DE QUELQUES FAITS DE VOCABULAIRE
Les coïncidences de vocabulaire n'ont en général qu'une très petite valeur probante ; il n'y a pas de langues entre lesquelles on n'en puisse relever un certain nombre. Toutefois il en est qui prouvent, soit grâce à des circonstances spéciales, soit par suite de leur groupement.
La racine * bhcwd- signifiait proprement « pousser, croître ^), et ce sens est le seul qui s'observe encore en grec (çuaat, (sucriç, ouTcv, etc.) et en arménien [boys « plante », busanel « pousser »). Dans toutes les autres langues, la racine a, au moins dans quelques-unes de ses formes, la valeur de vei^be (( être », et elle vient compléter les formes que fournit la racine * es-, qui sont un présent ' skr. àsti, gr. sut, etc.) et un parfait fskr. àsa, 7,(1 ànha, hom. r^iv) ; de là les prétérits skr. âbbfit, v. si. by, bystn, lit. bùvo, V. irl. ro bôi, lat. juit. Un présent en * -îye- tient une grande place dans les langues occidentales : lat. fîô, fis sert à exprimer l'idée de « devenir » ; v. irl. bîu (3''pers. bîid) est le ver])e d'existence avec notion de durée; v. angl. bïo double le verbe com (îV), d où par contamination des deux formes, V. sax. bium, v. h. a. biiii ; de ce thème bien défini des trois langues occidentales, on rapproche quel({ues formes orientales moins claires : lit. bilÇi) <• il était », v. si. bi)>iî (sorte d'optatif), persan bîd " soyez ». Seuls, le grec et l'arménien restent indenmes de l'innovation qui a n\pproché * bbewJdu verbe « être ".
La racine * bhcudh- n"a i-ardé son sens matériel de « éveiller.
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s"é veiller » que dans une partie des formes de l'indo-iranien. du slave et du baltique ; partout ailleurs, on ne rencontre que des sens moraux tels que « faire attention à », sens qui sont les seuls attestés partout pour le thème * bhéudhe- (v. M.S.L., XIV, p. 361 ). Le sens matériel d" « éveiller» a dû être indo-européen commun et a disparu dans tous les dialectes occidentaux, v compris le «j^rec et l'arménien. Ceci se marque par l'emploi de mots diverg-ents d une lang-ue à 1 autre dans l'expression de cette notion : skr. jâgarti et gr. ï-^v.^i,), g'ot. ivakjan, lat. iiigilet expergiscor, arm. arthini « éveillé », --arthniiiii « je m'éveille », etc.
Deux g"roupes de coïncidences de vocabulaire sont à noter : 1" indo-iranien et balto-slave : 2^ italique, celtique et germanique.
I" Indo-iranien, slave et baltique (coïncidences déjà notées en partie ; v. Meillet, Gcniî if-accusatif, p. 94 etsuiv,).
v. si. Qogo) radi. cf. v. pers. {avahya) râdiy " à cause de (ceci) ».
V. si. sloi'O i-^ parole o et zd sravah- « parole » (la coïncidence de sens est caractéristique, par contraste avec gr. vXizz et skr. çràvah « gloire » ; .cf. v. si. slava, lit. s:(lové « gloire »),
V. si. bogil « dieu ». v. p. baga (il n'y a aucune raison de tenir le mot slave pour emprunté).
V. si. svefi'i « saint », lit. s:;yehtas, v. pruss. swinls^ zd sp^ntô (ici l'hypothèse de l'emprunt est exclue parla forme).