II. HISTOIRE NATURELLE
§ 5. - RÉVIVISCENCE DES DIATOMÉES
Pendant les chaleurs de l’été, la plupart des fossés et des mares qui contenaient des Diatomées se dessèchent et restent quelquefois pendant de longs mois dans un état de dessication complet; certaines de ces Algues vivent dans la mousse des arbres et des murailles, exposées aussi à de fréquentes périodes de dessication, et cependant, aussitôt que revient l’humidité, aussitôt que les pluies ont rendu de l’eau aux fossés, de la fraîcheur aux mousses et à lecorce des arbres, on y retrouve les Diatomées vivantes comme auparavant.
Il était naturel, dès lors, de se demander si la dessication tue définitivement les Diatomées. On n’a jamais constaté, en effet, qu’elles aient la propriété de s’enkyster, comme le font les Infusoires et d’autres protorganismes, ce qui permet à ceux-ci de résister, dans leur kyste, à toutes les influences climatériques. L’enkystement, il est vrai, est une propriété qui ne paraît guère appartenir qu’à des organismes doués de caractères plus ou moins manifestes d’animalité, mais il est remplacé chez les végétaux inférieurs par la formation de spores dormantes , dans la coque desquelles le protoplasma végétal conserve sa vitalité, à l’abri des intempéries, comme l’Infusoire dans son kyste.
Or, on n’a pas constaté la formation de ces spores dormantes chez les Diatomées. Il était donc possible que les Diatomées eussent, comme certains animalcules microscopiques, les Rotifères, les Tardigrades, diverses Anguillules, la propriété de résister à une dessication complète, c’est à dire de pouvoir récupérer, après avoir été complètement desséchées, l’eau qu’elles ont perdue et de renaître à la vie.
C’est ce que M. P. Petit a résolu d’éclaircir par quelques expériences positives (1). Il a laissé sécher dans des vases de terre, à l’abri de la poussière, pendant 6 et 8 mois, des Diatomées vivantes avec leurs substratum vaseux.
Examinant alors les frustules, il a vu que beaucoup étaient vides et par par conséquent morts, mais d’autres avaient conservé dans leur intérieur, à l’une de leurs extrémités, quelques granulations brunes, restes de l’endochrôme desséché.
Il a alors ajouté dans les vases de l’eau distillée, filtrée et aérée, et les a exposés à la lumière directe du soleil. Il a vu que, dès le quatrième jour, les granulations brunes avaient grossi et repris leur couleur jaune na-
(1) P. Petit. — La dessication fait elle péri r les Diatomées. (Journal de Micrographie, 1877, p. 242).
turelle. Le lendemain, le plasma avait repris environ la moitié de son volume. Le huitième jour, les frustules avaient recouvré leur aspect ordinaire et l’endochrôme sa disposition caractéristique pour chaque espèce . Les Navicula avaient retrouvé leurs curieux mouvements et bientôt commençaient à se multiplier par division, comme si rien d’anormal ne leur était arrivé.
D'après les expériences de M. P. Petit, pour que la réviviscence puisse se produire, il faut que la dessication ne soit pas trop brusque. C’est, d’ailleurs, ce qui arrive aussi pour les Rotifères et autres animalcules réviviscents. Ainsi, les Diatomées qui se dessèchent lentement dans la vase retrouvent leur vitalité, tandis que celles qui sont à découvert sont ordinairement saisies par une dessication trop rapide et se désorganisent complètement.
C’est cette dessication lente qui se produit dans la vase des fossés et dans lesmares.il n’est donc pas étonnant que, pendant la saison humide, on voie apparaître, presque subitement, des Diatomées, là où on en aurait vainement cherché pendant la sécheresse.
Du reste, sans faire les expériences démonstratives qu’a réalisées M. Paul Petit, nous avions remarqué déjà, qu’après avoir laissé longtemps sèches, faute de penser à y ajouter de l’eau, des Diatomées que nous conservions dans des verres sur notre fenêtre, nous les trouvions toujours vivantes toutes les fois que nous leur rendions l’eau nécessaire.
D’autre part, M. F. Habirshaw, en Amérique, avait constaté le même fait en 187 i. 11 était connu depuis assez longtemps par plusieurs diatomistes, notamment par M. J. Deby. —Néanmoins, il n’avait pas été constaté scientifiquement avant les expériences de M. P. Petit (1).
Ajoutons que malgré les précautions qu’on peut prendre, comme une dessication pas trop brusque, pour obtenir la réviviscence des Diatomées, toutes les espèces, et même tous les individus d’une même espèce, sont loin de se prêter avec la même facilité à cette expérience. — Il en est de même, d’ailleurs, pour les Rotifères et les autres animalcules qui présentent cette propriété.
(1) J. Pelletan. — La Réviviscence des Diatomées. (Journ. de Micrographie , 1878, p. 124).