des hommes auxquels on se confie? Est-il rare

de voir uoe maison qu'on croyait solide fiiire subir à ses clients les pertes les plus consi«» dérables; de trouver ches ses fermiers un penchant très*enraciné à diminuer autant que possible les revenus du propriétaire, tantôt par d éternels retards de payement, et tantôt d'une autre manière? Il faut, quand toutes ces tribulations nous accablent , bien se con* vaincre qu'on ne doit jamais prétexter des inconvénients impossibles à conjurer, et que toutes les désolations du monde n'ont qu'un résultat positif: elles abattent les plus fermes cx)urages et paralysent les volontés les plus énergiques. N'est->il pas plus chrétien de voir dans la marche des événements , dans les va*

riations de la nature, l'expression du gouvernement divin, dont les desseins sont toujours incompréhensibles pour nos regards bornés? Il faut , à l'aide de cette pensée que 1 Evangile conseille sans cesse, s'habituer à considérer avec une résignation sereine tout ce qui contrarie uos vues et déconcerte nos projets.

l'altentioii qu'elles se plaisent à lut donner? Encore faut-il s'estimer fort heureux quand leur vigilance ne se porte pas exclusivement sur un pt>int insignifiant de T^noiMe do* mestique !

11 y a des gens qui mettent toute leur gloire à avoir les premiers petits pois de la contnée^ ou bien à pouvoir présentei* à leurs voisins les melons les plus beauK et les plu4 succu* lents. Vous en trouverez d'autres qui s'esti* ment tes plus habiles administrateurs du pays^ parce que leurs pêchers sout taillés d'après la méthode usitée à Montreuil, ou parce qu'ils parviennent k préserver heurausement leurs dahlias des dangers que ce précieux tubercule court en hiver. Vous trouvères des gens qui ont la spécialité du crépis de la Ciiine ou du chrysanthàme. La petitesse de l'esprit ou du caractère se retrouve partout ; ef ces détails, en apparence si peu significatifs , jettent un grand jour sur les faiblesses et les travers de celte pauvra humanité^ dont tious partageonf

ions , plus ou moins y tes imperfections et les misères.

Cependant 9 toute femme d'une inteliigetice âevée doit travailler sans cesse à se préserver de cette tendance que nous avons à nous absorber tous dans des occupations véritablement secondaires. Le meilleur moyen , c*est de consulter bien moins ses goûts personnels que les intérêts de la famille, qu'on doit sans cesse avoir devant les yeux. Il faut envisager Féconomie domestique comme un devoir, et non pas comme une pure distraction, comme un simple but donné à Factivité humaine. Considérés à ee point de vue, les détails les plus mesquins prennent une importance et une grandeur qu^on ne leur soupçonnait pas d'abord; on apprend à considérer, non pas les actions en elles-mêmes, mais les sentiments et les convictions qui les inspirent. Qu'y a-t-il donc de grand en ce monde, si Ton consent à le mettre en regard de Finfini et des années éternelles } Peur qui sait se dépouilIcT des illu-

sions de Tamour-propre ^ des erreurs qu'inspirent les préjugés du monde, des frivoles imaginations que nourrit un incurable orgueil, une femme simple et bonne, qui travaille avec résignation et courage à maintenir au sein de sa famille Tordi^e, le bien*être, la justice et la paix^ est un des plus grands spectacles que puisse présenter la nature humaine. Le souvenir précieux que laisse une mère aimante et dévouée vaut bien mieux que la fatale renommée qui suit dans la tombe ces terribles ravageurs qu'on nomme les conquérants. Aussi n'ai-je jamais pu bien comprendre la répugnance qu'éprouvent certaines femmes distinguées pour les devoirs qui leur sont imposés par leur condition d'épouse et de mère* Elles regardent comme une humiliation pour leur intelligence de s'occuper des minutieux détails qui composent toute l'économie domestique. Elles voudraient, disent-elles, laisser à leur pensée le vol hardi qui Tentraîne vers les régions supérieures. Les réalités de

la vie leur sont devenues si lourdes à supporter, qu'elles éprouvent un impérieux besoin d'écarter de leur esprit les misérables préoccupations qui les leur rappelleraient inévitablement. Cette prétendue grandeur est d'autant plus séduisante, qu'elle favorise le pencliant à la rêverie; qu'elle s'enveloppe d'une fausse apparence de poésie, très-propre à captiver les imaginations souffrantes. Mais tel n'est pas le caractère de la véritable grandeur : elle ignore ces dédains, cette froideur pour les intérêts des autres^ ce mépris des devoirs les plus essentiels, voilé sous d'ingénieux prétextes. La vraie grandeur est aussi aimante qu'elle est intelligente; elle s'incline sans avoir peur de se briser; elle prend compassion de tout ce qui est faible et souffrant; elle a des sympathies pour toutes les douleurs, et de douces paroles pour toutes les afflictions. C'est elle que le Fils de Dieu nous révèle sans cesse dans ses admirables enseignements , et dont sa vie nous présente les plus

touchants exemples. Nous le voyons bénîr les petits enfants qu'offrait à sa bienveillance la tendresse de leurs mères; supporter avec indulgence les pécheurs les plus décriés; s'occuper de leurs intérêts avec la plus douce affection; laisser couler sur ses pieds divins les pleurs du repentir ; enfin , le jour du banquet sacré qui précéda les douleurs du Calvaire, devenir, par le plus grand des abaissements, le serviteur humble et docile de tous. Qu'il y a loin de cette douceur et de celte bonlé divine à l'inflexible roideur dont je parlais tout à l'heure, à ce mépris des autres, à cet oubli des devoirs les plus sacrés! Comment! vous vous prétendez chrétienne, et vous oubliez h ce point les maximes de celui que vous reconnaissez être pour tous la lumière et la vie! Cette intelligence pénétrante qui fait le sujet de votre orgueil devrait bien s'appliquer quelquefois à comprendre un peu mieux la profondeur de la parole sacrée. Vous trouveriez, en méditant ces enseignements

divin»! ces leçons de modestie , d'abnëgadoni de dévouement, qui conviennent si biea à tout^ les positions de la vie, mais que vous aurez, plus que bien d'autres^ l'occasion d'appliquer à la situatioti où le Ciel vous a mise. C'est ainsi, que l'Évangile est une sou^ veraine ressource contre ces travers de l'esprit et du cœur qui s'ef1R>rcent de nous dtétourner sans cesse de la voie simple et droite quo nous devons parcourir* Il est le livre des faibles comme celui des forts, des petits et des grands, des ignorants et des docteurs, partie qu'il contient pour tous la r^le infaillible des devoirs de la vie présente, les pa* rôles de la vie éternelle.

J'ai parlé suffisamment jusqu'ici des dé* fauts qu'entraînent l'insouciance et la pai^sse; l'impartialité m'engage à dire un mot des inconvénients qu'entraîne aussi l'excès d'acti*vite. Je ne veux pas que la turbulence puisse s'emparer de mes paroles , afin de s'en servir pour repousser les reproches trop fondés aux-

comme cette maniera de TexeiTeri Pour que le commandement se grave bien dans les esprits, pour qu'il agisse promptement sur les volon* tés y il faut qu'il ait quelque chose de la préct* sion et de la netteté des ordres militaires. Le langage des gens de guerre est véritablement admirable comme expression d'autorité; on voit qu'il est le résultat de profondes réflexions sur la nature humaine 9 et de l'expé* rience de vingt générations de héros^ habitués à gouverner les hommes et à les conduire à la victoire.

J'ai déjà dit un mot de l'influence de l'exemple 9 quand j'ai parlé de l'heure du lever; mais cette question se présente ici à un point de vue beaucoup plus général. Quelle part une maîtresse de maison doit^elle prendre à l'actif vite qu'elle s'dOforce d'entretenir autour d'elle? Quelle est la nature de son intervention dans certains détails de la vie domestique? Si elle ne peut pas tout faire elle^même^ n'existe«t<*il pas des choses qu'elle ne doit confier à per*

sonne ? La solution rie ces divers problèmes demanderait des détails infinis. Je vais tâcher^ afin de n'être pas trop ennuyeux^ d0 dire en peu de mots tout ce qu'il est essentiel de sa* voir. Seulement, qu'on ne perde pas de vue que je suis obligé de me borner aux principes.

Le degré d'intervention personnelle , quand il s'agit des soins du ménage, varie selon les situations. Quand on a un certain nombre d^ domestiques, la direction , la surveillance, la tenue des comptes, etc. . ., exigent naturellement un temps assez considérable. Dans un petit ménage^ au contraire, la direction est presque nulle; l'action personnelle a tout le temps de s'exercer et de s'utiliser pour le bien général. En pareil cas, les convenances de position, tout à fait dilTérentes. Une mère de famille dont les ressources sont bornées, qui n'a que deux domestiques, et peut-être moins encore, peut se permettre et même doit s'imposer des

travaux qui ne conviendraient assurément pas à une personne dont le rang serait plus élevé et la fortune plus considérable. Il existe même des situations où il ne faut pas habituer les domestiques à se voir remplacer continuellement par les maîtres qùMIs doivent servir : rien ne donne à leur service plus d*inexactitude et de mollesse. On doit comprendre déjà quelle est en somme la manière dont j'envisage les choses, et combien je suis peu disposé à vouloir accepter pour ces sortes de questions une règle complètement invariable. Il faut s'attacher en tout cela à l'esprit de la loi du travail , beaucoup plus qu'à la lettre. Il existe des maîtres de maison , placés à la tête d'une assez grande fortune, qui, méconnaissant cette règle prudente, passent leur vie à tourner, à forger, à bêcher, etc. Ils se croient des modèles d'activité, et parlent avec une supériorité ironique d'autres personnes qui , sans dépenser tant de forces physiques, remplissent avec beaucoup plus de convenance

et d'exactitude les devoirs de leur position. De même certaines femmes, parce qu'elles font beaucoup de tapisserie, de couture, et même de tricot, se croient par ce seul fait des ménagères fort entendues^ tandis qu'elles laissent dans un abandon absolu la direction et la surveillance des affaires domestiques. Sans doute le travail des mains a son importance dans la vie des femmes , et ne doit être banni d'ausituations et des fortunes.

Quand il s'agit d'activité, un des défauts qu'il est le plus facile de constater, c'est une sorte de prédilection à ne prendre des affaires domestiques que ce qui est en rapport avec nos inclinations. Ne voit-on pas souvent certaines femmes s'occuper avec prédilection, tantôt des détails de leur cuisine, tantôt de l'embellissement de leur maison ou de tout autre détail qui, malgré son importance, ne devrait jamais absorber tout le temps et toute

l'attention qu'elles se plai^nt à lui donner? Encore faujt-il s'estimer fort heureux quand leur vigilance ne se patate pa^ exclusivement sur un point insignifiant de réconomîe do» mestique !

11 y ït des gens qui mettent totile leur gloire à avoir les premiers petits pois de la contrée^ ou bien à pouvoir présenter à leurs voisins les melons les plus beauK et les plul succu*^ lents. Vous en trouverez d'antres qui s'esti« ment les plus habiles administrateurs du pays^ parce que leurs péchera sont taillés d*aprèi la méthode usitée à Moutreuil, ou parce qu'ils parviennent à préserver heùrausemenl leurs dahltfts des dangers que ce précieux tubercule court en hiver. Vous trouveree des gens qui ont la spécialité du crépis de la Chine ou du chrysanthème. La petitesse de l'esprit ou du caractère se retrouve partout ; et ces détails, en apparence si peu significatifs , jettent un grand jour sur les faibleisses et les travers de cette pauvi^e humanité^ dont lions partageoni

tous , phift ou moins ^ tes imperfections et les misères.

Cependant^ loute femme cFune inteliîgeiice élevée doit travailler sans cesse à se préserver de cette tendance que nous avons à nous absorber tous dans des occupations véritablement secondaires. Le meilleur moyen , c*est de consulter bien moins ses goûts personnels que les intérêts de la famille, qu'on doit sans cesse avoir devant les yeux. Il faut envisager Téconomie domestique comme un devoir, et non pas eomme une pure distraction, comme un simple but donné à Factivité humaine. Considérés à ee point de vue, les détails les plus mesquins prennent une importance et une grandeur qu*on ne leur soupçonnait pas d'abord; on apprend à considérer, non pas les actions en elles-mêmes, mais les sentiments et les convictions qui les inspirent. Qu'y a-t-il donc de grand en ce monde, si l'on consent à le mettre en regard de l'infini et des années éternelles ? Pour qui sait se dépouilk'r des illu-

— iM —

aux desseins de ia ProTÎdenoe sur nous. Tout esprit qui veut sérieusement réflëchip n a pas de peine à se convaincre que nous avons tous ici^bas une tâche à terminer, et que le temps nous est donné comme un dépâl précieux ^ dont il faudra rendre compte au juge sévère des consciences et des coeurs.

La doctrine de l'Évangile, sur ce point ca« pitaly n'est guère mieux comprise que plusieurs autres enseignements du livre divin. Le Fils de Dieu n'exige-t-i) pas que chacun fasse valoir, selon la mesure de ses forces et de son intelligence, le ti^ésor mis dans ses mains par la eon^ fiance du père de famille ? Croit-on qu*il nous baisse, dans la gestion de cet emploi , beaucoup de loisirs pour les fantaisies de notre paresse et de notre imagination ; qu'il nous permette de laisser et de reprendre à notre gré le fiirdeau qu'il nous impose en entrant dans la vie? Une telle manière d'envisager tes ehoses est en contradiction formelle avec toute )a doctrine de notre Sauveur. ]t ne. nous per-

met pa« meule une parole inutile ; il ve jusqu'à dire que si nous la proooBÇoos^ il ea faudra readre compte au jour de son juge« ment. En effet | un ëoldat placé devant l'en** netnî ne se permet pas de conversations frivoles^ il s'absorbe tout entier dans le sentiment des dangers de la patrie^ et n'a d'autre pensée que celle de combattre avec énergie, et de savoir au besoin mourir pour la défendre. Un habile ouvrier qui comprend l'importance de son œuvrC) qui veut jouir des fruits do son travail ^ ne se distrait qu'avec une extrême répugnance de la tache qu'il s'est volontairement imposée. Nous aussii nous sommes les soldats de Dieu^ destinés à veiller sans cesse sur les murs de la cité sainte ; nous sommes les ouvriers du Père célestci appelés à cultiver cette vigne mystérieuse dont il est parlé dans l'Évangile eu termes si pleins de grâce et de poésie.

Une fois que nous aurons bien conçu le sentiment de notre vocation, notre intelligence s'occupera perpétuellement d'employer

chaque minute avec une consciencieuse ardeur. On ne sait pas tout ce qu'on peut faire en combinant avec adresse tous les moments dont on peut disposer^ et en attribuant à chacun une occupation précise et déterminée. C'est à cause <lu défaut de prévision que beaucoup de personnes perdent . cliaque jour un temps considérable. On les voit constamment embarrassées de leur contenance, incertaines sur le choix de la besogne qu'elles doivent prendre 9 et perdant un temps infini dans des délibérations prolongées.

Je sais bien qu'avec tous les calculs du monde il est impossible d'empêdier quelques lacunes de se produire. Le manque de parole d'un ouvrier, l'inexactitude d'un domestique, les lenteurs d'une personne qu'on attend, peu-^ vent plus d'une fois déranger les combinaisons les plus habiles. Mais pourquoi ne pas avoir pour ces moments une besogne qu'on peut facilement laisser ou reprendre à son gré, un livre dont la lecture peut être inter-

rompue, enfin quelqu'une de ces occupations qui n'exigent ni beaucoup de temps ni beaucoup d'application ? C'est ainsi qu'agissent les personnes qui sentent vraiment le prix du temps, qui sont disposées à rendre compte, non-seulement d'une parole oiseuse, mais aussi d'une minute perdue. II est facile de re« connaître ces sortes de personnes au soin qu'elles mettent à ménager le temps des autres. Elles ont dans les affaires la promptitude et la décision, dans les conversations l'antipathie des longs discours et des bavardages superflus. C'est un des caractères les plus significatifs de tous ceux qui ont la vraie science du gouvernement. Ils sont avares de leurs paroles bien plus que de leurs actes, tandis que les autres parlent beaucoup et agissent fort peu. Certaines maîtresses de maison emploient les trois quarts de la journée à discuter avec leurs domestiques ou avec leurs enfants. L'ordre le plus insignifiant exige des explications infinies. Rien n'énerve l'autorité

comme cette manière de TexeiTer* Pour que le commandemeol 5e grave bien dans les esprits , pour qu'il agisse promptement sur les volontés y il faut qu'il ait quelque chose de la préct* sion et de la netteté des ordres militaires. Le langage des gens de guerre est vërtiablement admirable comme expression d'autorité; on voit qu'il est le résultat de profondes reflexions sur la nature humaine ^ et de l'expé* nence de vingt générations de hëroS| habitues à gouverner les hommes et à les conduire à la victoire.

J'ai déjà dit un mot de l'influenee de Texem» pie j quand j'ai parlé de l'heure du lever; mais cette question se présente ici à un point de vue beaucoup plus général. Quelle part une maîtresse de maison doit^elle prendre à l'actif vite qu'elle s'efforce d'entretenir autour d'elle? Quelle est la nature de son intervention dans certains détails de la vie domestique? Si elle ne peut pas tout faire elle*mêmey nVxiste«t<*ii pas des choses qu'elle ne doit confier h per*

sonne ? La solution de ces divers problèmes demanderait des détails infinis. Je vais tâcher^ afin de n'être pas trop ennuyeux ) dis dire en peu de mots tout ce qu'il est essentiel de sa* voir. Seulement, qu'on ne peixle pas de vue que je suis obligé de me borner aux principes.

Le degré d'intervention personnelle ^ quand il s'agit des soins du ménage, varie selon les situations. Quand on a un certain nombre do domestiques, la direction , la surveillance, la tenue des comptes, etc. .., exigent naturellement un temps assez considérable. Dans un petit ménage^ au contraire, la direction est presque nulle ; l'action personnelle a tout le temps do s'exercer et de s'utiliser pour le bien général. Eu pareil cas, les convenances de position, tout à fait différentes. Une mère de fieimille dont les ressources sont bornées, qui n'a que deux domestiques, et peut-être moins encore, peut se permettre et même doit s'imposer des

travaux qui ne conviendraient assurément pas à une personne dont le rang serait plus élevé et la fortune plus considérable. Il existe même des situations où il ne faut pas habituer les domestiques à se voir remplacer continuellement par les maîtres qu'ils doivent servir : rien ne donne à leur service plus d^inexactitude et de mollesse. On doit comprendre déjà quelle est en somme la manière dont j'envisage les choses, et combien je suis peu disposé à vouloir accepter pour ces sortes de questions une règle complètement invariable. Il faut s'attacher en tout cela h l'esprit de la loi du travail , beaucoup plus qu'à la lettre. Il existe des maîtres de maison y placés à la tête d'une assez grande fortune, qui, méconnaissant cette règle prudente, passent leur vie à tourner, à forger, à bêcher, etc. Ils se croient des modèles d'activité, et parlent avec une supériorité ironique d'autres personnes qui , sans dépenser tant de forces physiques, remplissent avec beaucoup plus de convenance

et d'exactitude les devoirs de leur position. De même certaines femmes, parce qu'elles font beaucoup de tapisserie, de couture, et même de tricot, se croient par ce seul fait des ménagères fort entendues, tandis qu'elles laissent dans un abandon absolu la direction et la surveillance des affaires domestiques. Sans doute le travail des mains a son importance dans la vie des femmes , et ne doit être banni d'ausituations et des fortunes.

Quand il s'agit d'activité, un des défauts qu'il est le plus facile de constater, c'est une sorte de prédilection à ne prendre des affaires domestiques que ce qui est en rapport avec nos inclinations. Ne voit-on pas souvent certaines femmes s'occuper avec prédilection, tantôt des détails de leur cuisine, tantôt de l'embellissement de leur maison ou de tout autre détail qui, malgré son importance, ne devrait jamais absorber tout le temps et toute

raiteiiûo& qu'elles se ()laUenl à lut dooner? Encore fau Ml s'estimer fort heureux quabd leur vigilauce ne se porte pas e&dusîvenaent sur un pt>inl insignifiant de rëcoDomie do« HiestiqUe !

Il y la des gens qui mettent toute leur gloire à avoir les premiers petits pois de la contrëe^ OU bien à pouvoir présente^ à leurs voisins les melons les plus beauK et les plu$ succU'* lents. Vous en trouverez d'autres qui s'esti» ment tes plus habiles administrateurs du pays^ parce que leurs pêchers sotit tailles d'après la méthode usitée à Moutreuil, ou parce qu'ils parviennent à préserver heui*eusemeal leurs dahlias des dangers que ce précieux tubercule court en hiver. Vous trouvereE des gens qui ont la spécialité du crépis de la Chine ou du chrysanthème* La petitesse de l'esprit ou du caractère se retrouve partout ; et ces détails, en apparence si peu significatifs , jettent un grand jour sur les faiblesses et les travers de cette pauvre humauité, dont bous partageonf

loos y plus ou moins y tes imperfections et tes mîtères.

Cependant, toute femme cKune intelligeiice ^vëe doit travailler sans cesse à se préserver êë cette tendance que nous avons à nous absiM4>er tous dans des occupations véritablement secondaires. Le meilleur moyen y c'est de consulter bien moins ses goûts personnels que les intérêts de la famille, qu'on doit sans cesse avoir devant les yeux. Il faut envisager Téconomie domestique comme un devoir, et non pas comme une pure distraction, comme un simple but donné à l'activité humaine. Considérés à ee point de vue, les détails les plus mesquins prennent une importance et une grandeur qu'on ne leur soupçonnait pas d'abord; on apprend à considérer, non pas les actions en eHes-mêmes, mais les sentiments et les convictions qui les inspirent. Qu'y a-t-il donc de grand en ce monde, si l'on consent à le mettre en regard de Tinfini et des années éternelles ? Pour qui sait se dépouilk*r des illu-

sions de l'amour-propre j des erreurs qu^ins» pirent les préjugés du inonde, des frivoles imaginations que nourrit un incurable orgueil, une femme simple et bonne, qui travaille avec résignation et courage à maintenir au sein de sa famille Tordre, le bien-être, la justice et la paix^ est un des plus grands spectacles que puisse présenter la nature humaine. Le souvenir précieux que laisse une mère aimante et dévouée vaut bien mieux que la fatale renommée qui suit dans la tombe ces terribles ravageurs qu'on nomme les conquérants. Aussi n'ai-je jamais pu bien comprendre la répugnance qu'éprouvent certaines femmes distinguées pour les devoirs qui leur sont imposés par leur condition d'épouse et de mère. Elles regardent comme une humiliation pour leur intelligence de s'occuper des minutieux détails qui composent toute l'économie domestique. Elles voudraient, disent-elles, laisser à leur pensée le vpl hardi qui l'entraîne vers les régions supérieures. Les réalités de

la vie leur sont devenues si lourdes à supporter, qu'elles éprouvent un impérieux besoin d'écarter de leur esprit les misérables préoccupations qui les leur rappelleraient mé^ vitablemept. Cette prétendue grandeur est d'autant plus séduisante, qu'elle favorise le penchant à la rêverie; qu'elle s'enveloppe d'une fausse apparence de poésie, très-propre à captiver les imaginations souffrantes. Mais tel n'est pas le caractère de la véritable grandeur : elle ignore ces dédains, cette froideur pour les intérêts des autres^ ce mépris des devoirs les plus .essentiels, voilé sous d'ingénieux prétextes. La vraie grandeur est aussi aimante qu'elle est intelligente; elle s'incline sans avoir peur de se briser ; elle prend compassion de tout ce qui est faible et souffrant; elle a des sympathies pour toutes les douleurs, et de douces paroles pour toutes les afflictions. C'est elle que le Fils de Dieu nous révèle sans cesse dans ses admirables enseignements , et dont sa vie nous présente les plus

touchants exemples. Nous le voyons bénir les petits enfants qu'offrait à sa bienveillance la tendresse de leurs mères; supporter avec indulgence les pécheurs les plus décriés; s'occuper de leurs intérêts avec la plus douce affection; laisser couler sur ses pieds divins les pleurs du repentir ; enfin , le jour du banquet sacré qui précéda les douleurs du Calvaire, devenir, par le plus grand des abaissements, le serviteur humble et docile de tous. Qu'il y a loin de cette douceur et de cette bonté divine à l'inflexible roideur dont je parlais tout à l'heure, à ce mépris des autres, à cet oubli des devoirs les plus sacrés! Comment! vous vous prétendez chrétienne, et vous oubliez h ce point les maximes de celui que vous reconnaissez être pour tous la lumière et la vie! Cette intelligence pénétrante qui fait le sujet de votre orgueil devrait bien s'appliquer quelquefois à comprendre un peu mieux la profondeur de la parole sacrée. Vous trouveriez, en méditant ces enseignements

divins i ces leçoDS de modestie , d'abnëgationi de dévouement, qui coavieanent si bien à toutes les positions de la vie, mais que vous aurez, plus que bien d'autres^ Toccasioa d'appliquer à la situation où le Ciel vous a mise. C'est ainsi que l'Évangile est une sou* veraine l'essource contre ces travers de Tesprit et du cœur qui s'efforcent de nous détourner sans cesse de la voie simple et droite quo nous devons parcourir» Il est le livre des faibles comme celui des forts, des petits et des grands, des ignorants et des docteurs, paixîe qu'il contient pour tous la n^le infaillible des devoirs de la vie présente, les pa« rôles de la vie éternelle.

J'ai parlé suffisamment jusqu'ici des dé* fauts qu'entraînent l'insouciance et la paresse ( l'impartialité m'engage à dire un mot des inconvénients qu'entraîne aussi l'excès d'acti<vite» Je ne veux pas que la turbulence puisse s'emparer de mes paroles, afin de s'en servir pour repousser les reproches trop fondés aux-

comme celte maniera de l'exercer « Pour que le commandemenl se grave bien dans les esprits, pour qu'il agisse promptement sur les voIodtés , il faut qu'il ait quelque chose de la préct* sioQ et de la netteté des ordres militaires. Le langage des gens de guerre est véritablement admirable comme expression d'autorité; on voit qu'il est le résultat de profondes ré-> flexions sur la nature humaine ^ et de l'expé* rience de vingt générations de héros^ habitués à gouverner les hommes et à les conduire à la victoire.

J'ai déjà dit un mot de l'influence de Fexem* pie j quand j'ai parlé de l'heure du lever; mais cette question se présente ici à un point de vue beaucoup plus général. Quelle part une maîtresse de maison doit^elle prendre à l'actif vite qu'elle s'efforce d'entretenir autour d^elle? Quelle est la nature de son intervention dans certains détails de la vie domestique? Si elle ne peut pas tout faire elle*méme, n existe*f«»il pas des choses qu'elle ne doit conGer h per«

sonne? La solution de ces divers problèmes demanderait des détails infinis. Je vais tâcher, afin de n'être pas trop ennuyeux ) d0 dire en peu de mots tout ce qu'il est essentiel de sa* voir. Seulement, qu'on ne peixle pas de vue que je suis obligé de me borner aux principes.

Le degré d'intervention personnelle , quand il s'agit des soins du ménage, varie selon les situations. Quand on a un certain nombre do domestiques, la direction , la surveillance, la tenue des comptes, etc., exigent naturellement un temps assez considérable. Dans un petit ménage^ au contraire, la direction est presque nulle; l'action personnelle a tout le temps de s'exercer et de s'utiliser pour le bien général. Eu pareil cas, les convenances de position, tout à fait différentes. Une mère de famille dont les ressources sont bornées, qui n'a que deux domestiques, et peut-être moins encore, peut se permettre et même doit s'imposer des

travaux qui ne conviendraient assurément pas à une personne dont le rang serait plus élevé et la fortune plus considérable. Il existe même des situations où il ne faut pas habituer les domestiques à se voir remplacer continuellement par les maîtres qu'ils doivent servir : rien ne donne à leur service plus d^inexactitude et de mollesse. On doit comprendre déjà quelle est en somme la manière dont j'envisage les choses, et combien je suis peu disposé à vouloir accepter pour ces sortes de questions une règle complètement invariable. Il faut s'attacher en tout cela h l'esprit de la loi du travail , beaucoup plus qu'à la lettre. Il existe des maîtres de maison , placés à la tête d'une assez grande fortune, qui, méconnaissant cette règle prudente, passent leur vie à tourner, à foi^er^ à bêcher, etc. Ils se croient des modèles d'activité, et parlent avec une supériorité ironique d'autres personnes qui , sans dépenser tant de forces physiques, remplissent avec beaucoup plus de convenance

et d'exactitude les devoirs de leur position. De même certaines femmes, parce qu'elles font beaucoup de tapisserie, de couture, et même de tricot, se croient par ce seul fait des ménagères fort entendues, tandis qu'elles laissent dans un abandon absolu la direction et la surveillance des affaires domestiques. Sans douté le travail des mains a son importance dans la vie des femmes, et ne doit être banni d'ausituations et des fortunes.

Quand il s'agit d'activité, un des défauts qu'il est le plus facile de constater, c'est une sorte de prédilection à ne prendre des affaires donniestiques que ce qui est en rapport avec nos inclinations. Ne voit-on pas souvent certaines femmes s'occuper avec prédilection, tantôt des détails de leur cuisine, tantôt de l'embellissement de leur maison ou de tout autre détail qui, malgré son importance, ne devrait jamais absorber tout le temps et toute

l'Attention qu'elles se plaisent à lui donner? Encore faut-il s'estimer fort heureux quand leur vigilance ne se pointe pas excliuivement sur un point insignifiant de l'ëconoaiie do» mestique !

11 y ft des gens qui mettent toute leur gloire à avoir les premiers petits pois de la oontrtée^ ou bien à pouvoir présenter à leurs voisins les melons les plus beauK et les plu$ succu* lents. Vous en trouverez d'autres qui s'esti<^ ment les plus habiles administi^ateurs du pays^ parce que leurs pêchers sont taillés d'apte la méthode usitée à Moutreuil , ou parce quMls parviennent à préserver heurausement leurs dahliils des dangers que ce précieux tubercule court 60 hiver. Vous trouvères des gens qui ont la spécialité du crépis de la Chine ou du chrysanthème. La petitesse de l'esprit ou du caractère se retrouve partout; ef ces détails, en apparence si peu significatifs , jettent un grand jour sur les faiblesses et les travers de celte pauvre humanité, dont lions partageonf

tous, plus ou moins ^ tes imperfeetions et les misèree.

Cependant, toute femme d'une intelligence ëlevëe doit travailler sans cesse h se préserver de cette tendance que nous avons à nous absei4>er tous dans des occupations véritablement secondaires. Le meilleur moyen , c*est de consulter bien moins ses goûts personnels que les intérêts de la famille, qu'on doit sans cesse avoir devant les yeux. Il faut envisager Téconomie domestique comme un devoir, et non pas comme une pure distraction, comme un simple but donné à l'activité humaine. Considérés à ee point de vue, les détails les plus mesquins prennent une importance et une grandeur qtt^on ne leur soupçonnait pas d'abord; on apprend à considérer, non pas les actions en elles-mêmes , mais les sentiments et les convictions qui les inspirent. Qu'y a-t-il donc de grand en ce monde, si Ton consent à le mettre en regard de l'infini et des années éternelles ? Pour qui sait se dépoullk^r des iilu-

sions de l'amour-propre , des erreurs qu'inspirent les préjugés du monde, des frivoles imaginations que nourrit un incurable orgueil, une femme simple et bonne, qui travaille avec résignation et courage à maintenir au sein de sa famille Tordre, le bien*être, la justice et la paix^ est un des plus grands spectacles que puisse présenter la nature humaine. Le souvenir précieux que laisse une mère aimante et dévouée vaut bien mieux que la fatale renommée qui suit dans la tombe ces terribles ravageurs qu'on nomme les conquérants. Aussi n'ai-je jamais pu bien comprendre la répugnance qu'éprouvent certaines femmes distinguées pour les devoirs qui leur sont imposés par leur condition d'épouse et de mère. Elles regardent comme une humiliation pour leur intelligence de s'occuper des minutieux détails qui composent toute l'économie domestique. Elles voudraient, disent-elles , laisser à leur pensée le vol hardi qui l'entraîne vers les régions supérieures. Les réalités de

la vie leur sont devenues si lourdes à supporter, qu'elles éprouvent un impérieux besoin d*écarter de leur esprit les misérables préoccupations qui les leur rappelleraient inévitablemeiit. Cette prétendue grandeur est d'autant plus séduisante, qu'elle favorise le penchant à la rêverie; qu'elle s'enveloppe d'une fausse apparence de poésie , très-propre à captiver les imaginations souffrantes. Mais tel n'est pas le caractère de la véritable grandeur : elle ignore ces dédains, cette froideur pour les intérêts des autres^ ce mépris des devoirs les plus essentiels, voilé sous d'ingénieux prétextes. La vraie grandeur est aussi aimante qu'elle est intelligente; elle s'incline sans avoir peur de se briser; elle prend compassion de tout ce qui est faible et souffrant; elle a des sympathies pour toutes les douleurs, et de douces paroles pour toutes les afflictions. C'est elle que le Fils de Dieu nous révèle sans cesse dans ses admirables enseignemenls , et dont sa vie nous présente les plus

touchants exemples. Nous le voyons bénir les petits enfants qu'offrait à sa bienveillance la tendresse de leurs mères; supporter avec indulgence les pécheurs les plus décriés; s'occuper de leurs intérêts avec la plus douce affection; laisser couler sur ses pieds divins les pleurs du repentir ; enfin , le jour du banquet sacré qui précéda les douleurs du Calvaire , devenir, par le plus grand des abaissements, le serviteur humble et docile de tous. Qu'il y a loin de cette douceur et de cette bonté divine à l'inflexible roideur dont je parlais tout à l'heure, à ce mépris des auti*es, à cet oubli des devoirs les plus sacrés! Comment! vous vous prétendez chrétienne, et vous oubliez h ce point les maximes de celui que vous reconnaissez être pour tous la lumière et la vie! Cette intelligence pénétrante qui fait le sujet de votre orgueil devrait bien s'appliquer quelquefois à comprendre un peu mieux la profondeur de la parole sacrée. Vous trouveriez, en méditant ces enseignements

divins, ces leçons de modestie , d'abnëgationi de dévouement, qui conviennent si bien à toutes les positions de la vie j mais que vous aurez, plus que bien d'autres, l'occasion d'appliquer à la situation où le Ciel vous a mise. C'est ainsi, que l'Évangile est une sou* veraine ressource contre ces travers de Tesprit et du cœUr qui s'efforcent de nous détourner san^ cesse de la voie simple et droite que nous devons parcourir. Il est le livre des faibles comme celui des forts, des petits et des grands, des ignorants et des docteurs, paix^ qu'il contient pour tous la règle infaillible des devoirs de la vie présente, les pa* rôles de la vie éternelle.

J'ai parlé suffisamment jusqu'ici des dé* fauts qu'entraînent l'insouciance et la paresseï l'impartialité m'engage à dire un mot des inconvénients qu'entraîne aussi l'excès d'activité. Je ne veux pas que la turbulence puisse s'emparer de mes paroles , afin de s'en servir pour repousser les reproches trop fondés aux-

comme celte maniera de TexeiTer* Pour que le commandement se grave bien dans les esprits , pour qu'il agisse promptement sur les volon« tés y il faut qu'il ait quelque chose de la précîsion et de la netteté des ordres militaires. I^e langage des gens de guerre est véritablement admirable comme expression d'autorité; on voit qu'il est le résultat de profondes réflexions sur la nature humaine ^ et de l'expé* rience de vingt générations de hëroS| habitués à gouverner les hommes et à les conduire à la victoire.

J'ai déjà dit un mot de l'influenee de Vexetn» pie, quand j'ai parlé de l'heure du lever; mats cette question se présente ici à un point de vue beaucoup plus général* Quelle part une maîtresse de maison doit^Ue prendre à l'acti» vite qu'elle s'efforce d'entretenir autour d'elle? Quelle est la nature de son intervention dans certains détails de la vie domestique? Si elle ne peut pas tout faire elle-même, n'existe«f4l pas des choses qu'elle ne doit confier h per-

sonne? La solution de ces divers problèmes demanderait des détails infinis. Je vais tâcher^ afin de n'être pas trop ennuyeuX) d/s dire en peu de mots tout ce qu'il est essentiel de savoir. Seulement, qu'on ne pet:de pas de vue que je suis obligé de me borner aux prin* cipes.

Le degré d'intervention personnelle , quand il s'agit des soins du ménage, varie selon les situations. Quand on a un certain nombre de domestiques, la direction , la surveillance, la tenue des comptes, etc.. .^ej^igent naturellement un temps assez considérable. Dans un petit ménage^ au contraire, la direction est presque nulle; l'action personnelle a tout le temps de s'exercer et de s'utiliser pour le bien général. Eu pareil cas, les convenances de position, qu'il ne faut jamais perdre de vue, sont aussi tout à fait différentes. Une mère de femille dont les ressources sont bornées, qui n'a que deux domestiques, et peut*être moins encore, peut se permettre et même doit s'imposer des

travaux €]ui ne conviendraient assurément pas a une personne dont le rang serait plus élevé et la fortune plus considérable. Il existe même des situations où il ne faut pas habituer les domestiques à se voir remplacer continuellement par les maîtres qu'ils doivent servir : rien ne donne à leur service plus d^inexactitude et de mollesse. On doit comprendre déjà quelle est en somme la manière dont j'envisage les choses, et combien je suis peu disposé à vouloir accepter pour ces sortes de questions une règle complètement invariable. Il faut s'attacher en tout cela h Tesprit de la loi du travail , beaucoup plus qu'à la lettre. Il existe des maîtres de maison , placés à la tête d'une assez grande fortune, qui, mé* connaissant cette règle prudente, passent leur vie à tourner, à foirer, à bêcher, etc. Ils se croient des modèles d'activité, et parlent avec une supériorité ironique d'autres personnes qui , sans dépenser tant de forces physiques, remplissent avec beaucoup plus de convenance

et d'exactitude les devoirs de leur position. De même certaines femmes, parce qu'elles font beaucoup de tapisserie, de couture, et même de tricot, se croient par ce seul fait des mëna* gères fort entendues^ tandis qu'elles laissent dans un abandon absolu la direction et la surveillance des affaires domestiques. Sans doute le travail des mains a son importance dans la vie des femmes, et ne doit être banni d'aucune position sociale ; mais cette importance doit croître ou diminuer, selon la diversité des situations et des fortunes.

Quand il s'agit d'activité, un des défauts qu'il est le plus facile de constater, c'est une sorte de prédilection à ne prendre des affaires domestiques que ce qui est en rapport avec DOS inclinations. Ne voit-on pas souvent certaines femmes s'occuper avec prédilection , tantôt des détails de leur cuisine, tantôt de l'embellissement de leur maison ou de tout autre détail qui, malgré son importance, ne devrait jamais absorber tout le temps et toute

l'attentioti qu'elles se plaUent à lui donner? Encore fauUil s'estimer fort heureux qua&d leur vigilance ne se porte pas exclusivement sur un pbini insignifiant de réconomie d^ mestique !

11 y a des gens qui mettent toute leur gloire à avoir les premiers petits pois de la contrée^ ou bien à pouvoir présenter à leurs voisins les melons les plus beaux et les plul succu* lents. Vous en trouverez d'antres qui s'esli» ment les plus habiles administrateurs du pa js^ parce que leurs péchera sont taiUéi d'apm la méthode usitée à Moutreuil, ou parce qu'ils parviennent à préserver heureusement leurs dahlias des dangers que ce précieux tubercule court en hiver. Vous trouveree des gens qui ont la spécialité du crépis de la Chine ou du chrysanthème. La petitesse de l'esprit ou du caractère se retrouve partout ; et ces détails, en apparence si peu significatifs , jettent ua grand jour sur les faiblesses et les travers de cette pauvre humauité| dont tious partageons

tous , pkift ou moins ^ les imperfections et les misères.

Cdpendanby toute femme iVixne intelligence élevée doit travailler sans cesse à se préserver de cette tendance que nous avons à nous absorber tons dans des occupations véritablement secondaires. Le meilleur moyen , c*est de consulter bien moins ses goûts personnels que les intérêts de la famille, qu'on doit sans cesse avoir devant les yeux. Il faut envisager Péconomie domestique comme un devoir, et non pas eomme une pure distraction, comme un simple but donné à Factivité humaine. Considérés à ee point de vue, les détails les plus mesquins prennent une importance et une grandeur qu^on ne leur soupçonnait pas d'abord; on apprend à considérer, non pas les actions en elles-mêmes, mais les sentiments et les conviction» qui les inspirent. Qu'y a-t-il donc de grand en ce monde, si l'on consent à le mettre en regard de Finfini et des années éternelles!^ Pour qui sait se dépouilWr des iiiu-

sions de Tamour-propre ^ des erreurs qu'inspirent les préjugés du monde, des frivoles imaginations que nourrit un incurable orgueil, une femme simple et bonne, qui travaille avec résignation et courage à maintenir au sein de sa famille Tordre, le bien-être, la justice et la paix, est un des plus grands spectacles que puisse présenter la nature humaine. Le souvenir précieux que laisse une mère aimante et dévouée vaut bien mieux que la fatale renommée qui suit dans la tombe ces terribles ravageurs qu'on nomme les conquérants. Aussi n'ai-je jamais pu bien comprendre la répugnance qu'éprouvent cerUines femmes distinguées pour les devoirs qui leur sont imposés par leur condition d'épouse et de mère. Elles regardent comme une humiliation pour leur intelligence de s'occuper des minutieux détails qui composent toute l'économie domestique. Elles voudraient, disent-elles, laisser à leur pensée le vol hardi qui Tentraine vers les régions supérieures. Les réalités de

la vie leur sont devenues si lourdes à supporter, qu'elles éprouvent un impérieux besoin d*écarter de leur esprit les misérables préoccupations qui les leur rappelleraient inévitablement. Cette prétendue grandeur est d'autant plus séduisante, qu'elle favorise le penchant à la rêverie; qu'elle s'enveloppe d'une fausse apparence de poésie , très-propre à captiver les imaginations souffrantes. Mais tel n'est pas le caractère de la véritable grandeur : elle ignore ces dédains, cette froideur pour les intérêts des autres^ ce mépris des devoirs les plus essentiels, voilé sous d'ingénieux prétextes. La vraie grandeur est aussi aimante qu'elle est intelligente; elle s'incline sans avoir peur de se briser; elle prend com* passion de tout ce qui est faible et souffrant; elle a des sympathies pour toutes les douleurs, et de douces paroles pour toutes les afflictions. C'est elle que le Fils de Dieu nous révèle sans cesse dans ses admirables enseignements , et dont sa vie nous présente les plus

touchants exemples. Nous le voyons bénir les petits enfants qu'offrait à sa bienveillance la tendresse de leurs mères; supporter avec indulgence les pécheurs les plus décriés; s'occuper de leurs intérêts avec la plus douce affection ; laisser couler sur ses pieds divins les pleurs du repentir; enfin , le jour du banquet sacré qui précéda les douleurs du Calvaire , devenir, par le plus grand des abaissements, te serviteur humble et docile de tous. Qu'il y a loin de cette douceur et de cette bonté divine à l'inflexible roideur dont je parlais tout à l'heure, à ce mépris des autres, à cet oubli des devoirs les plus sacrés! Comment! vous vous prétendez chrétienne, el vous oubliez h ce point les maximes de celui que vous reconnaissez être pour tous la lumière et la vie! Cette intelligence pénétrante qui fait le sujet de votre orgueil devrait bien s'appliquer quelquefois à comprendre un peu mieux la profondeur de la parole sacrée. Vous trouveriez, en méditant ces enseignements

divin» 9 ces leçons de modestie, d'abnégatia«| de dévouement, qui conviennent si bien à toutfô les positions de la vie, mais que vous aurez, plus que bien d'autres^ Toccasion d'appliquer à la situation où le Ciel vous a mise. C'est ainsi, que TÉvangile est une sou* veraine i^essource contre ces travers de Tesprit et du cœUr qui s'ef£>rcent de nous détourner sans cesse de la voie simple et droite que nous devons parcourir. Il est le livre des faibles comme celui des forts, des petits et des grands, des ignorants et des docteurs, paixse qu'il contient pour tous la n^le infaillible des devoirs de la vie présente, les pa* rôles de la vie éternelle.

J'ai parlé suffisamment jusqu'ici des dé* fauts qu'entraînent l'insouciance et la pai^sse; l'impartialité m'engage à dire un mot des inconvénients qu'entraîne aussi l'excès d'activité» Je ne veux pas que la turbulence puisse s'emparer de mes paroles , afin de s'en servir pour repousser les reproches trop fondés aux-

comme celte maniera de l'exercer* Pour que le commandement se grave bien dans les esprits , pour qu'il agisse promptement sur les volontés , il faut qu'il ait quelque chose de la précî« sion et de la netteté des ordres militaires. Le voit qu'il est le résultat de profondes réflexions sur la nature humaine ^ et de Texpé* rience de vingt générations de héroS| habitués à gouverner les hommes et à les conduire à la victoire.

J'ai déjà dit un mot de l'influence de l'exemple y quadd j'ai parlé de l'heure du lever; mais cette question se présente ici à un point de vue beaucoup plus général* Quelle part une maîtresse de maison doit'^elle prendre à l'acti* vite qu'elle s'efforce d'entretenir autour d'elle? Quelle est la nature de son intervention dana certains détails de la vie domestique? Si elle ne peut pas tout faire elle-même, n'existe«l-il pas des choses qu'elle ne doit confier à per«

sonne? La solution de ces divers problèmes demanderait des détails infinis. Je vais tâcher^ afin de n'être pas trop ennuyeux ) d^ dire en peu de mots tout ce qu'il est essentiel de sa* voir. Seulement, qu'on ne peixie pas de vue que je suis obligé de me borner aux principes.

Le degré d'intervention personnelle, quand il s'agit des soins du ménage, varie selon les situations. Quand on a un certain nombre de domestiques, la direction ^ la surveillance, la tenue des comptes, etc. . ., exigent naturellement un temps assez considérable. Dans un petit ménage^ au contraire, la direction est presque nulle; l'action personnelle a tout le temps do s'exercer et de s'utiliser pour le bien général. En pareil cas, les convenances de position, qu'il ne faut jamais perdre de vue, sont aussi tout à fait différentes. Une mère de famille dont les ressources sont bornées, qui n'a que deux doniestiques, et peut-être moins encore, peut se permettre et même doit s'imposer des

travaux qui ne conviendraient assuicment pas h une personne dont le rang serait plus élevé et la fortune plus considérable. Il existe même des situations où il ne faut pas habituer les domestiques à se voir remplacer continuellement par les maîtres qu'ils doivent servir : rien ne donne à leur service plus d^inexactitude et de mollesse. On doit comprendre déjà quelle est en somme la manière dont j'envisage les choses^ et combien je suis peu disposé à vouloir accepter pour ces sortes de questions une règle complètement invariable. Il faut s'attacher en tout cela à l'esprit de la loi du travail , beaucoup plus qu'à la lettre. Il existe des maîtres de maison , placés à la tête d'une assez grande fortune^ qui, méconnaissant cette règle prudente, passent leur vie à tourner, à forger, à bêcher, etc. Ils se croient des modèles d'activité, et parlent avec une supériorité ironique d'autres personnes qui , sans dépenser tant de forces physiques, remplissent avec beaucoup plus de convenance

et d'exactitude les devoirs de leur position. De même certaines femmes, parce qu'elles font beaucoup de tapisserie, de couture, et même de tricot, se croient par ce seul fait des mena* gères fort entendues, tandis qu'elles laissent dans un abandon absolu la direction et la sur* veillance des affaires domestiques. Sans douté le travail des mains a son importance dans la vie des femmes , et ne doit être banni d'aucune position sociale ; mais cette importance doit croître ou diminuer, selon la diversité des situations et des fortunes.

Quand il s'agit d'activité, un des défauts qu'il est le plus facile de constater, c'est une nos inclinations. Ne voit-on pas souvent certaines femmes s'occuper avec prédilection, tantôt des détails de leur cuisine, tantôt de l'embellissement de leur maison ou de tout autre détail qui, malgré son importance, ne devrait jamais absorber tout le temps et toute

l'attentioti qu'elles se plaiâent à lui doaiier? Encore faut-il s'estimer fort heureux quattd leur vigilance ne se porte pas exclustvemenl sur un pbini insignifiaat de récouooiie do» loeslique !

Il y ^ des gens qui mettant toute leur gloire à avoir les premiers petits pois de la contnée^ ou bien à pouvoir présenter à leurs voisins les melons les plus beauK et les plul succit* lents. Vous en trouverez d'autrea qui s'esti» ment les plus habiles administrateurs du pays^ parce que leurs péchera sont taillés d'après la méthode usitée à Moutreuil , ou parce qu'ils parviennent à préserver heui*eusement leurs dahlias des dangers que ce précieux tubercule court en hiver. Vous trouvères des gens qui ont la spécialité du crépis de la Cliine ou du chrysanthème. La petitesse de l'esprit ou du caractère se retrouve partout ; et ces détails, en apparence si peu significatifs , jettent un grand jour sur les faiblesses et les travers de cette pauvi*e humanité^ dont tious partageons

tous , pkis oa mains ^ tes imperfections et les imsères.

Cependant^ toute femme ^rune intelligence ^vëe doit travailler sans cesse à se préserver de cette tendance que nous avons à nous ab- S0Fber tous dans des occupations véritablement secondaires. Le meilleur moyen , c*est de consulter bien moins ses goûts personnels que les intérêts de la famille, qu'on doit sans cesse avoir devant les yeux. Il faut envisager Téconomie domestique comme un devoir, et non pas comme une pure distraction, comme un simple but donné à l'activité humaine. Considérés à ce point de vue, les détails les plus mesquins prennent une importance et une grandeur qu^on ne leur soupçonnait pas d'abord; on apprend à considérer, non pas les actions en elles-mêmes, mais les sentiments et les convictions qui les inspirent. Qu'y a-t-il donc de grand en ce monde, si l'on consent à le mettre en regard de l'Infini et des années éternelles } Pour qui sait se dépouiiUT des iliu-

sions de l'amour-propre^ des erreurs qu^tns* pirent les préjugés du inonde, des frivoles imaginations que nourrit un incurable orgueil, une femme simple et bonne, qui travaille avec résignation et courage à maintenir au sein de sa famille Tordre, le bien-être, la justice et la paix^ est un des plus grands spectacles que puisse présenter la nature humaine. Le souvenir précieux que laisse une mère aimante et dévouée vaut bien mieux que la fatale renommée qui suit dans la tombe ces terribles ravageurs qu'on nomme les conquérants* Aussi n'ai-je jamais pu bien comprendre la répugnance qu'éprouvent certaines femmes distinguées pour les devoirs qui leur sont imposés par leur condition d'épouse et de mère. Elles regardent comme une humiliation pour leur intelligence de s'occuper des minutieux détails qui composent toute l'économie domestique. Elles voudraient, disent-elles, laisser à leur pensée le vol hardi qui l'entraîne vers les régions supérieures. Les réalités de

la vie leur sont devenues si lourdes à supporter, qu'elles éprouvent un impérieux besoin d écarter de leur esprit les misérables préoccupations qui les leur rappelleraient inévitablement. Cette prétendue grandeur est d'autant plus séduisante, qu'elle favorise le penchant à la rêverie; qu'elle s'enveloppe d'une fausse apparence de poésie, très-propre à captiver les imaginations souffrantes. Mais tel n'est pas le caractère de la véritable grandeur : elle ignore ces dédains, cette froideur pour les intérêts des autres^ ce mépris des devoirs les plus essentiels, voilé sous d'ingénieux prétextes. La vraie grandeur est aussi aimante qu'elle est intelligente; elle s'incline sans avoir peur de se briser; elle prend compassion de tout ce qui est faible et souffrant; elle a des sympathies pour toutes les douleurs, et de douces paroles pour toutes les afflictions. C'est elle que le Fils de Dieu nous révèle sans cesse dans ses admirables enseignements , et dont sa vie nous présente les plus

touchants exemples. Nous le voyons bénîr les petits enfants qu'offrait à sa bienveillance la tendresse de leurs mères; supporter avec indulgence les pécheurs les plus décriés; s'occuper de leurs intérêts avec la plus douce affection ; laisser couler sur ses pieds divins les pleurs du repentir ; enfin , le jour du banquet sacré qui précéda les douleurs du Calvaire, devenir, par le plus grand des abaissements, le serviteur humble et docile de tous. Qu'il y a loin de cette douceur et de cette bonté divine à l'inflexible roideur dont je parlais tout à l'heure, à ce mépris des auti*es, à cet oubli des devoirs les plus sacrés! Comment! vous vous prétendez chrétienne, et vous oubliez h ce point les maximes de celui que vous reconnaissez être pour tous la lumière et la vie! Cette intelligence pénétrante qui fait le sujet de votre orgueil devrait bien s'appliquer quelquefois h comprendre un peu mieux la profondeur de la parole sacrée. Vous trouveriez, en méditant ces enseignemcnls

divin») ces leçons de modestie , d'abnégationi de dévouement^ qui conviennent si bien à toute» les positions de la vie, mais que vous aurez, plus que bien d'autres^ Toccasioa d'appliquer à la situation où le Ciel vous a mise. C'est ainsi que l'Évangile est une sou« veraine ressource contre ces travers de l'esprit et du cœur qui s'e(S>i*cent de nous diétourner sans cesse de la voie simple et droite quo nous devons parcourir. Il est le livre des faibles comme celui des forts, des petits et des grands, des ignorants et des docteurs , patxse qu'il contient pour tous la règle infail* lible des devoirs de la vie présente, les pa* rôles de la vie éternelle.

J'ai parlé suffisamment jusqu'ici des dé* fauts qu'entraînent l'insouciance et la pai^sse) l'impartialité m'engage à dire un mot des inconvénients qu'entraîne aussi l'excès d'activité. Je ne veux pas que la turbulence puisse s'emparer de mes paroles , afin de s'en servir pour repousser les reproches trop fondés aux-

comme cette maniera de Texercer» Pour que le commandement se grave bien dans les esprits , pour qu'il agisse promptenient sur les volontés , il faut qu'il ait quelque chose de la préci* sion et de la netteté des ordres militaires^ Le voit qu'il est le résultat de profoudes ré* flexions sur la nature humaine ^ et de l'expé* rience de vingt générations de hëroS) habitués à gouverner les hommes et à les conduire à la victoire.

J'ai déjà dit un mot de Tinfluence de l'exempie 9 quand j'ai parlé de l'heure du lever; mais cette question se présente ici à un point de vue beaucoup plus général. Quelle part une maîtresse de maison doit<»elle prendre à l'acti* vite qu'elle s'efforce d'entretenir autour d*elle? Quelle est la nature de son intervention dans certains détails de la vie dothestique? Si elle ne peut pas tout faire elle^méme^ n'existe«f-*il pas des choses qu'elle nt doit confier h per*

sonne? La solution de ces divers problèmes demanderait des détails infinis. Je vais tâcher, afin de n'être pas trop ennuyeux ^ d^ dire en peu de mots tout ce qu'il est essentiel de sa* voir. Seulement, qu'on ne peixle pas de vue que je suis obligé de me borner aux prin* cipes.

Le degré d'intervention personnelle , quand il s'agit des soins du ménage, varie selon les situations^ Quand on a un certain nombre de domestiques, la direction , la surveillance, la tenue des comptes, etc...,exigent naturellement un temps assez cousidérable* Dans un petit ménage^ au contraire, la direction est presque nulle ; l'action personnelle a tout le temps de s'exercer et de s'utiliser pour le bien général. £u pareil cas, les convenances de position, qu'il ne faut jamais perdre de vue, sont aussi tout à fait différentes. Une mère de famille dont les ressources sont bornées, qui n'a que deux domestiques, et peut-être moins encore, peut se permettre et même doit s'imposer des

travaux qui ne conviendraient assurément pas à une personne dont le rang serait plus élevé et la fortune plus considérable. Il existe même des situations où il ne faut pas habituer les domestiques à se voir remplacer continuellement par les maîtres qu'ils doivent servir : rien ne donne à leur service plus d^inexactitude et de mollesse. On doit comprendre déjà quelle est en somme la manière dont j'envisage les choses^ et combien je suis peu disposé à vouloir accepter pour ces sortes de questions une règle complètement invariable. Il faut s'attacher en tout cela à l'esprit de la loi du travail , beaucoup plus qu'à la lettre. Il existe des maîtres de maison , placés à la tête d'une assez grande fortune, qui, méconnaissant cette règle prudente, passent leur vie à tourner, à forger, à bêcher, etc. Ils se croient des modèles d'activité, et parlent avec une supériorité ironique d'autres personnes qui , sans dépenser tant de forces physiques, rempHssent avec beaucoup plus de convenance

et d'exactitude les devoirs de leur position. De même certaines femmes, parce qu'elles font beaucoup de tapisserie, de couture, et même de tricot, se croient par ce seul fait des ménagères fort entendues, tandis qu'elles laissent dans un abandon absolu la direction et la surveillance des affaires domestiques. Sans doute le travail des mains a son importance dans la vie des femmes , et ne doit être banni d'aucune position sociale ; mais cette importance doit croître ou diminuer, selon la diversité des situations et des fortunes.

Quand il s'agit d'activité, un des défauts qu'il est le plus facile de constater, c'est une nos inclinations. Ne voit-on pas souvent certaines femmes s'occuper avec prédilection, tantôt des détails de leur cuisine, tantôt de l'embellissement de leur maison ou de tout autre détail qui , malgré son importance , ne devrait jamais absorber tout le temps et toute

l'attenlioti qu'elles se plaident à lui dooiier? £acore faut>il s'efilimer fort heureux: qua&d leur vigilance ne se porte pa^ exdusivemeiit sur ufl pbint ifisignifiaat de rëcooomie do» mestir(Ue !

11 y ïi des gens qui inetteiit toule leur gloire à avoir les premiers petits pois de la eontrtée^ ou bien à pouvoir présenter à leilrs voisins les melons les plus beauK et les plul succu* lents. Vous en trouverez d autres qui s'esti*» ment tes plus habiles administi^ateurs du pays^ parce que leurs pêchers sont taillés d'après la méthode usitée à Moutreuil, ou parce qu'ils parviennent à préserver heùrausement leurs dahlias des dangers que ce précieux tubercule court en hiver. Vous trouveree des gens qui ont la spécialité du crépis de la Cliine ou du chrysanthème. La petitesse de l'eaprit ou du caractère se retrouve partout ; et ces détails, en apparence si peu significatifs, jettent un gi*and jour sur les faiblesses et les travers de celte pauvre huiiiattité, dont lions partageons

loos , ptus ou mains ^ les iinperfeetions et les imsères.

Cependant^ toute femme cFune intellîgelice élevée doit travailler sans cesse h se préserver tie cette tendance que nous avons à nous absorber tous dans des occupations véritablement secondaires. Le meilleur moyen y c^est de consulter bien moins ses goûts personnels que les intérêts de la famille, qu'on doit sans cesse avoir devant les yeux. Il faut envisager Féconomfe domestique comme un devoir, et non pas eomme une pure distraction, comme un simple but donné à Factivité humaine. Considérés à ee point de vue, les détails les plus mesquins prennent une importance et une grandeur qu'on ne leur, soupçonnait pas d'abord; on apprend à considérer, non pas les actions en ellesomémes , mais les sentiments et les convictions qui les inspirent. Qu'y a-t-il donc de grand en ce monde, si Ton consent à le mettre en régate de Finfini et des années éternelles ? Pour qui sait se dépouilkT des illu-

sions de Tamour-propre y des erreurs qu^înspirent les préjugés du monde, des frivoles imaginations que nourrit un incurable orgueil, une femme simple et bonne, qui travaille avec résignation et courage à maintenir au sein de sa famille l'ordre, le bien*être, la justice et la paix, est un des plus grands spectacles que puisse présenter la nature humaine. Le souvenir précieux que laisse une mère aimante et dévouée vaut Lieu mieux que la fatale renommée qui suit dans la tombe ces terribles ravageurs qu'on nomme les conquérants. Aussi n'ai-je jamais pu bien comprendre la répugnance qu'éprouvent certaines femmes distinguées pour les devoirs qui leur sont imposés par leur condition d'épouse et de mère. Elles regardent comme une humiliation pour leur intelligence de s'occuper des minutieux détails qui composent toute l'économie domestique. Elles voudraient, disent-elles, laisser à leur pensée le vol hardi qui l'entraîne vers les régions supérieures. Les réalités de

la vie leur sont devenues si lourdes à supporter, qu'elles éprouvent un impérieux besoin d écarter de leur esprit les misérables préoccupations qui les leur rappelleraient inévitablement. Cette prétendue grandeur est d'autant plus séduisante, qu'elle favorise le penchant à la rêverie; qu'elle s'enveloppe d'une fausse apparence de poésie, très-propre à captiver les imaginations souffrantes. Mais tel n'est pas le caractère de la véritable grandeur : elle ignore ces dédains, cette froideur pour les intérêts des autres^ ce mépris des devoirs les plus essentiels, voilé sous d'ingénieux prétextes. La vraie grandeur est aussi aimante qu'elle est intelligente; elle s'incline sans avoir peur de se briser; elle prend compassion de tout ce qui est faible et souffrant; elle a des sympathies pour toutes les douleurs, et de douces paroles pour toutes les afflictions. C'est elle que le Fils de Dieu nous révèle sans cesse dans ses admirables enseignements , et dont sa vie nous présente les plus

touchants exemples. Nous le voyons bénir les petits enfants qu'offrait à sa bienveillance la tendresse de leurs mères; supporter avec indulgence les pécheurs les plus décriés; s'occuper de leurs intérêts avec la plus douce affection; laisser couler sur ses pieds divins les pleurs du repentir ; enfin , le jour du banquet sacré qui précéda les douleurs du Calvaire, devenir, par le plus grand des abaissements, le serviteur humble et docile de tous. Qu'il y a loin de cette douceur et de cette bonté divine à l'inflexible roideur dont je parlais tout à l'heure, à ce mépris des autres, à cet oubli des devoirs les plus sacrés! Comment! vous vous prétendez chrétienne, el vous oubliez h ce point les maximes de celui que vous reconnaissez être pour tous la lumière et la vie! Cette intelligence pénétrante qui fait le sujet de votre orgueil devrait bien s'appliquer quelquefois h comprendre un peu mieux la profondeur de la parole sacrée. Vous trouveriez, en méditant ces enseignements

divins, ces leçons de modestie , d'abnégati(Hi| de dévouement, qui conviennent si bien à toutes les positions de la vie, mais que vous aurez, plus que bien d'autres, roccasion d appliquer à la situation où le Ciel vous a mise. C'esl ain«i, que l'Évangile est une sou* veraine ressource contre ces travers de Tesprit et du cœur qui s'efibrcent de nous dté tourner sans cesse de la voie simple et droite quo nous devons parcourir. Il est le livre des faibles comme celui des forts, d^ petits et des grands, des ignorants et des docteurs, parce qu'il contient pour tous la r^le infaillible des devoirs de la vie présente, les pa« rôles de la vie éternelle.

J'ai parlé suffisamment jusqu'ici des dé« fauts qu'entraînent l'insouciance et la paresse; l'impartialité m'engage à dire un mot des inconvénients qu'entraine aussi l'excès d'acti-» vite. Je ne veux pas que la turbulence puisse s'emparer de mes paroles , afin de s'en servir pour repousser les reproches trop fondés aux-

comme cette tnanièi-e de rexeiTer* Pour que le commandement se grave bien dans les esprits, pour qu'il agisse promptement sur les volontés , il faut qu'il ait quelque chose de la préci* sion et de la netteté des ordres militaires. Le voit qu'il est le résultat de profondes ré-> flexions sur la nature humaine 9 et de Texpé* rieuce de vingt générations de héros^ habitués à gouverner les hommes et à les conduire à la victoire.

J'ai déjà dit un mot de l'influence de l'exem* pie y quand j'ai parlé de l'heure du lever; mais cette question se présente ici à un point de vue beaucoup plus général. Quelle part une maîtresse de maison doit^elle prendre à l'actif vite qu'elle s'efforce d'entretenir autour d'elle? Quelle est la nature de son intervention dans certains détails de la vie domestique? Si elle ne peut pas tout faire elle-même, n existe«t<*il pas des choses qu'elle ne doit confier h per*

sonne? La solution de ce» divers problèmes demanderait des détails infinis. Je vais tâcher, afin de n'être pas trop ennuyeux ^ dfi dire en peu de mots tout ce qu'il est essentiel de sa* voir. Seulement, qu'on ne peixle pas de vue que je suis obligé de me borner aux principes.

Le degré d'intervention personnelle , quand il s'agit des soins du ménage, varie selon les situations. Quand on a un certain nombre d^ domestiques, la direction , la surveillance, la tenue des comptes, etc. . ., exigent naturellement un temps assez considérable. Dans un petit ménage^ au contraire, la direction est presque nulle ; l'action personnelle a tout le temps de s'exercer et de s'utiliser pour le bien générah En pareil cas, les convenances de position, qu'il ne faut jamais perdre de vue, sont aussi tout à fait différentes. Une mère de famille dont les ressources sont bornées, qui n'a que deux domestiques, et peut-être moins encore, peut se permettre et même doit s'imposer des

travaux qui ne conviendraient assurément pas a une personne dont le rang serait plus élevé et la fortune plus considérable. Il existe même des situations où il ne faut pas habituer les domestiques à se voir remplacer continuellement par les maîtres qu'ils doivent servir : rien ne donne à leur service plus d^inexactitude et de mollesse. On doit comprendre déjà quelle est en somme la manière dont j'envisage les choses^ et combien je suis peu disposé à vouloir accepter pour ces sortes de questions une règle complètement invariable. Il faut s'attacher en tout cela h l'esprit de la loi du travail , beaucoup plus qu'à la lettre* Il existe des maîtres de maison , placés à la tête d'une assez grande fortune, qui, méconnaissant cette règle prudente, passent leur vie à tourner, à forger, à bêcher, etc. Ils se croient des modèles d'activité, et parlent avec une supériorité ironique d'autres personnes qui , sans dépenser tant de forces physiques, remplissent avec beaucoup plus de convenance

et d'exactitude les devoirs de leur position. De même certaines femmes, parce qu'elles font beaucoup de tapisserie, de couture, et même de tricot, se croient par ce seul fait des ménagères fort entendues^ tandis qu'elles laissent dans un abandon absolu la direction et la surveillance des affaires domestiques. Sans doute le travail des mains a son importance dans la vie des femmes, et ne doit être banni d'aucune position sociale ; mais cette importance doit croître ou diminuer, selon la diversité des situations et des fortunes.

Quand il s'agit d'activité, un des défauts qu'il est le plus facile de constater, c'est une nos inclinations. Ne voit-on pas souvent certaines femmes s'occuper avec prédilection, tantôt des détails de leur cuisine, tantôt de l'embellissement de leur maison ou de tout autre détail qui, malgré son importance, ne devrait jamais absorber tout le temps et toute

l'attentioti qu'elles se plaident à lui dooner? Ëacore faut-il s'estimer fort heureux: quand leur vigilance ne se poi'te pas exclusivenEient sur un point insignifiant de TéconoAM do* Hiestique !

11 y la des gens qui mettent toute leur gloire à avoir les premiers petits pois de la eontréo^ ou bien à pouvoir présenter à leurs voisins les melons les plus beauK et les pluâ succu* lents. Vous en trouverez d'autres qui s'esti*» ment les plus habiles admtnisti^ateurs du pays^ parce que leurs pêchers sout taillés d'aprèi la méthode usitée à Moutreuil , ou parce qu^ils parviennent à préserver heurausemeni leurs dahlias des dangers que ce précieux tubercule court en hiver. Vous trouvères des gens qui ont la spécialité du crépis de la Chine ou du chrysanthème. La petitesse de l'esprit ou du caractère se retrouve partout ; et ces détails, en apparence si peu significatifs , jettent ua grand jour sur les faiblesses et les travers de cette pauvre humauité^ ilont lions partageonf

tous , pkift ou mains y tes imperfeetiotis tt les misères.

Cependan^, loute femme cFune intelligence élevée doit travailler sans cesse à se préserver ée cette tendance que nous avons à nous absepber tous dans des occupations véritablement secondaires. Le meilleur moyen , c*est de consulter bien moins ses goûts personnels que les intérêts de la famille, qu'on doit sans cesse avoir devant les yeux. Il faut envisager l'économie domestique comme un devoir, et non pas comme une pure distraction, comme un simple but donné à Factivité humaine. Considérés à ce point de vue, les détails les plus mesquins prennent une importance et une grandeur qttV>n ne leur soupçonnait pas d'abord; on apprend à considérer, non pas les actions en elles-mêmes, mais les sentiments et les convictions qui les inspirent. Qu'y a-t-il donc de grand en ce monde, si l'on consent à le mettre en regard de Flnfîni et des années éternelles? Pour qui sait se dépouilU'r des illu-

sions de Tainour-propre , des erreurs quUnspirent les préjugés du inonde, des frivoles imaginations que nourrit un incurable orgueil, une femme simple et bonne, qui travaille avec résignation et courage à maintenir au sein de sa famille Tordre, le bien-être, la justice et la paix^ est un des plus grands spectacles que puisse présenter la nature humaine. Le souvenir précieux que laisse une mère ai« mante et dévouée vaut bien mieux que la fatale renommée qui suit dans la tombe ces terribles ravageurs qu'on nomme les conquérants. Aussi n'ai-je jamais pu bien comprendre la répugnance qu'éprouvent certaines femmes distinguées pour les devoirs qui leur sont imposés par leur condition d'épouse et de mère. Elles regardent comme une humiliation pour leur intelligence de s'occuper des minutieux détails qui composent toute l'économie domestique. Elles voudraient, disent-elles, laisser à leur pensée le vol hardi qui l'entraîne vers les régions supérieures. Les réalités de

la vie leur sont devenues si lourdes à supporter, qu'elles éprouvent un impérieux besoin d écarter de leur esprit les misérables préoccupations qui les leur rappelleraient inévitablement. Cette prétendue grandeur est d'autant plus séduisante, qu'elle favorise le penchant à la rêverie; qu'elle s'enveloppe d'une fausse apparence de poésie , très-propre à captiver les imaginations souffrantes. Mais tel n'est pas le caractère de la véritable grandeur : elle ignore ces dédains, cette froideur pour les intérêts des autres^ ce mépris des devoirs les plus .essentiels, voilé sous d'ingénieux prétextes. La vraie grandeur est aussi aimante qu'elle est intelligente; elle s'incline sans avoir peur de se briser; elle prend compassion de tout ce qui est faible et souffrant; elle a des sympathies pour toutes les douleurs, et de douces paroles pour toutes les afflictions. C'est elle que le Fils de Dieu nous révèle sans cesse dans ses admirables enseignements , et dont sa vie nous présente les plus

touchants exemples. Nous le voyons bénir les petits enfants qu'offrait à sa bienveillance la tendresse de leurs mères; supporter avec indulgence les pécheurs les plus décriés; s'occuper de leurs intérêts avec la plus douce affection ; laisser couler sur ses pieds divins les pleurs du repentir ; enfin , le jour du banquet sacré qui précéda les douleurs du Calvaire, devenir, par le plus grand des abaissements, le serviteur humble et docile de tous. Qu'il y a loin de cette douceur et de cette bonté divine à l'inflexible roideur dont je parlais tout a l'heure, à ce mépris des autres, à cet oubli des devoirs les plus sacrés! Comment! vous vous prétendez chrétienne, et vous oubliez h ce point les maximes de celui que vous reconnaissez être pour tous la lumière et la vie! Cette intelligence pénétrante qui fait le sujet de votre orgueil devrait bien s'appliquer quelquefois h comprendre un peu mieux la profondeur de la parole sacrée. Vous trouveriez, en méditant ces enseigncmonls

divins, ces leçons de modestie , d'abnëgationy de dévouement, qui conviennent si bien à toutes les positions de la vie^ mais que vous aurez, plus que bien d'autres^ Toccasion d'appliquer à la situation où le Ciel vous a mise. C'est ainsi que TÉvangile est une sou* veraine ressource contre ces travers de l'esprit et du ceelir qui s'efforcent de nous dtétourner sans cesse de la voie simple et droite que nous devons parcourir. Il est le livre des faibles comme celui des forts, des petits et des grands, des ignorants et des docteurs, parce qu'il contient pour tous la règle infaillible des devoirs de la vie présente, les pa* rôles de la vie éternelle.

J'ai parlé suffisamment jusqu'ici des dé« fauts qu'entraînent l'insouciance et la paresse ( l'impartialité m'engage à dire un mot des inconvénients qu'entraîne aussi l'excès d'activité. Je ne veux pas que la turbulence puisse s'emparer de mes paroles , afin de s'en servir pour repousser les reproches trop fondés aux-

quels elle s'expose trop souvent. Ce défaut mène à Tanarchie tout aussi vite que l'abandon complet de toute surveillance et de toute direction. Une maison gouvernée par une femme turbulente devient un véritable enfer, tout aussi bien pour les membres de la famille que pour les domestiques ; c'est la tempête dans Tordre moral. Les étrangers eux-mêmes s effrayent de ce perpétuel besoin de mouvement qui menace le repos des gens les plus inoffensifs. Les femmes de ce caractère agissent , non par devoir de conscience, non par sentiment des exigences de leur position , mais uniquement pour le plaisir d'agir; c'est de l'art désintéressé. Cependant, comme cette passion est loin d'être générale , comme le plus grand nombre tient h son repos , et sait au besoin le défendre, il est impossible que celte terrible monomanie n'engendre pas beaucoup de luttes au sein de la famille. Les maris les plus pacifiques, les parents les plus résignés, les enfants les plus soumis, se fatiguent d'en-

tendre la tempête gronder h leurs oreilles, et d'être entraînés par un tourbillon qui suit tour à tour les directions les plus contraires. Rien n'est donc plus opposé aux intérêts d'un gouvernement dont les intentions doivent être si droites, qu'une activité qui dépasse à chaque instant le but, et compromet les plus sages mesures , en leur donnant un caractère visible d'exagération. Pour bien diriger les autres, il faut d'abord se gouverner soi-même; il faut être maître de ses passions , de son humeur, de ses caprices, en un mot, dp tous ses mouvements. Les œuvres de la patience et de la modération sont seules durables. Il faut savoir mettre à ce qu'on fait tout le temps nécessaire, et ne pas céder à cette impatience d'atteindre le but , qui est un des caractères de la pétulance féminine. Au reste, il ne faut pas s'imaginer qu'un calme aussi grand s'obtienne par quelques efforts passagers : il faut au contraire, pour arriver à un pareil résultat, agir constamment sur soi**

même 9 réprimer les saillies 'de son humeur; et f pour me servir d'une des expressions de l'apôtre saint Pau], posséder son âme dans la patience* Cette patience est surtout nécessaire quand des troubles ou des contre-temps imprévus compromettent tous les intérêts et compliquent toutes les affaires. Au temps oîi nous vivons 9 les fortunes qui paraissent le mieux établies traversent fréquemment des crises périlleuses , des embarras inextricables. Il est difficile, en pareil cas, d^avoir cette résignation que doit conserver une âme fortement attachée aux divines maximes de TÉvangile. Ce ne sont pas là d'ailleurs les seuls inconvénients qu'on ait à redouter. La nature déconcerte parfois tous nos calculs : il faut craindre pour ses récoltes , non-seulement la négligence des gens qu'on emploie, mais l'intempérie des saisons. Si le ciel se montre complètement favorable, n'a-t-on pas trop souvent à souffrir des vices et de l'improbité des hommes auxquels on se confie? £st~il rare

de voir une maison qu'on croyait solide feire subir à ses clients les pertes les plus consi'* dérables; de trouver ches ses fermiers un penchant très*enraciné à diminuer autant que possible les revenus du propriétaire, tantôt par d éternels retards de payement, et tantôt d'une autre manière? Il faut, quand toutes CCS tribulations nous accablent , bien se con-^ vaincre qu'on ne doit jamais prétexter des inconvénients impossibles à conjurer, et que toutes les désolations du monde n'ont qu'un résultat positif: elles abattent les plus fermes courages et paralysent les volontés les plus énergiques. N'est^il pas plus chi*étien de voir dans la marche des événements^ dans les va« riations de la nature, l'expression du gouver* nement divin, dont les desseins sont toujours incompréhensibles pour nos regards bornés? Il faut , à l'aide de cette pensée que l'Évangile conseille sans cesse, s'habituer à considérer avec une résignation sereine tout ce qui contrarie nos vues et déconcerte nos projets.

rattentioii qu'elles 8e plaisent à lui dooner? Encore faut-il s'estimer fort heureux quaod leur vigilance ne se pofte pas exi^lusivemeni sur un pbini insignifiant de l'ëoononiie do« niestique !

11 y a des gens qui mettent toute leur gloire à avoir les premiers petits pois de la contnée^ ou bien à pouvoir présentet* à leurs voisins les melons les plus beauK et les plui succu^ lents. Vous en trouverez d'autres qui s'esti^ ment tes plus habiles administi^ateurs du pays^ parce que leurs pêchers sout taillés d'après la méthode usitée à Moutreuil , ou parce qu'ils parviennent à préserver heui*eusement leurs dahlias des dangers que ce précieux tubercule court en hiver. Vous trouvères des gens qui ont la spécialité du crépis de la Chine ou du chrysanthème. La petitesse de l'esprit ou du caractère se retrouve partout; et ces détails, en apparence si peu significatifs , jettent un grand jour sur les faiblesses et les travers de celte pauvi*e humauité^ dont tious partageons

tous , pkis ou moins j tes imperfeetions e( les imsèrefi.

Cependant y toute femme cFune intellîgeiice âevée doit travailler sans cesse à se préserver de cette tendance que nous avons à nous absorber tous dans des occupations véritablement secondaires. Le meilleur moyen j c'est de constitler bien moins ses goûts personnels que les intérêts de la famille, qu'on doit sans cesse avoir devant les yeux, il faut envisager Téconomle domestique comme un devoir, et non pas eomme une pure distraction, comme un simple but donné à Factivité humaine. Considérés à ce point de vue, les détails les plus mesquins prennent une importance et une grandeur qu'on ne leur soupçonnait pas d'abord; on apprend à considérer, non pas les actions en elles-mêmes, mais les sentiments et les conviction» qui les inspirent. Qu'y a-t-il donc de grand en ce monde, si Ton consent à le mettre en regard de Tinfini et des années éternelles } Pour qui sait se dépouilkT des illu-

sions de l'ainour*propre ^ des erreurs qu^ins* pirent les préjugés du monde, des frivoles imaginations que nourrit un incurable orgueil, une femme simple et bonne, qui travaille avec résignation et courage à maintenir au sein de sa famille l'ordre, le bien-être, la justice et la paix^ est un des plus grands spectacles que puisse présenter la nature humaine. Le souvenir précieux que laisse une mère aimante et dévouée vaut bien mieux que la fatale renommée qui suit dans la tombe ces terribles ravageurs qu'on nomme les conquérants* Aussi n'ai-je jamais pu bien comprendre la répugnance qu'éprouvent certaines femmes distinguées pour les devoirs qui leur sont iaiposés par leur condition d'épouse et de mère. Elles regardent comme une humiliation pour leur intelligence de s'occuper des minutieux détails qui composent toute l'économie domestique. Elles voudraient, disent-elles, laisser à leur pensée le vol hardi qui Tentraine vers les régions supérieures. Les réalités de

la vie leur sont devenues si lourdes à supporter, qu'elles éprouvent un impérieux besoin d'écarter de leur esprit les misérables préoccupations qui les leur rappelleraient inévitablemeiit. Cette prétendue grandeur est d'autant plus séduisante, qu'elle favorise le penchant à la rêverie; qu'elle s'enveloppe d'une fausse apparence de poésie, très-propre à captiver les imaginations souffrantes. Mais tel n'est pas le caractère de la véritable grandeur : elle ignore ces dédains, cette froideur pour les intérêts des autres^ ce mépris des devoirs les plus essentiels, voilé sous d'ingénieux prétextes. La vraie grandeur est aussi aimante qu'elle est intelligente; elle s'incline sans avoir peur de se briser; elle prend compassion de tout ce qui est faible et souffrant; elle a des sympathies pour toutes les douleurs, et de douces paroles pour toutes les afflictions. C'est elle que le Fils de Dieu nous révèle sans cesse dans ses admirables enseignements , et dont sa vie nous présente les plus

toucliants exemples. Nous le voyons bénir les petits enfants qu'offrait à sa bienveillance la tendresse de leurs mères; supporter avec indulgence les pécheurs les plus décriés; s'occuper de leurs intérêts avec la plus douce affection; laisser couler sur ses pieds divins les pleurs du repentir ; enfin , le jour du banquet sacré qui précéda les douleurs du Calvaire, devenir, par le plus grand des abaissements, le serviteur humble et docile de tous. Qu'il y a loin de cette douceur et de cette bonlé divine à l'inflexible roidcur dont je parlais tout à riieure, à ce mépris des auti^es^ à cet oubli des devoirs les plus sacrés! Comment! vous vous prétendez chrétienne, et vous oubliez à ce point les maximes de celui que vous reconnaissez être pour tous la lumière et la vie! Cette intelligence pénétrante qui fait le sujet de votre orgueil devrait bien s'appliquer quelquefois a comprendre un peu mieux la profondeur de la parole sacrée. Vous trouveriez, en méditant ces enseignements

divins 9 ces leçons de modestie , d'abnëgatio«| de dévouement, qui conviennent si bien à toutes les positions de la vie j mais que vous aurez, plus que bien d'autres^ Toccasioii d'appliquer à la situation où le Ciel vous a mise. C'esl ainsi, que l'Évangile est une sou* veraine i^essource contre ces travers de l'esprit et du cœiir qui s'efK>rcent de nous dté tourner sans cesse de la voie simple et droite quo nous devons parcourir» Il est le livre des faibles comme celui des forts, d^ petits et des grands, des ignorants et des docteurs, paixîe qu'il contient pour tous la règle infaillible des devoirs de la vie présente, les pa* rôles de la vie éternelle.

J'ai parlé suffisamment jusqu'ici des dé* fauts qu'entraînent l'insouciance et la paresse; l'impartialité m'engage à dire un mot des inconvénients qu'entraîne aussi l'excès d'activité. Je ne veux pas que la turbulence puisse s'emparer de mes paroles , afin de s'en servir pour repousser les reproches trop fondés aux-

quels elle s'expose trop souvent. Ce défaut mène à Tanarchie tout aussi vite que l'abandon complet de toute surveillance et de toute direction. Une maison gouvernée par une femme turbulente devient un véritable enfer, tout aussi bien pour les membres de la famille que pour les domestiques ; c'est la tempête dans l'ordre moral. Les étrangers eux-mêmes s'effrayent de ce perpétuel besoin de mouvement qui menace le repos des gens les plus inoffensifs. Les femmes de ce caractère agissent , non par devoir de conscience , non par sentiment des exigences de leur position , mais uniquement pour le plaisir d'agir; c'est de l'art désintéressé. Cependant, comme cette passion est loin d'être générale , comme le plus grand nombre tient à son repos , et sait au besoin le défendre, il est impossible que celte terrible monomanie n'engendre pas beaucoup de luttes au sein de la famille. Les maris les plus pacifiques , les parents les plus résignés, les enfants les plus soumis, se fatiguent d'en*

tendre la tempête gronder »'i leurs oreilles, et d'être entraînes par un tourbillon qui suit tour à tour les directions les plus contraires. Rien n'est donc plus opposé aux intérêts d'un gouvernement dont les intentions doivent être si droites, qu'une activité qui dépasse à cha« que instant le but, et compromet les plus sages mesures , en leur doiinant un caractère visible d'exagération. Pour bien diriger les autres, il faut d'abord se gouverner soi-même; il faut être maître de ses passions , de son humeur, de ses caprices, en un mot, dp tous ses mouvements. Les œuvres de la patience et de la modération sont seules durables. Il faut savoir mettre à ce qu'on fait tout le temps nécessaire, et ne pas céder à cette impatience d'atteindre le but, qui est un des caractères de la pétulance féminine. Au reste, Il ne faut pas s'imaginer qu'un calme aussi grand s'obtienne par quelques eflbrts passagers : il faut au contraire, pour arriver à un

pareil résultat, agir constamment sur soifs.

même y réprimer les saillies 'de son humeur; et y pour me servir d'une des expressions de lapôtre saint Paul, posséder son âme dans la patience. Cette patience est surtout nécessaire quand des troubles ou des contre-temps im— prévus compromettent tous les intérêts et compliquent toutes les affaires. Au temps où nous vivons y les fortunes qui paraissent le mieux établies traversent fréquemment des crises périlleuses , des embarras inextricables. Il est difficile y en pareil cas, d^avoir cette résignation que doit conserver une âme for* tement attachée aux divines maximes de !'£• vangile. Ce ne sont pas là d'ailleui*s les seuls inconvénients qu'on ait à redouter. La nature déconcerte parfois tous nos calculs : il faut craindre pour ses récoltes, non-seulement la négligence des gens qu'on emploie, mais l'intempérie des saisons. Si le ciel se moutre complètement favorable, n'a-t-on pas trop souvent à souffrir des vices et de l'improbité des hommes auxquels on se confie? Est-il rare

de voir une maison qu'on croyait solide foire subir à ses clients les pertes les plus consi^ dérablesf de trouver ches ses fermiers un penchant très*enraciné à diminuer autant que possible les revenus du propriétaire, tantôt par d éternels retards de payement, et tantôt d'une autre manière? Il faut, quand toutes CCS tribulations nous accablent , bien se con« vaincre qu'on ne doit jamais prétexter des inconvénients impossibles à conjurer, et que toutes les désolations du monde n'ont qu'un résultat positif: elles abattent les plus fermes courages et paralysent les volontés les plus énergiques. N'est^il pas plus chrétien de voir dans la marche des événements y dans les va« riations de la nature, l'expression du gouver* nement divin, dont les desseins sont toujours incompréhensibles pour nos regards bornés? Il faut , à l'aide de celte pensée que l'Évangile conseille sans cesse, s'habituer à considérer avec une résignation sereine tout ce qui contrarie uos vues et déconcerte nos projets.

Souvent des catastrophes qui paraissent irrémédiables sortent des biens inconnus, et )a Providence nous mène quelquefois au repos et au bonheur par des routes tortueuses et difficiles. Il faut donc se rappeler en ces moments d épreuve qu'elle compte avec vigilance les passereaux qu'on vend pour une pièce de monnaie , et que le lis des champs, qui ne sème ni ne récolte, reçoit de ses mains une parure plus brillante que celle de Salomon dans toute sa gloire. Si le Père céleste traite ainsi une modeste fleur qui brille aujourd'hui 9 qu'on coupe demain et qu'on jette au foyer, croyez-vous qu'il pourra vous oublier, vous qui êtes les enfants de sa prédilection, le chef-d'œuvre de ses mains?

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