II. HISTOIRE NATURELLE
qui explique. Nous devons toutefois citer M. Hamilton L. Smith qui a employé le procédé bien connu des milieux colorés. Il a répandu dans l’eau où nageaient des Pinnularia , espèce à forme naviculaire, de l’indigo tel que l’emploient les aquarellistes. Cette matière colorante n’est pas, on le sait, réellement soluble dans l’eau, mais s’y répand en particules extrêmement fines qui donnent à l’eau une teinte bleue fort intense, et que l’on distingue au microscope.
Il a vu ainsi que quand la Diatomée s’avance dans un certain sens, les particules d’indigo s’amassent au niveau du nodule central des valves, en formant une petite masse arrondie tournant sur elle-même, comme si elle était soumise à un « petit jet d’eau » sortant de la valve à cet endroit. Chacune de ces petites sphères tourbillonnantes, après avoir acquis un certain volume, se désagrège et les particules qui la composent sont chassées le long des valves, d’avant en arrière, pour s’accumuler derrière l’extrémité du frustule qui, dans la progression, est en arrière.
Si le mouvement de la Diatomée se renverse, les particules d’indigo sont chassées en sens contraire, c’est-à-dire toujours de la partie médiane vers l’extrémité du frustule qui est en arrière, dans le mouvement. Ces particules vont donc toujours comme si elles étaient soumises à un courant allant d’avant en arrière et se renversant, par conséquent, lorsque le mouvement se renverse.
C’est un résultat auquel, en somme, on devait s’attendre, mais c’est un effet, et l’on ne connaît toujours pas la cause.
Mais cette expérience a permis de constater, d’une manière bien nette, l’existence, à la surface du frustule, d’une couche d’une substance hyaline qui ne se laisse pas pénétrer par les grains d’indigo et forme une zone incolore entre la surface du frustule et le liquide ambiant chargé de particules bleues. C’est ce que nous avons appelé le thalame.
M. K. L. Smith a même fait la contre épreuve, c’est-à dire qu’il a coloré la couche hyaline en une nuance assez vive de manière à la mettre encore mieux en évidence. En ajoutant, dans l’eau où nagent les Pinnularia, une très petite quantité de rouge d’aniline soluble, il a vu la matière colorante se concentrer dans la couche hyaline périfrustulaire et la colorer en rose vif, alors que l’eau de la préparation était elle-même à peine teintée.
Nous avons fait la même expérience avec de l’éosine, matière colorante pour laquelle la substance hyaline périfrustulaire présente une affinité aussi grande que pour le rouge d’aniline. L'observation de M. H. L. Smith est peu exacte quant au mouvement des particules en suspension dans le liquide, mais la coloration rose se produit immédiatement, et, comme l’a constaté aussi M. H. L. Smith avec le rouge d’aniline, le mouvement de la Diatomée est instantanément arrêté.
On aurait donc ainsi démontré, à l’aide d’un réactif colorant du protoplasma, l’existence d’une couche extérieure de proloplasma, invisible dans les conditions ordinaires, a cause de sa minceur et de sa transparence. —
Cette couche a, d’ailleurs, été reconnue dans un assez grand nombre de cas, et il est possible que ce qu’on regarde souvent comme une production parasitaire sur certains frustules ne soit que cette couche accidentellement épaissie de protoplasma externe.
Protoplasma externe , tel est, en effet, le nom qu’ont donné plusieurs auteurs à celte couche hyaline périfrustulaire. Or, cette couche, avons nous dit, c’est le thalame du frustule.
Pour nous, toutes les Diatomées vivantes et complètes possèdent cette couche plus ou moins épaisse et régulièrement disposée. Si certains frustules libres ne la présentent pas, c'est qu’ils l’ont perdue, comme la psorospermie sortie de sa gangue myxosporidique, comme la graine sortie du fruit, comme la pomme tombée du pommier.
Mais si les frustules sont revêtus d’une couche de nature protoplasmique, n’est-il pas possible que cette couche soit douée, comme l’est tout protoplasma, de mouvements propres, de contraction, de dilatation, d’ondulation, comme on en voit dans beaucoup de cellules, dans les Amibes, dans les masses myxosporidiques ?
Et, si à la surface d’un frustule naviculaire, c’est-à-dire facilement mobile, le thalame protoplasmique éprouve un mouvement de contraction ou d’ondulation, ce mouvement ne déterminera-t-il pas la progression du léger frustule flottant au sein du liquide, dans un sens opposé, et le rejet des particules solides qui viennent le toucher, sur les côtés ou vers l’arrière ?
N’est- ce pas, d’ailleurs, un phénomène presque constant dans les mouvements protoplasmiques que ces changements subits dans le sens du mouvement? — Quand on observe la marche des granulations dans les pseudopodes d’une Amide, ne les voit-on pas entraînées d’abord dans un certain sens par le courant protoplasmique, s’arrêter, puis rétrograder, le courant qui les emporte ayant changé de sens? Ces mouvements d’ondulations, comme une vague qui va et vient, ne sont-ils pas caractéristiques de certains organismes formés presqu’uniquement d’une masse de protoplasma, comme beaucoup de Rhizopodes, les Pelomyxa , certains Rhizoflagellés, etc. ?
N’est-ce pas, chez certains d’entr’eux, comme chez les Acanthomètres, le protoplasma extérieur, entourant le squelette minéral, qui est chargé d’accomplir tous les mouvements dont est doué l’animal?
Et la preuve que ce serait bien à leur thalame protoplasmique, c’est-à-dire au protoplasma extérieur qui les entoure, que les Diatomées à frustules locomoteurs devraient leurs mouvements, c’est que si l’on détruit ce protoplasma, le désorganise, le coagule, par exemple, en le traitant par une matière colorante qui contracte avec lui une combinaison, immédiatement les mouvements de la Diatomée sont paralysés. Le protoplasma externe et nu, avide du réactif colorant contre lequel il n’est pas protégé, se combine aussitôt avec lui, se colore et, tué, perd sur l’heure ses propriétés ; — et cela, bien avant que le proloplasma intérieur du frustule, défendu par