II. HISTOIRE NATURELLE
parable à ces masses plasmatiques, mucilagineuses aussi d’apparence, qui constituent la phase végétative des Myxosporodies, masses au sein desquelles se produisent par des différenciations, des polarisations dans ce protoplasma, ces singuliers corpuscules, aux formes si curieuses, qu’on a appelés Psorospermiesl
S’il en était ainsi, la part de cette glaire dans le cycle biologique des Diatomées serait considérable. On pourrait faire un rapprochement saisissant entr’elles et un grand nombre de Sporozoaires dans lesquels on voit d’abord une masse protoplasmique constituer l’organisme tout entier, masse dans laquelle, plus tard, apparaissent, à la suite de processus plus ou moins compliqués, des corpuscules à forme définie, forme qui rappelle môme quelquefois celles de certaines Diatomées naviculaires à ce point qu’on a appelés ces corpuscules pseudo-navicelles .
Ainsi, pour fixer les idées, nous rappellerons brièvement l’évolution de ces bizarres Sporozoaires, si bien étudiés par M. Bütschli et surtout par M. Balbiani, et qu’on a désignés sous le nom de Myxosporidies :
Sur les lamelles branchiales de certains poissons, de la Tanche, par exemple, on voit de petites masses arrondies, ou bien allongées en boyau, quelquefois ramifiées, d’une matière plasmatique ou sarcodique, qui sont douées de mouvements amiboïdes, émetlant même, dans quelques cas, des expansions ou pseudopodes plus ou moins longs et fins. Souvent, comme on le voit aussi chez certaines Amibes, elles ne sont le siège que de mouvements de fluctuation se propageant tantôt dans un sens, tantôt dans l’autre, et qui se produisent sur place, sans déterminer de progressionde la masse plasmatique, parce que celle-ci repose sur un support solide. Si ces masses étaient flottantes dans un liquide, on conçoit que les ondes de fluctuation, formant comme une vague qui se propage^ pourraient leur imprimer un mouvement de translation dans un sens ou dans l’autre, suivant le sens de l’ondulation.
Ces masses sarcodiques grossissent peu à peu, et varient beaucoup de dimension suivant les espèces et la phase de développement, quelques unes ne dépassant pas 8 fx, d’autres atteignant jusqu’à 36 \ x.
Peu à peu, il se développe, dans leur intérieur, des globules d’une matière grasse colorée en jaune et des granulations qui prennent le caractère de noyaux et qui se multiplient, grossissent, et, à la suite de transformations encore mal connues, acquièrent une forme elliptique, s’enveloppent d’une membrane solide ou coque transparente et constituent ce qu’on a appelé une psorospermie ; ces corpuscules doivent être considérés comme des corps reproducteurs ou spores.
Ces psorospermies, qui correspondent chez les Myxosporidies aux corpuscules que chez d’autres Sporozoaires, les Grégarines et les Goccidies, on a appelés pseudo-navicelles à cause de leur forme naviculaire, sont de petits organismes très compliqués.
La coque est formée de deux valves appliquées l’une contre l’autre,
comme les deux moitiés d’une coquille de noix, et la ligne de suture est visible quand on examine le corpuscule par la tranche (ou par la face connective, comme on dirait pour une Diatomée). Chaque valve est garnie, tout autour de son bord, d’une fine bande ou ruban tellement appliqué contre ce bord qu’il est impossible de le voir, si ce n est au moment de la déhiscence de la psorospermie.
De plus, à l’un des pôles du corpuscule et dans son intérieur, se trouvent deux vésicules qui contiennent un filament enroulé ; on peut faire sortir de la psorospermie, à l’aide de certains réactifs, ces deux filaments qui sont deux ou trois fois plus longs que la psorospermie elle-même. Au dessous de ces deux vésicules sont deux granules brillants, vésicules polaires en expectative, et, au centre du corpuscule, un amas protoplasmique au milieu duquel est un noyau.
Telle est la période végétative de la Myxosporidie de la Tanche, période dans laquelle, au sein d’une masse protoplasmique à peu près amorphe, se forment des corpuscules figurés, très compliqués, mais que l’on peut néanmoins considérer comme de simples cellules constituant les corps reproducteurs et dont la formation inaugure la période reproductrice.
Poursuivons donc cette analyse et voyons comment se clôt cette dernière période et se ferme le cycle biologique de ces singuliers organismes.
A un certain moment, la psorospermie ou spore ayant atteint sa maturité, les rubans ou bandes connectives se décollent du bord des valves, sauf par un point situé au pôle postérieur, et l’on voit alors qu’elles sont très longues et se prolongent en un filament pointu ou arrondi. Deux psorospermies voisines se saisissent, pour ainsi dire, l’une l’autre par leurs filaments et s’accrochent à l’aide de ces organes préhenseurs; ceux ci, faisant alors ressort élastique, amènent la déhiscence des valves de chaque psorospermie qui s’écartent, mettant en liberté le globule protoplasmique intérieur. Que se passe-t-il alors? Sans doute une conjugaison par fusion ou échange des globules protoplasmiques intérieurs ; — on n’est pas encore fixé d’une manière certaine sur ces phénomènes qui sont très difficiles à suivre. Toutefois, on sait que les vésicules à filament spiral se vident, les filaments sortent et se raidissent, contribuant à fixer le corpuscule à la place qu’il occupe, jusqu’à ce que le globule protoplasmique intérieur, à la suite de l’espèce de fécondation qu’il vient de subir, s’anime tout-à-coup de mouvements amiboïdes et sorte de la psorospermie à travers les valves écartées. Or, une fois libre, cette petite masse protoplasmique n’est autre chose qu’une nouvelle Myxosporidie qui va grossir peu à peu et au sein de laquelle vont se passer les mêmes phénomènes que nous avons décrits.
Encore une fois, nous ne voulons pas établir une assimilation complète des Diatomées et des Sporozoaires, mais nous cherchons si les faits