XII. DESCRIPTION
que côté de la valve entre la carène et chacun des bords, elles suivent de loin la courbure de la carène elle-même, comme on le voit sur la face valvaire de YAmphiprora alata, Ehb. (Fig. 266.)
On comprend, d'après cette disposition, que si l’on examine sous un grossissement suffisant, 300 diamètres par exemple, surtout avec un objectif à grande ouverture numérique, la face valvaire d’une de ces espèces, il faut faire varier la mise au point pour voir la ligne de faîte de la carène, et la surface même de la valve. Ces parties ne se trouvent pas du tout au même niveau, et la quantité dont il faudra abaisser l’objectif, quand il a été mis au point sur la crête de la carène, pour le mettre au point sur la surface de la valve, permettra d’apprécier la hauteur verticale de la carène.
De même, lorsqu'on examine dans des conditions semblables la face connective, laquelle a, comme nous l’avons dit, la forme d’un 8, dans ces espèces, toutes les parties du frustulo ne viennent pas au point en même temps; les deux carènes, celle de la valve droite et celle de la valve gauche, ne sont pas visibles en même temps, et cha-
Fig. 268. — Coupe de YAmphiprora baltica, Pf. (d’après Pfitzer).
cune n’apparaît au point que pour une de ses moitiés, par exemple la demi-carène supérieure droite avec la demi-carène inférieure gauche, et la demi-carène supérieure gauche avec la demi-carène inférieure droite. En effet, en raison de la torsion en S de ces carènes, les deux arcs qui Composent chacune d’elles ne sont pas dans le même plan.
Nous insistons peut-être trop longuement sur ces détails pratiques, mais nous le faisons parce que c’est grâce à eux que l’on arrive à se rendre bien compte de la forme souvent compliquée de ces espèces.
C’est qu’en effet, la complication de ces frustules peut être encore plus grande. C’est ce qui a lieu, par exemple, dans YAmphiprora paludosa , W. Sm, où l’on voit non-seulement une carène tordue en S, mais le frustule lui-même tordu autour de son grand axe, de telle sorte que le demi-frustule supérieur et le demi-frustule inférieur sont dans des plans perpendiculaires l’un à l’autre et que si, par exemple, le premier est dans un plan orienté de l’est à l’ouest, le second est dans un plan orienté du nord au sud.
On conçoit que, par cette torsion, la zone connective se trouve considérablement resserrée et que, par conséquent, la couche d’endochrôme qui la double en dedans a ses deux lames appliquées l’une sur l’autre, si bien qu’en n’en voit qu’une. Voici, d’ailleurs, ce que dit M. Paul Petit à propos de cette Diatomée :
« Cette espèce, en forme de 8 de chiffre, est tordue de telle façon « que la moitié supérieure se trouve à angle droit avec l’inférieure, « et, de plus, elle a les valves si repliées qu’il existe fort peu d’es- « pace entre les deux côtés de la zone. On comprend alors que les « deux parties de l’endochrôme se soudent entre elles et que l’œil ne « perçoive plus qu’une seule lame. C’est précisément à cause de « cette disposition anormale que M. Pfïtzer sépare Y Amphiprora « paludosa , W. Sm., des autres espèces, tandis que je n’y trouve « qu’une simple modification de l’endochrôme établissant le passage « au groupe des Nitzsciiiées, dont l’endochrôme formé d’une seule « lame est placé diagonalement dans le frustule. (1) »
Mais toutes les espèces ne présentent pas une forme aussi complexe et il en est de beaucoup plus simples, qui ne sont point tordues quoique ayant une carène sigmoïde, et d’autres, même, qui ont la carène droite. Toutes, d’ailleurs, montrent sur les valves des stries transversales, dont les perles s’alignent quelquefois distinctement en stries longitudinales.
Ainsi, nous pouvons définir les Amphiprorees comme des Diatomées à frustules naviculoïdes ayant un endochrôme disposé en deux lames, comme dans les Naviculees, des valves bombées parcourues par une carène, droite ou sigmoïde, accompagnée de chaque côté par une ligne saillante placée entre la carène et les bords de la valve, Il y a deux nodules terminaux et un nodule médian situés sur la surface de la valve et aussi sur la carène, qui s’abaisse aux extrémités et au milieu pour rejoindre les nodules, formant ainsi deux arcs internodulaires plus ou moins saillants. D’où il résulte que, vu par la face connective, le frustule paraît plus ou moins contracté en 8, au niveau du nodule médian. Les valves sont striées transversalement.
La carène peut être droite dans sa direction, quoique formée de deux arcs internodulaires situés dans un même plan, Les espèces ainsi constituées sont les Amphiprora (Ehb.) proprement dits.
La carène peut être sigmoïde parce que les deux arcs qu’elle forme ne sont pas dans un même plan et s’inclinent l’un d’un côté, l’autre de l’autre côté. C’est le sous-genre Amphitropis.
Nous réunissons ces différentes formes, ainsi que le sous-genre
(1) P. Petit, Essai d'une Classification des Diatomées . [Bull, de la Soc. bot. de France , T. 23 et 24, 1877. — page 10.)