RECHERCHE ET RÉCOLTE DES DIATOMEES
§ I. — Les Diatomées dans la Nature.
Les Diatomées existent dans toutes les eaux, les eaux douces, les eaux marines, les eaux saumâtres et même les eaux thermales, mais non dans les eaux putrides. Il est bien évident, toutefois, que ce n’est pas au milieu du courant des fleuves et des grandes étendues d’eau qu’il faut aller les chercher ; c’est, souvent mêlées à desDesmidiées, sur les bords, les pierres, les plantes aquatiques, et tous les corps submergés, qu’on les trouve, formant un enduit plus ou moins mucilagineux, d’une couleur brunâtre ou d’un vert olive foncé. Cette couche brune se voit souvent à la surface de la vase dans les mares, les flaques abandonnées par les pluies, les fossés, au bord des étangs, sur les rochers des plages marines, les bois des estacades; souvent aussi, elle flotte à la surlace des eaux, dans les écumes soulevées par un dégagement de bulles de gaz.
Bien qu’on rencontre les Diatomées sur les objets baignés par les eaux dormantes, elles ne redoutent pas les courants les plus rapides, alors qu’elles trouvent un support solide. C’est ainsi quelles s’attachent aux pierres et aux bois qui forment la marge des barrages ou des cascades, et partout, en un mot, où elles trouvent de l’eau ou une humidité suffisante, et un support ou un abri. Elles se fixent sur les algues, les conferves, toutes les plantes des rivages. Il en est même qui vivent dans la mousse humide sur le tronc des arbres, les rochers et les murs, surtout à l’exposition du nord. On les a appelées Diatomées terrestres.
Comme, d’ailleurs, elles résistent fort longtemps à la dessication, on les trouve aussi sur les fonds des marais, des ornières, des fossés laissés à sec depuis plus ou moins longtemps. Elles forment, sur la vase à demi desséchée de ces fonds, la couche brune que nous avons indiquée et qui est caractéristique de leur présence.
Dans toutes ces localités, on les trouvera à l’état vivant, mais on les rencontrera aussi en grande quantité à l’état de frustule privé de matière organique, ou même à l’état fossile, dans des gisements qui s’étendent souvent sous des contrées tout entières.
C’est ainsi que, les algues ou les animaux marins servant de nourriture aux oiseaux de mer, elles sont absorbées par ceux-ci avec les plantes sur lesquelles elles se font fixées ou avec les animaux qui les ont avalées. Comme leur carapace siliceuse est tout à fait insoluble dans les acides et dans les liquides gastriques, leur protoplasma, leur endochrôme, toutes les matières organiques qui entrent dans la constitution de leur cellule sont digérées par les oiseaux, mais les carapaces siliceuses se retrouvent dans les déjections. C’est dire quelles existent en grande abondance dans les guanos qui sont des amoncellements d’excréments laissés, depuis des siècles, par les oiseaux marins, sur certaines îles où ils ont pris, de génération en génération, l’habitude de se remiser.
Quant aux Diatomées fossiles, elles forment, comme nous l’avons dit, des gisements considérables, des couches géologiques tout entières. Les tripolis, dont on se sert pour le polissage des métaux, sont presqu’enlièrement composés de leurs débris auxquels ils doivent la finesse et la dureté de leur grain. Le gisement de cette nature le plus anciennement connu est, à ce que nous croyons, celui des marais tourbeux de Franzensbad, près d’Eger, en Bohême, dont la terre siliceuse a été reconnue par Fischer comme formée de fruslules de Diatomées. Ehrenberg vérifia cette assertion et constata que ces frustules appartenaient à des Navicula viridis et N. major. Ce fut la première découverte de Diatomées fossiles. Bientôt, il fut reconnu que la terre siliceuse ( Kieselguhr ) de l’Ile de France, la farine de montagne ( Bergmehl) de Santa-Fiora, en Toscane, qu’on avait parfois mêlée à la farine ordinaire pour en faire du pain, étaient composées de frustules de Diatomées. L’immense couche de tripoli [P o tirs chie fer) de Bilin, en Bohème, exploitée sur une profondeur de 40 mètres est formée de carapaces de Melosira, aussi bien que le dépôt de Planitz, en Saxe.
D’autres dépôts ont été trouvés à Lünebourg, à Ostie, à Oran, en Espagne, dans le Jütland, au Japon. En France, on a rencontré des gisements composées d’espèces marines dans les terrains tertiaires. La détermination des espèces de Diatomées fossiles permet donc de préciser la nature des alluvions, et cette détermination est facile, car la plupart de ces espèces se trouvent encore vivantes de nos jours.
C’est ainsi que l’on retrouve « des preuves évidentes, dit M. J. Girard, du séjour des eaux dans des dépôts recouverts aujourd’hui d’épaisses couches de terre. Berlin repose sur une tourbe argileuse, de 7 à 20 mètres de hauteur, composée de débris de Diatomées. Le lit inférieur de l’Elbe, jusqu’au dessous de Hambourg, est encombré de vases auxquelles sont mélangées des dépouilles organiques microscopiques. A Wismar (Mecklembourg-Schwerin), il se dépose par an 640 mètres cubes de corps siliceux analogues aux Diatomées. En 1839, on a retiré du bassin du port de Swinmunde, à l’embouchure de l’Oder, 90.000 mètres cubes de vase dont le tiers se composait d’organismes microscopiques ; ces êtres vivent