MONTAGE DANS LES BAUMES
On se servait autrefois de la térébenthine de Venise ; on l’a remplacée, depuis, par le baume du Canada, mais les manipulations sont les mêmes. Par ce procédé, les Diatomées, au lieu d’ètre montées dans l’air, sous la lamelle, sont comprises dans une couche transparente de baume solidifié.
On commence, comme nous l’avons indiqué pour le montage à sec, par sécher ou brûler les Diatomées sur la lamelle en portant celle-ci au rouge sur la lame de platine.
D’autre part, on a préparé d’avance des lames porte-objets au centre desquelles on a déposé une goutte de baume, ou d’une solution épaisse de baume dans une essence, et particulièrement dans l’essence de térébenthine. On a chauffé ces lames de verre à une chaleur modérée sur la plaque de fer, pour faire évaporer les parties volatiles du baume et l’essence de manière qu’il puisse se solidifier par le refroidissement.
En chauffant ainsi, il se forme dans la goutte de baume fondu
Vg TECHNIQUE DES DIATOMEES
une plus en moins grande quantité de bulles. La goutte étant maintenue pendant quelques instants à l’état liquide, la plupart des bulles crèvent et se dissipent. Pour faire disparaitre celles qui persistent, on en approche une aiguille chauffée dans la flamme de la lampe, ou même on les touche avec la pointe de cette aiguille. Elles crèvent alors et disparaissent. S’il en reste une ou deux petites dont on ne peut se débarrasser, il ne faut pas trop s’en préoccuper ; le plus souvent, elles seront chassées au delà des bords du cover quand on appliquera celui-ci , ou bien, formées de vapeurs d’essence, elles se résorberont avec le temps en se dissolvant dans le baume.
Quant au cover, les Diatomées qui le couvrent ayant été chauffées au rouge avant qu’il soit complètement refroidi, on y dépose une petite goutte d’essence de térébenthine ou de girofles, et l’on chauffe pour l’évaporer. Quand elle est presqu’entièrement disparue et que le cover n’est plus que légèrement humecté par l’essence, on le prend, chaud encore, avec une pince et on le dépose, les Diatomées en dessous, sur la goutte de baume séchée au milieu du porte-objet.
On chauffe doucement, le baume se ramollit et adhère, sans former de bulles, au cover mouillé de térébenthine. On éteint la lampe et Ton exerce avec la pointe d’une aiguille une légère pression sur le cover ou bien on le charge d’un petit poids en plomb pour diminuer l’épaisseur du baume sous la lamelle. Le baume en excès sort par la pression, autour du bord de la lamelle. On laisse le tout au repos jusqu’à ce que la solidification soit complète.
Quelques jours après, on gratte avec un canif le baume extravasé qui est sec et solide, et on nettoie la préparation avec un linge fin imbibé d’alcool concentré.
Le petit artifice, qui consiste à mouiller le cover diatomifère avec un peu d’essence de térébenthine avant de l’appliquer sur le baume, a une grande importance. La légère couche d’essence qui l’humecte permet une adhérence complète avec le baume sans interposition de bulles d’air. De plus, l’essence pénètre toutes les anfractuosités, dessins, stries des frustules, et en chasse l’air qui pourrait y être emprisonné, de sorte que le baume à son tour peut s’insinuer dans toutes ces anfractuosités en se dissolvant dans la petite quantité d’essence qui les remplit. Enfin, cette mince couche d’essence détermine une adhérence des Diatomées au cover suffisante pour que celles-ci ne tombent pas pendant le retournement et les manipulations.
Les préparations ainsi faites sont très solides et se conservent indéfiniment. Aussi, est-ce le procédé le plus employé, mais, comme le baume pénètre tous les détails de structure des frustules et que son indice de réfraction est peu différent de celui de la silice
transparente qui compose ces frustules, ceux-ci deviennent beaucoup plus difficilement visibles que dans les préparations à sec ou dans l’air. Ils forment avec le baume une masse à peu près homogène au point de vue optique, et, pour étudier leurs détails, il est nécessaire d’employer les instruments les plus perfectionnés.
Préparations au styrax et au liquidambar
Le styrax et le liquidambar ont un indice de réfraction supérieur à celui du baume du Canada. Les Diatomées y sont donc plus facilement visibles que dans le baume ; elles s’y montrent en vertu de la différence des indices de réfraction et par un phénomène analogue à celui qui rend visible une bulle d’air dans l’eau.
Nous' avons indiqué plus haut comment le Dr H. Yan Heurck prépare ces deux substances. Voici comment il opère pour la préparation des Diatomées:
« Nous commençons par placer les couvre-objets sur une grande plaque de verre et sur chacun d’eux nous plaçons, à l’aide d’une pipette, une large goutte d’eau distillée sur laquelle nous laissons tomber doucement une goutte du liquide diatomifère (1). Les Diatomées s’éparpillent dans la goutte d’eau distillée qui, au besoin, est remuée délicatement. — Les couvre-objets sont recouverts d’une cloche de verre et abandonnés à l’évaporation spontanée.
« Lorsque celle-ci est parfaite, les couvre-objets pris un à un sont chauffés au rouge sur la lame de platine et remis sur la grande plaque de verre, où, après avoir reçu une goutte très fluide de styrax, ils sont de nouveau abandonnés, sous la cloche , à l’évaporation.
« Peu d’instants après, la couche blanchit, mais on n’a plus à s’inquiéter de ce phénomène (qui n’arrive pas avec la solution dans le chloroforme), et, au bout de 24 heures, la benzine est complètement évaporée. Le couvre-obj et est alors placé, retourné, sur le porte-objet et chauffé légèrement, de préférence sur un bain-marie, Une légère pression à l’aide d’une presselle chasse les bulles d’air, s’il y en a, ainsi que le styrax superflu que l’on enlève après refroidissememt (2). »
On peut opérer de même avec le liquidambar que l’on emploie dissous dans la benzine ou le chloroforme.
(1) . Si les Diatomées sont conservées dans l’alcool, il faut décanter l’alcool et la remplacer par de l’eau distillée.
(2) H. Van Heurck. — Syn. des. Diat. de Belg. p. 29.
VI TECHNIQUE DES DIATOMEES
Préparations dans le baume de Tolu.
Nous avons indiqué le mode de préparation du baume de Tolu (voir page 120) d’après J. Brun ; cet auteur l’emploie de la manière suivante :
Quand les lamelles sont chargées des Diatomées à monter, après dessication ou brûlage, on dépose sur celles-ci, avec une baguette de verre, un peu d’une soluton très liquide de tolu dans la benzine. Cette solution est destinée à agir ici comme la térébenthine déposée sur la lamelle pour le montage dans le baume du Canada. Les Diatomées sont ainsi pénétrées par le liquide balsamique. On laisse sécher sous une cloche, dans un endroit chaud, ou mieux dans une étuve à 60° ou 70°. Dans ces conditions, l’évaporation de la benzine est complète en une ou deux heures. On peut le plus souvent alors, sans autre manipulation, retourner le cover sur un porte-objet propre et chauffer doucement par dessous. Le tolu de la lamelle fond, et en exerçant une pression celle-ci adhère au porte-objet.
Dans d’autres cas, on a placé un peu de solution alcoolique ou chloroformique de tolu sur le porte-objet avant d’y appliquer la lamelle. On opère ainsi comme avec le baume du Canada.