CHAPITRE I
M. Fick, dans son Dictionnaire étymologique, pose un vocabulaire de l'indo-iranien et un vocabulaire des langues eiu'opéennes en contraste l'un avec l'autre. Ce procédé a pu sembler admissible aussi longtemps qu'on croyait reconnaître un certain nombre d'innovations phonétiques et morphologiques qui auraient caractérisé l'européen, et qui se seraient produites postérieurement à la séparation de l'indo-iranien ; mais personne ne croit plus aujourd'hui à ces innovations proprement européennes. Dès lors, si l'indo-iranien se trouve ne pas posséder quelques mots qui sont bien attestés dans la plupart des langues de l'Europe, il n'y a rien là de caractéristique, ni qui suppose une antériorité de la séparation du groupe indo-iranien ; il n'est pas de langue indo-européenne à laquelle il ne manque certains mots qui se trouvent dans la plupart des autres ; par exemple, les noms indo-européens du « fils -> et de la (* lille ». (skr. siuu'ib et diibllà) manquent en italique et en celtique où ils sont renqDlacés par des mots nouveaux; et pourtant, il n'y a pas de mots plus généralement attestés sur l'ensemble du domaine.
Il est vrai que quelques-uns des termes qui manquent à l'indoiranien ont trait à des notions agricoles importantes : « labourer I) (lat. arâre), « moudre » (lat. mokrc), ou à des notions connexes, comme celle de « sel » ^lat. sâJ) \ mais on conçoit que les hommes qui ont transporté l'indo-iranien à travers r.Vsii- aient perdu quelques termes relatifs à l'agriculture, et
Dinlfilvs indo-curDpéens.
18 blALKCTKS l.\DU-i;i ROl'ÉENS
toute la valeur probante de la constatation a disparu depuis cpi'on a noté en indo-iranien le nom d'une céréale (skr. yâvah, zd yava-) et une formation d'une racine sig-niliant « moudre » (pers. ârd., hind. âtà « farine »). L'agriculture était pratiquée au moment où 1 indo-iranien s'est séparé, et la question d'un vocabulaire proprement européen n'a plus à se poser.
Mais on relève un assez grand nombre de mots qui, se rencontrant dans les dialectes du nord et de l'ouest : slave, baltique, germanique, celtique et italique, manquent dans les autres : indo-iranien, arménien, grec. Beaucoup de ces mots se l'apportent à des faits de civilisation, si bien que la coïncidence indiquerait un développement de la civilisation projare aux peuples qui ont répandu les dialectes du nord et de l'ouest.
Beavicoup de ces mots sont des termes d'agriculture :
c< semer » : v. si. sèti, lit. s'ùti^ g'ot. saian, lat. sen're isèuî) ; V. si. sème « semence », lit. sèmenys^ v. h. a. sà)}w, lat. sêmen. et V. irl. 5/7, g"all. had (cf. lat. satus). Le rapprochement du grec : 'îfj[j.i « j "envoie » est faux; on a vu depuis longtemps que 'ir,\u^ f/z.aest à lat. iaciô, iêch ce que t{0-/;;j.',, ïH-çaix est kfaciô,fècl. Le skr. stri « femme » n'a rien à faire ici ; dire que la c femme » a été nommée la « semeuse )) parce que, à un certain stade de civilisation, c'est la femme qui cultive la terre, est un simple jeu d'esprit ; du reste, on attendrait * scitn ou, tout au plus, * sitrl. Seul, arm. hund « semence )i, qui serait formé comme serund « descendance » à côté de serel « engendrer » pourrait peut-être être rapporté à * 5^- des langues du nord-ouest; mais la racine ne serait pas représentée par ailleurs en arménien, et l'on sait que d'ordinaire /;, issu de i.-e. * .f, ne se maintient pas dans cette langue; le rapprochement est donc très suspect ; et l'existence de * se- « semer » n'est certaine (juedans le groupe du nord-ouest.
« grain » : lat. grâniiin, irl. t^rân, gall. gnnvn (plur.), got. kauni, V. si. ■jQ-ûno (s. zrno)\ Ht. iirnis << pois »>. Le rapprochement avec skr. jïnjâh « vieilli », etc., est entièrement incertain ; même si on l'admet, il demeure que le sens de « grain >est limité aux langues du nord-oue.st, et une particularité de sens aussi définie suffit à caractériser un groupe.