II. HISTOIRE NATURELLE
forme une masse amorphe, une phytoglée , composée d’une substance glaireuse semblable à celle dont sont enveloppées beaucoup d’ Algues inférieures, Palmellacées, Nostocacées, Yolvocinées, etc.
C’est dans une couche de cette glaire, qui ordinairement devient plus abondante et foisonne pour la circonstance, que s’opèrent les phénomènes de la reproduction sexuelle et de la formation des germes observés par M. Matteo Lanzi. Il peut même arriver que les thalames à forme définie, comme le pédicelle des Gomphonema , se transforment en une large expansion hyaline aux bords de laquelle, le phénomène de la reproduction accompli, poussent les pédicelles filamenteux qui portent les jeunes frustules (1).
Chez beaucoup d’espèces, le thalame mucilagineux est moins évident. Néanmoins, quoique réduit à une couche très mince, et peu visible, d’ailleurs, en raison de sa grande transparence, il n’en existe pas moins. Ainsi, chez toutes les Diatomées qui affectent la forme filamenteuse, comme les Melosira , les üimantidiiim , et une foule d’autres, les frustules demeurant accolés les uns aux autres au fur et à mesure qu’ils se forment par des divisions successives, il est certain que ces frustules restent adhérents parce qu’ils sont enduits, notamment sur leurs faces de contact, d’une couche extérieure agglutinative, qui est formée par la matière hyaline du thalame.
La même observation peut se faire pour les Diatomées dont le frustule est triangulaire, comme les Meridion et les Licmophora , frustules qui, restant accolés après des divisions successives forment, non seulement des cercles, mais des figures spirales comme une vis.
Et, de même encore pour les espèces dont les frustules restent accolés par un de leurs angles, comme les Tabellaria. En général, chez celles-ci, il est assez facile de voir la petite masse ou coussinet de substance hyaline qui sert à fixer l’angle d’un frustule à l’angle du frustule voisin.
Enfin, même chez les espèces dont les frustules paraissent libres et isolés, il est certain qu’il existe sur toute la surface extérieure une couche de substance transparente, ordinairement très mince, mais dont il est néanmoins facile de vérifier la présence et qui, par exemple, masque partiellement ou complètement à l’œil de l’observateur les détails, stries et sculptures dont est ornée la surface siliceuse des valves qu’elle recouvre. C’est cette couche agglutinative externe qui fixe les Diatomées libres sur les plantes, les pierres, et, en général, tous les corps qui leur servent de support. 11 faut qu’on la détruise pour pouvoir reconnaître les détails de structure du frustule.
Nous pensons donc qu’à l’état normal et complet, l’entité biologique qu’on appelle une Diatomée se compose d’un thalame plus ou moins volumi-
(1) Matteo Lanzi — Le thalle des Diatomées (Bull, de la Soc. belge de Microscopie, 1880. — Journal de Micrographie, 1880.)
neux, à forme définie ou à forme indéfinie, et d’un ou plusieurs corpuscules cellulaires ou frustules. Le tout forme le, thalle de la plante.
Et nous sommes convaincu que c’est en considérant les caractères généraux de ce thalle tout entier, comme on le fait pour les autres Thallophytes, et les modes de fructification, quand on les connaîtra mieux, qu’on arrivera à une classification vraiment naturelle des Diatomées.
Certains frustules présentent une structure et un aspect identiques, mais les uns appartiennent à une espèce possédant un thalame évident, filiforme ou tubulaire, tandis que les autres appartiennent à une espèce n’ayant qu’un thalame réduit à une mince couche péricellulaire. De sorte que si l’on examine les frustules de la première espèce, alors qu’ils sont dépourvus de leur thalame, par suite d’un accident ou par les progrès de l’âge, on est exposé à les confondre avec ceux de la seconde espèce. Et, inversement, un même frustule, suivant qu’il est encore adhérent à un thalame défini ou qu’il en est débarrassé, peut être rangé dans deux espèces différentes.
Quelle importance doit-on donc donner au thalame des Diatomées soit dans la classification, soit dans les phénomènes qui constituent la vie de la plante?
Ce sont là des questions très complexes et auxquelles nous n’avons encore à répondre que d’une manière très peu satisfaisante.
Au point de vue de la classification des espèces, il est évident que les notions tirées du thalame sont de peu de ressources. Quand celui-ci est bien défini, d’une constatation facile dans la majorité des cas, comme les thalames pédicellaires ou tubulaires, il est certain qu’il peut fournir des caractères pour la distinction des espèces. On s’en est servi, en effet, dans les classifications en usage aujourd’hui. Néanmoins, comme nous venons de ie montrer, ces caractères sont dangereux à l’emploi quand il s’agit de déterminer des frustules qui se sont libérés de leur thalame. Et quand celui-ci se réduit à la mince couche pelliculaire qui revêt le frustule de toutes les Diatomées, il est difficile, quant à présent, sinon impossible, d’y chercher des caractères. Nous pensons donc qu’actuellement on a tiré du thalame, au point de vue taxonomique, à peu près tout le parti qui était possible.
Quant au point de vue biologique, l’importance du thalame des Diatomées varie beaucoup avec la constitution qu’on peut * lui supposer. N’est-ce qu’une simple matière inerte, destinée à servir de support et d’enveloppe protectrice au frustule, comme celle qui enveloppe beaucoup d’ Algues inférieures, les Palmella, les Nostoc,\es Gonium, les Volvox, etc., où elle ne paraît remplir qu’un rôle mécanique de protection et de réunion pour les cellules vivant en colonies? S’il en est ainsi, son importance est secondaire. C’est un simple coléoderme , comme l’appelait Brébisson.
Mais, au contraire, remplit-il une fonction plasmatique? Intervient-il à certains moments, comme élément formateur? Est-il, par exemple, corn-