MOUVEMENTS DES DIATOMÉES
Un grand nombre de Diatomées sont douées de mouvements propres, et particulièrement celles dont les frustules affectent une forme allongée ou en nacelle, comme les Navicula , les Pinnularia et beaucoup d’autres. Il ne s’agit pas de ces vibrations moléculaires dont sont douées les très fines particules, même minérales, suspendues dans un liquide et, qu’on appelle mouvement brownien , mais d’une motilité autonome, qui semble même spontanée et volontaire. Cette propriété n’a pas peu contribué jadis à faire classer ces espèces parmi les animalcules infusoires.
Si l’on dépose sur le porte-objet une goutte d’eau tenant en suspension plusieurs Navicula vivants, on les voit aussitôt se mettre en mouvement et se diriger tous, comme autant de petites nacelles, dans un sens différent, ce qui prouve que le mouvement n’est pas dû à un courant établi dans le liquide. La translation se fait toujours dans le sens de la longueur du frustule. Souvent, d’ailleurs, le petit corps, après s’être avancé dans un certain sens, s’arrête, comme hésitant, et repart en sens contraire. La plupart du temps, il va, pour ainsi dire, aveuglément, se jetant sur les obstacles qui se trouvent devant lui, et c’est alors que, d’ordinaire, il rebrousse chemin ; mais quelquefois, cependant, il parait se détourner, comme par un secret instinct, des corps qui peuvent l’arrêter. Cet effet, peut être dû à une petite différence dans la densité de l’eau qui se trouve un peu condensée, dans une certaine zone automnes corps immergés, par un effet d’attraction moléculaire ou capillaire.
Les Diatomées qui vivent associées en groupes sous forme de filaments, d’arborisations ou d’éventails peuvent aussi exécuter ces mouvements si, pour une cause quelconque, leurs frustules deviennent libres. Des espèces dont les frustules sont enfermés dans un tube gélatineux se meuvent aussi, c’est-à-dire que les frustules se déplacent dans l’intérieur du tube, ce qui démontre, par parenthèse, que, chez ces espèces au moins, le thalame est réellement tubuleux, ne contenant dans son intérieur que de l’eau ou une matière beaucoup moins dense que celle dont est formée la paroi.
Une des espèces les plus célèbres parmi les Diatomées mobiles est le Bacillaria paradoxa , l’ancien Vibrio paxillifer de O. -F. Müller; cette espèce est composée de plusieurs frustules en bâtonnets, disposés parallè-
lement les uns aux autres de manière à former une sorte de tablette quadrangulaire . Bientôt, le premier bâtonnet glisse le long du second, parallèlement à sa direction, et s’arrête quand il ne touche plus la tablette que par une de ses extrémités. Puis, le second bâtonnet, imitant le premier, va le rejoindre en glissant sur le troisième ; puis, le troisième va se placer sous le second, le quatrième sous le troisième, et ainsi de suite jusqu’à ce que tous les frustules se soient déplacés. La tablette s’est ainsi avancée latéralement de toute sa largeur. Alors, le premier bâtonnet recommence son mouvement, mais en sens inverse, et reprend la position qu’il occupait d’abord; le second le suit, puis le troisième, et tous les autres. Et le phénomène se reproduit ainsi indéfiniment.
Depuis bien longtemps on cherche l’explication de ces singuliers mouvements des Diatomées. La première idée a laquelle on a dû songer naturellement, en voyant tant d’infusoires se mouvoir à l’aide de cils vibratiles, a été d’admettre aussi chez les Diatomées la présence de cils vibratiles plus ou moins fins. Certains auteurs ont affirmé les avoir vus, soit naissant à la surface du frustule, soit sortant du protoplasma intérieur par des pores de la carapace.
Malheureusement, aucun observateur moderne n’a pu réellement constater l’existence ni le mouvement de ces appendices. On a bien vu à la surface de certains frustules une croûte hyaline plus ou moins irrégulière et présentant en divers endroits comme de petites pointes. Mais ces pointes, plus ou moins longues, outre qu’elles n’existent pas sur tous les frustules d’une même espèce et qu’elle n’ont pas de positions constantes, n’ont jamais manifesté de mouvements ciliaires ni vibratiles. Aussi, les considère-t-on seulement comme des productions parasitaires.
L’explication par les cils vibratiles étant généralement repoussée, on a dû, non moins naturellement, penser à l’endosmose, car on sait que l’ère de l’endosmose a succédé dans la science à l’ère des cils vibratiles. On a donc dit que les mouvements des Diatomées sont produits par des courants endosmotiques qui s’établissent, par les pores et les fentes que présentent le frustule, entre l’eau ambiante et le liquide protoplasmique intérieur.
C’est encore à cette explication qu’on s’arrête le plus généralement aujourd’hui et c’est, à notre avis, un tort, car cette explication a un défaut grave : elle n’explique rien du tout. Des « courants endosmotiques » , c’est un mot dont on se paie pour ne pas être obligé de chercher autre chose. Cela ne serait une explication que si l’on montrait comment ces courants agissent pour produire un certain mouvement, et, un instant après, pour produire le mouvement inverse. Des courants endosmotiques ne peuvent ainsi changer de sens d’un moment à l’autre.
Aussi, beaucoup d’auteurs, sentant tout ce que cette prétendue explication a d’incomplet, ont cherché à étudier de plus près les mouvements des Diatomées, et nous ne pouvons citer ici tous les raisonnements plus ou moins compliqués qui ont été mis en avant pour arriver à une explication