CHAPITRE XVIII
DU GOUVERNEMENT DES DOMESTiaUES.
Une des principales règles qu'on doit s'imposer dans le gouvernement de sa maison , c^est de ne jamais souffrir de la part de ses domestiques aucun acte contraire à la probité et aux bonnes mœurs. On trouve souvent des gens habiles à se faire pardonner leur corruption par des qualités agréables, ou par l'adresse avec laquelle ils flattent les travers de leurs maîtres. Ils savent si habilement manier les esprits, qu'on est toujours disposé à fermer les yeux sur leurs fautes, et à dépasser à leur
égard toutes les limites d'une raisonnable indulgence.
Une maîtresse de maison ne doit pas perdre de vue qu'en agissant ainsi t>n ne tient aucun compte des devoirs sociaux, qui nous sont imposé». L^ dtïéU et &flitll« fiofil «fi eMet responsables de Fautorité qu*ilft exercent sur leurs inférieurs^ et ils doivent avoir sans cesse devant les yeux que du bon exercice de cette autorité dépend la prospérité de la proposent d'atteindre le même but et de vivre sous les mêmes lois ? Si chacune de ces familles maintient dans son sein toutes les traditions conservatrices de l'ordre et de la morale, la tâdie des gouvernements se trouvera singulièrement simplifiée , et la reforme des mœurs s'opérera d'elle-même, sans secousse et sans bouleverseniient. C'est là une de ces térités fondamentales que nos contemporains sont trop disposés à méconnaître. On déclame,
fort étoquemment sans doute, sur la corrup-tioQ du siàele j sur les souffrances des classes pauvresy aur rharmonie qui doit régner entre les différentes fractions de h société ; mais pei*sonne ne s'avise d'attaquer le mal oti il est réellement, c'e8t<-à-»dire qu'on ne s'occupe pas de la famille, réalité vivante et saisissable, et qu'on poursuit des abstractions qui s'évanouissent à mesure qu'on veut en approcher. Je comprends, du reste, parfaitement cette manière d'agir. Rien n*est plus facile que de se déclarer, en général, partisan des réformes so-» eiales; cela n'oblige à rien, ne gène en rien, et n'impose aucun sacrifice sérieux. En attendant que la société se corrige , on ne croit pas devoir s'occuper de ces améliorations positives que nos devoii*8 noua imposent , et qu'il serait pourtant si facile de mettre en pratique.
C'est dans le cercle de la famille que cha^ cun devrait d'abord concentrer ses efforts , et réaliser ces bannes inteations dont on nous parle tant. C'est ainsi qu'on agirait, si l'on
nairement, pensez^^vous que les poptilatîons agricoles écoutent avec indiflfêrence eea dangereux enseignements ? Vous figures-vous par hasard que l'exemple du seeptieîsme et de rinumoralité soit jDOur eux sans inconvénient ? St les hommes n'ont pas un grand attrait pour ks idées d^ordre et de justice , ils ont , an contraire, un entraînement très^vif pour tout ce qui les débarra$se des principes àe la subordination et fies règles de la probité. L'histoire des dernières années prouve eoi»* bien cet entraînement est poissaiit, même au sein de ces paisibles kabiUints de la campagne qu'on croyait înaccessiblea à toutes les in* fluences du temps présent. On voit donc com* bien sont aveugles les maîtres de maison qui , n'attachent aucune importance à la conduite et aux opinions de leurs gens ^ et ne leur demandent autre chose qu'un service agréable et commode.
Mais si l'on veut que les domestiques corn* prennent 1^ obligations de leur position, il
faut i€ur appi'endre à la respectât', en leur
montrant toute l'estime à laqu^le ils ont
droit. Rien ne dégrade et n'avilit les hommes
comme de leur témoigner à chaque ins-
tant qu'on regarde leurs pensées et leurs
actes comme tout à fait sans conséquence. Its
ont y dans toutes les conditions , un grand
besoin de tnériter l'approbation des autres ; et
ce sentiment empêche plus d'un désordre^
contient plus d'une mauvaise jmssion. Si vous
vous arrangez de feçon à ne pas laisser îgno«>
rer à vos gens que vous regardez ia probité
et la moralité comme des vertus étrangères à
leur cla^e y vous en trouverez certainemenjt
qui accepteront sans hésitation des théoines
dont ils ne verront que le coté favorable à
leurs ec^voitises^ Une appréciation de ce
genre l^ir paraîtra toujours du plus grand
poids; et ils se considéi^eraient comme dupes
s'ils s'imposaient des sacrifices auxquels ils
savent bien que vous ne croiriez pas. Ne se»
rait-il pas plus raisonnable et plus chrétien
de leur donner, de leur digaité d'homme et de leur qualité d'enfant de l'Église , une idée plus élevée et en même temps plus juste ? Ne serait-il pas plus prudent de leur représenter l'immoralité y non pas comme une nécessité de leur éducation et de leur position, mais comme une exception qui couvre de honte ceux qui s'y livrent ? Il me semble qu'il vau* drait mieux agir ainsi, que de leur fournir d'avance l'excuse d'un fatalisme complai^nt. L'honneur, qui fait des merveilles au milieu des camps, enfantera des miracles au foyer domestique. Il saura encourager le dévouement et la résignation, servir d'appui aux principes sacrés de la religion, contribuer ainsi a la régénération des âmes les plus avilies, et retrem« per les courages les plus affaiblis; mais, pour l'invoquer avec succès, il faut avant tout le comprendre, l'avoir enraciné au fond du cœur. Il ne suffit pas qu'il soit sur nos lèvres, il faut que notre vie en devienne chaque jour un mo* dèle éclatant.
Pour accomplir des devoirs aussi élevés, une fejnme chrétienne doit se rappeler sans cesse que son nom de mère de famille ne s'applique pas seulement à ses enfants. Leâ anciens nommaient avec raison famille tout ce qui vivait sous l'autorité des chefs de la maison. Pourquoi n'adopterions-nous pas tout ce que cette idée a de juste et de profond? N'est-ce pas un sentiment chrétien que d'avoir pour tous ceux qui vivent sous votre toit, qui deviennent vos auxiliaires et vos compagnons, un peu de cette bonté dont le cœur d'une mère n'est jamais avare? On agit par l'affection bien plus encore que par l'autorité. Ce sentiment presque naturel qu'une véritable maîtresse de maison a pour les gens qui la servent donne à tout ce qu^elle commande une puissance de persuasion y toujours refusée à la sécheresse du cœur* Elle transforme son autorité en protection charitable, que finissent par bénir ceux-là même dont elle contrarie les caprices ou réprime les mauvais penchants. I^es hommes
arateat jusqu'à un certain degré la nécessité d'une autorité régulière; maïs ils ^ronTent aussi le besoin de croire qu'on les gouverne avec bienveillance et désintéressement^ de peu* ser qu'en leur donnant des ordres on accompht un devoir, et qu'on ne cède à aucun mo* bile d'orgueil et d'é^îsme. Une fois qu'ils ont acquis une pleine confiance en ceux auxquels ils doivent obéir, beaucoup de difficultés s'aplanissent. La bonté provoque raffedion, de même qae les manifestations d'un caractère trop personnel soulèvent à chaque instant des résistances inattendues.
L'Évangile résume toute cette théorie par un mot profond , en conseillant aux maîtres de devenir les serviteurs de tous. Gela ne veut-il pas dire que pendant que des frères moins fa» vorises que nous des dons de la fortune nous rendent , dans l'ordre matériel , une infinité de services, nous devons ^ nous, leur être utiles, autant que nous le pouvons, par notre bienveillance, notre intelligence ) notre aifec-
tîûn ? C'est ainsi qu'au point tk voè du chm*^ tiatiisme toutes les rigueurs du commandement s'adoucissent ^ et que la dureté et l'oppression sont rigoureusement condamnées y comnitt contraire à c^te fraternité sublime qu« l'Évangile a révélée au monde. Pendant «[ue les philosophes et les hommes d'État cher** client à rétablir dans toutes les classes la paix et l'hai'monie, l'Évangile nous apprend en quelques phrases précises et pn^ndes les véritables lois de toute bonne organisation sociale , les principes qui doivent encore une fois sauver et purifier le monde. Que les classes élevées travaillent donc à se pénétrer de ces principes sacrés; qu'elles sachent de jour en jour répondre, par de nouveaux dévouements^ aux déclamateurs qui les insultent et les calomnient. Il leur reste, au sein d'un pays tourmenté par les passions de l'anarchie, bien des devoirs sérieux à remplir, bien des fautes h réparer, bien des vérités à proclamer, bien des exemples à donner. Il faut qu'elles sachent.
toutes les fois que le devoir l'exige , enseigner Fesprit d'abnégation et de sacrifice, marpar leurs lumières et par leurs richesses, mais encore par un courage poussé jusqu'à l'héroïsme. Qu'elles abandonnent donc généreusement toutes les habitudes qui énervent les volontés , amollissent les caractères et précipitent la décadence des classes comme celle des sociétés , et des jours de gloire et de bonheur pourront encore briller sur notre France.