I. HISTORIQUE
« Ainsi, dit encore Kützing, jusqu’en 1832, les travaux systématiques s’arrêtèrent à ces organismes microscopiques; beaucoup des auteurs mentionnés les considéraient, en partie comme animaux (les formes mobiles), en partie comme végétaux (les formes fixes). Agardh, Lyngbye et Leiblein seulement se déclarèrent plus décidément pour le caractère végétal ; mais, excepté Schrank, aucun ne soutint formellement leur nature animale. De leur constitution intime et de leurs fonctions vitales, rien, en dehors des observations complètes données par Nitzsch et de quelques indications superficielles de Gaillon, rien n’était connu qui avançât la question relative à leur nature » — En cette même année, 1832, parut la seconde Contribution à la connaissance des organismes microscopiques de G. G. Ehrenberg. Dans cet ouvrage, les Diatomées furent décidément considérées comme des formes animales.
Cette répartition des Diatomées parmi les Infusoires a été soutenue par Ehrenberg, dans les très nombreuses publications qu’il fit paraître pendant les années suivantes, et définitivement consacrée dans son grand ouvrage : Les Infusoires considérés comme des organismes parfaits (1). Il les incorpore à sa famille des Polygastriques, regardant la matière colorée qu’elles contiennent comme des ovaires, et les globules plus clairs qui y sont répandus, par exemple dans les Navicula , comme les diverses parties d’un estomac à plusieurs lobes.
Les observations de l’illustre micrographe eurent un immense retentissement et exercèrent une inlluence considérable sur la marche de la science des infiniments petits. Elles furent faites, d’ailleurs, avec un soin inconnu jusque là dans ces sortes de recherches, accompagnées de planches superbes et d’une admirable exactitude dans le dessin général. Ehrenberg était, du reste, supérieurement placé pour donner à ses observations une étendue et une rigueur auxquelles la plupart de ses prédécesseurs n’avaient pu atteindre. Disposant des instruments les plus parfaits que construisaient les opticiens de son temps, profitant de ses relations dans les deux continents, recevant des matériaux de tous les points de la terre, il put rassembler des documents en nombre considérable, étudier les formes fossiles et même retrouver à l’état vivant des espèces considérées jusqu’alors comme éteintes. C’est ainsi que pendant de longues années, et presque jusqu’à nos jours (1875), il publia de nombreux ouvrages, notamment sa Mikrogeologie (1854) et des mémoires plus nombreux encore insérés dans les Comptes rendus de l’Académie des Sciences de Berlin.
Dès l’époque où parut son grand ouvrage sur les Infusoires, il y incorporait 24 genres comprenant 144 espèces de Diatomées, nombre qu’il augmenta considérablement dans les années suivantes.
Mais, pendant cette longue période, les observateurs s’étaient multipliés
(1) G. G. Ehrenberg: Die Infusionstfiierchen als vollhommene Organismen ,
2 vol. in-fol. Leipzig, 1838.
de tous côtés et beaucoup d’entr’eux avaient porté leur attention sur cette îamille des Diatomées. Ce fut d’abord A. de Brébisson, dont nous retrouverons à chaque instant le nom dans l’histoire de ces organismes ; et, contrairement aux idées d’Ehrenberg, il les rangea dans la classe des Algues où, depuis lors, tous les naturalistes se sont accordés à les maintenir. — Puis, Bailey, Gréville, Kützing. — Ce dernier auteur avait, dès 1833, publié des travaux importants sur les Diatomées ou Bacillariacées à enveloppe siliceuse, et établi une classification (1), que Brébisson adopta en grande partie.
A partir de ce moment, à mesure que ces formes si particulières de la vie végétale sont mieux connues, on voit de tous côtés surgir des chercheurs qui viennent enrichir la science de notions plus étendues et plus complètes. En même temps, cette .étude se spécialise, pour ainsi dire, de plus en plus, et devient l’apanage de nombreux savants qui font des Diatomées l’objet à peu près exclusif de leurs recherches. Tels furent : Ralfs, Harting, Fritchard, Brigthwell, William Smith, Shadbolt, Rabenhorst, Gregory, Max Schultze, Roper, Walker Arnolt, Wallich, O’Meara, Donkin, A. M. Edwards, Janisch, P. T. Glève, Grünow, Hamilton Lawrence Smith, Eulenstein, Guinard, Paul Petit, Van Heurck, Gastracane, Kitton, Flôgel, Pfitzer, Ad. Schmidt, Matteo Lanzi, Gox, Julien Deby, Leuduger-Fortmorel, Otto Muller et un grand nombre de diatomistes dont nous ne pouvons citer ici les noms, qui ont fait de l’étude de ces admirables petites plantes une branche spéciale de l'histoire naturelle et de la micrographie.
Les détails si intéressants de leur organisation, les phénomènes biologiques si curieux dont elles sont le théâtre, l’élégance et la finesse des sculptures dont leur enveloppe est ornée, la difficulté même qu’offre souvent l’étude de ces mêmes sculptures, J a profusion avec laquelle ces espèces sont répandues dans la nature, suffisent bien pour expliquer l’irrésistible attrait que les Diatomées ont exercé, depuis qu’elles sont connues, sur tant d’observateurs qui se sont passionnés pour ces délicates recherches.
Ajoutons que jusqu’à ces dernières années où l’étude des Bactériens est venue prendre une place importante dans les travaux des chercheurs, aucune branche de la science n’a été plus profitable à la micrographie ; car, outre qu’elle a forcé les opticiens à perfectionner de jour en jour leurs instruments, elle a amené les physiciens à rectifier les idées qu’ils professaient depuis Galilée, Kepler et Descartes sur la formation des images dans le microscope. Enfin, elle a doté tous ceux qui s’y sont adonnés d’une incomparable habileté dans le maniement des instruments, dans l’emploi et l’appréciation des objectifs et dans la manipulation des petits objets.
(1) Kützing, Synopsis Diatomacearum, Halle, 1833. in 8°, 7 pl.
(2) J. Pelletan, Le Microscope , son emploi et ses applications, 1 vol. in-8° avec grav. et pl., Paris, 1876.