‹ Les dévotes epistres de Katherine d'AmboiseChapitre 8 sur 11 · DEV · texte numérisé non relu

DEV

Par quoy je fus par l'ange separée, Et rejettée ès paradis terrestre , Comme j'ay diet, où il faict si bel estre.

Lu) ce n'estoit, quant bien je me recorde, Le doulz espoir de ta misericorde ,

De ta douleeur et grant benignité,

Veu que j'ay tant vers toy desmerité ,

Plus ne vouldroys vivre avec les humains.

Je m'occiroys de mes tremblantes mains ;

Je tacheroys villement me deffaire ,

Pour à mon vueil putre faict satisfaire.

NL, ais je sçay bien pour vray que prens plaisir À ceulr, qui ont douleur et deplaisir

De leurs pechés , et s'en vont repentant ,

0 bon Lhesus, las ! il m'en deplaist tant.

Tu voys mon cueur, et cognoys ma tristesse,

Et que bien sçay qu'a moy chose triste esse D'avoir ainsi soubdain , a la vollée ,

— xavii] —

Ma foy vers toy follement violée.

Our de cest cas et for faict me souvient, Comme transimon cueur tout froit devient, Recongnoissant ma faulte et mon offence, Ou n'y areplicque ny deffence ;

Ou envers toy je me puisse excuser ;

Mais au contraire il me fault accuser.

Ce que je fais par ceste espistre et lectre, Te pourmectant de jamais ne commectre , Mon seul Seigneur, et amy tres loyal,

En dit, ne faict, tour qui soit desloyal :

Mais l'obeyr, comme ta chaste espouse.

Et le mien cueur qui maintenant repouse Au souvenir des tres grans benefices,

Que tu n'as faict en lieu des mallefices,

À toy Lesus, non a aultre le livre ,

En protestant doresnavant de vivre

Tout a part moy, comme la tourterelle ; Laquelle vyt toute seulle a part elle ,

— Lai —

Quant son pareil elle a du tout perdu :

En attendant que le tribut rendu

Soil a la mort par moy, selon l'usaige

De cestuy monde et de l'humain liynaige.

Sans plus bailler mon cueur ailleurs qu'a toy. Te suppliant avoir pitié de moy,

Etme donner par amour et par don,

De tous mes maulz et ordz pechés pardon ; En me gardant de plus y retourner,

Sans que jamais me puisse destourner ; Mais te servir en ce monde fragile,

St bien a point, que mon esprit agille Tous les neuf creulr si puisse parvoller, Et purement aux nopces convoller,

Dont nous avons celebré fiansailles

Sur les saincts fons, et puis les espousailles Se par feront en ton eternel estre,

Ou pour bien faictz je conclus enfin estre.

Eu au lieu segrect de ta maison

De Lynières, ou souvent oraison

Te présenta Katherine d’Amboyse,

Que trouveras, autems quivient, courtoyse

Plus que jamais, moyennant tes appuys.

e suppliant, autant que faire puys,

Pour ce que suis de supglier indigne,

Que mon bon ange, ta creature digne,

Soit despeché de par toy promptement.

Au cueur r'auray joye par faictement

Que son retour n'aict faict a mon prouffiit.

À tant fays fin, car pour l'eure il suffit.

C “est de lamain non d'aultre que de celle Qui se maintient estre ta povre ancelle.

KATHERINE D'AMBOYSE.

Page 1