Y1T. MOYENS D’ÉTUDE
Une très bonne méthode, et même la meilleure, consiste à fixer, d’abord les éléments dans leur forme, par l’acide osmique. On peut exposer les Diatomées, délayées dans un peu d’eau, aux vapeurs d’une solution d’acide' osmique à 2 pour 100; mais la pénétration des vapeurs à travers la carapace siliceuse est difficile. Il vaut mieux verser sur les frustules, suspendus dans un peu d’eau, quelques gouttes de la solution osmique. On recouvre d’une cloche et, au bout d’une heure, on jette le tout sur un filtre et on lave avec de l’eau distillée pour enlever l’acide. Puis, on reprend les frustules, en raclant le filtre doucement avec une lame de scalpel. On les met dans la gomme et l’on fait les coupes comme nous Pavons dit.
La fixation par l’acide osmique n’empêche pas la coloration des coupes, sur la lame de verre, par le picrocarminate; on recouvre d’une lamelle et l’on déplace le picrocarminate par la glycérine. La coloration est plus longue à obtenir, mais se produit généralement bien. Les globules huileux sont alors colorés en noir intense et l’on peut constater qu’ils sont ordinairement très nombreux.
On peut, nous l’avons dit, employer pour l’enrobage le collodion ou la celloïdine (qui n’est qu’un collodion solidifié, autrement dit de la pyroxyline ; que l’on redissout dans un mélange à parties égales d’éther et d’alcool absolu), mais il faut, dans ce cas, commencer par déshydrater les Diatomées dans l’alcool ordinaire, puis dans l’alcool absolu. Après quoi* on les porte dans le collodion ou dans une solution faible éthéro-alcoolique de celloïdine, où on les laisse une journée. Puis, on les plonge dans une solution sirupeuse de la matière à inclusion, et l’on opère avec celle-ci comme nous l’avons indiqué pour le traitement dans la gomme.
r On réussit ainsi beaucoup moins bien qu’avec la gomme; outre que l’alcool et l’éther dissolvent plus ou moins la matière colorante de l’endochrôme et les gouttes huileuses, la masse a moins de cohésion, les Diatomées se déplacent et fuient sous le rasoir; les coupes, que l’on doit faire avec le rasoir mouillé, s’effritent, se dessèchent et se ratatinent. Aussi, est-on obligé de les faire beaucoup plus épaisses. Pour remédier au manque de cohésion de la celloïdine, on peut faire durcir la masse avant de pratiquer les coupes, en plongeant le liège et la couche diatomifère qu’on y a déposée dans l’alcool à 82° ou dans le chloroforme pendant 24 ou 48 heures, et même davantage.
Les coupes sont reçues dans l’alcool et peuvent être examinées, montées dans la glycérine, sans qu’il soit besoin d’enlever la masse d’inclusion qui est parfaitement transparente et se laisse pénétrer parla glycérine. On peut même faire agir dans les mêmes conditions les réactifs colorants.
Le montage de ces coupes dans le baume ne peut, au contraire, se
faire qu’après traitement par l’essence de bergamotte. On aura d’ailleurs à mettre en œuvre tous les procédés ordinaires de la technique des coupes. Mais nous devons faire remarquer que les traitements par l’alcool sont loin de conserver dans l’intégrité de leurs formes, de leurs rapports et de leur substance les éléments si riches en eau qui composent la cellule Diatomée, à moins qu’on ne les ait préalablement fixés par l’acide osmique. Dans le cas contraire, nous préférons le procédé d’inclusion dans la gomme, auquel chacun peut du reste apporter les modifications que comportent les divers cas, qui est plus commode et nous paraît montrer suffisamment la disposition intérieure des cellules telle qu’elle est réellement dans la nature. (Voir PI. IV.)
Nous n’avons pas à entrer dans plus de détails sur ces opérations. Cette méthode d’étude des Diatomées à l’état vivant est encore peu appliquée, pas toujours applicable, mais c’est une voie nouvelle à explorer qui, nous le pensons, peut amener la résolution de bien des questions encore à l’état de problèmes.
Malheureusement, elle n’est pas toujours applicable, disons-nous, car beaucoup de Diatomées à carapace très siliceuse résistent complètement au rasoir du microtome. Il faudrait pouvoir les incorporer dans une masse plus cohérente que la gomme, et l’on éprouverait alors de grandes difficultés à exé'cuter les coupes, à les obtenir suffisamment minces et à les rendre assez transparentes pour permettre d’en faire utilement l’examen microscopique, i Ajoutons que M. J. Deby est arrivé à faire des coupes de Diatomées en composant une masse d’inclusion dure, pierreuse, pour ainsi dire, avec des chlorures de zinc et de magnésium mêlés aux oxydes des mêmes métaux, constituant ainsi une roche artificielle dans laquelle Il a pratiqué des coupes (1) par les procédés qui servent à faire des coupes minéralogiques.
MM. Prinz et Van Ermengem s’étaient servis de la même manière de la pierre à ciment du Jutland et de l’argile de Londres qui contiennent des valves de Diatomées fossiles (2)*
M. Flogel (3) avait aussi opéré des coupes de Pleurosigrna ;
(1) J. Deby. — Sur la structure microscopique des valves des Diatomées. (Journ. de Micrographie ,. T. X* 1886, p. 416 et 467.)
(2) W. Prinz Et Van Ermenge\L — Recherches sur ta strüctuVe de quelques Diatomées comprises dans le Cementstein du Jutland ( Ann x Socx B. de Microscopie , T. VIII, et Journ, de Micrographie, 1881, p. 100;)
(3) Flogel. — Vntersuchungen ûber die Structur der Zeltvcdnd in d\ Gattung Pleurosigrna. ( Ar . f. Mik. Artat., VI, 1870;)