MON ADVOCATE, MA DAME, MAISTRESSE ET AMIE
px Royal, des Anges l'outrepasse, Plus radiant que rubbiz ne thopasse, Ouseray-je bien la hardiesse emprendre Te requerir, je doubte de mesprendre, Veu les pechés et esnormes deslitz,
Qu'ay perpetrés encontre ton cher filz.
Las! je sçay bien qui faict au filz nuysance, A la mère ne fait pas moindre offence.
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O, esl ainsi, pucelle de concorde , Qu'envers cestuy Chef de misericorde
Ay grandement mesprins el sans esqard.
À pardon si ne veult avoir regard,
Si de pardon il n'use en mon endrorct ,
Je confesse que trop mieulx me vauldroit En un abisme me jetter, pour tout veoir, Si que jamais nul ne me peust veoir, Comme proscripte de remission digne.
Mais prevoyant que toy, Vierge benigne , Peulz apaiser de ton benoist fil: l'yre, Ay entreprins devers Loy m'en affuyre, Ay entreprins mon cas Le raconter,
Tous mes forfaictz, sans ung en excepter.
Pour et affin que tu soys advocate
De l'ostinée et pecheresse ingrate,
Dont pour eschoir a te narrer mes faits, Mes ors pechez, sur tous aultres infaictz.
J aytransgressé tous les commandemens
De ton cher filz, de cela je ne mens.
Pour abreger, aucun je n'en excepte, Comme imprudente, a tout mal faire experte; Et dys, en oultre, si j'eusse peu pys faire, Plus qu'ostinée, remplie de mal affaire, Eusse enssuyvy ma fasson inconstante, Ma coustume orde , vicieuse et meschante.
Mon cas en brief pour l’eure je recite ;
La raison est, une epistre ay escripte
A ton doulx filz, qui tost sera par voye.
Tu y verras au long toute la voye
De mes emprinses, et comme j'ay vescu Jusques icy, sans plus long desbatu, Lubricquement, autant qu'on scauroit dire, Dont a part moy je larmoye et soppire.
Î, te plaira ladicte epistre veoir
Tout a loisir, amplement la prevoir Devant ton filz, tu en as bien l'audace, Pour el afin que de ta bonne grace
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Icelle veue, si support me veulz faire, Tu ayderas a mon excuse faire.
Toy presentant, a l'eure que livrée
Sera celle a ton filz deslivrée,
Me supportant affin que soit denuse
Ma coulpe esnorme, el que je soye renuse Au vray sentier de salut meritoyre,
Et preservée d'enchoir au lieu scabraire, Gouffre infernal, exempte de repos.
M... de paix , tu entens mon pourpos,
Ma povreté et mon impacience.
Impetres moy, s'il te plaist, allegence.
Au lieu celie tu es cherie, aymée
Du Dieu des dieux, sur toutes reclamwe.
D'estre esconduitte bien scay que tu n'as garde ; De me bien faire en cela ne retarde
Le Père, et Filz, et le sainct Esperit.
Je sçay de vray que chacun L'obeyt.
Ce que tu veulx parfaire en 1 ’aradis ,
— AAEV) —
Tost est par faict, el sans nuls contreditz.
Anges, Archanges, Throsnes, Principaultés, Chacun enssuyt tes dignes voluntés.
Sainctz et Sainctes, toute la lerarchye ,
Par devant toy ung chacun s'humilye Comme raison le veult et si l'ordonne.
PE ceste cause, Mère de Dieu tant bonne, Je sçays assés que pour avoir appuys, Remissions , certes mieulx je ne puys Qu'a toy venir, ainsi comme j ay faict.
Te plaise donc appaiser mon meffaict ,
Te plaisant fort de mon amendement ;
Je le t'assure sans doubte aucunement, La promesse je t'en fays sur ma foy.
Et pour enseigne , en l'asseurant de moy La partye noble, de mon corps la meilleur, Je la l'envoye : c'est mon doloreux cueur, Duquel feras, s'il te plaist, ung present A fon cher filz. mon bon ange present,
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Faisant tesmong, qu'en vouldra demander Du bon vouloir que j'ay de m'amender.
E, de l'ennuy que te donne et la pare, En ceste affaire , la povrette mondaine Soit exeusée , et le tout pardonne ,
De ce te prie l'esprit abendonné
Sans ton secours, suppliant d'abondance De pourchasser soubdaine deslivranre
A mon profict, que ne voye mon message.
Et de retour le myen triste visage
Sera tousjours jecté en contre bas, Comme esperdue, plaine de doubte , hélas !
De grans regrets et douleur vehemente, Assise au pied du mur de lonque attente.
A rens ceste charge, ma dame el ma maïstresse, À celle fin que tel dueil et tristesse
Gueres ne porte : tu en as le pouvoir :
Te plaise done a restuy ras pourvorr.
— xxavii] —
Et cela faict, mon ange retourné D'indulgence fourny et atourné, Jamais ne fut plus aise creature, Plus consolée, ce pourpos je l'assure.
Out de l'emprinse, ce n'est rien quant a toy; Mais elle est grande , et de prix quant a moy. Ce dont pourtant, quelque peur que je porte, Je ne fais doubte que mon courrier n'aporte Bonnes nouvelles ; luy mesme me l'afferme, M'ammonestant avoir mon esprit ferme
En esperance, et sans point desvyer ;
Plus ilm'a dit, que ne scauroys nyer,
A procurer, de cela se tient seurs ,
Misericorde pour les povres pecheurs.
0 deffective, quant ce pourpos escoutte
Suis en emoy, et que bien je le qouste !
Non une goutte de joye ne respendent
Mes povres yeulx, ung millier en descendent Tant nuyct que jour ; prevoyant ce grant bien
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A moy venir, j ay si qaillard maintien , Que si raison, hayneuse de desordre , Ne conduysoit mon esperit par ordre , Je me prendroys a dire la chanson
De moy aymée , aornée de plaisant son , Ou il y a: a l'ombre d'ung hussonnet , L'aurée d'une saullaye au matinet.
N, , de gayté mondaine qui chancelle Ne chanteroys ; mais de spirituelle ,
En contemplant ce mot de si hault pris :
Misericorde ou tous biens sont compris ; Misericorde dont maints fruictssont venus, Par son moyen en ce monde advenus.
Las! sans icel, sous le commun naufrage, Estoit perdu le povre humain lignage.
Sans icelle, de cela je ne ment
Chacun alloit a perte et dempnement.
NN. ay je donc cause d'ungtel en m'esjouyr ?
Sans par tristesse me veoir esbanouyr, Quant j apercoy que moy, povre esperdue, Par ort peché je m'etoye perdue,
Sans l'ainée fille demon Pèreet mon Dieu, Misericorde , bien aymée en tout heu.
Davantage tu es sa propre mère ;
Sans toy ne peult ordonner ne rien faire.
Tu peulx le tout, a cela je me fye,
Que ma povre ame par toy sera fulcye.
Et colloquée, maulgré les contredicts,
La sus au ciel, avec les beneditz,
Ou est repos, et gloire invariable , Felicité a tousjours permanable.
Q uen loy je n ay maparfaicte esperance, Et pour vray signe d'amour et souvenance Je l'envoye ung petit chant royal,
De moy comprins en langaige rural,
Que receporas, site plaist, doulcement.
St je ne touche de toy si haultement,
— xlj —
Qu'il L'apartient, excuse ta servante.
À ceste affaire trop plus qu'insuffisante.
Les saincts docteurs et orateurs ensemble, Mesmes les cieulx ne saroient, ce me semble, Toy hault louer à tant que peust suffire.
Cela je sçay, mais j'ay tousjours ouy dire :
Celuy qui faict son povoir, au surplus
De louenge ne doit estre forclus ;
Mais exalté en publie de chacun ,
Sans desdaigner, c'est proverbe commun.
Pour ceste cause et la raison preveue,
De Katherine d'Amboyse au vray congneur D'ung franc voulloir, en toute humulité, T'a bien voulu escrire ve traicté,
Comme le voys couché par inventoyre,
Te suppliant d'icelle avoir memoyre.
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