VII. MOYENS D’ÉTUDE
mais les coupes obtenues nous ont paru moins satisfaisantes et sont plus difficiles à traiter ultérieurement.
Pour faire les coupes, on ne peut espérer réussir en opérant à main levée avec un rasoir. Le coup de rasoir donné avec la main n’est pas assez rapide et fort : les Diatomées que la lame rencontre en traversant la masse ont le temps de faire bascule sous la pression du couteau, en raison de la résistance qu’elles opposent, résistance grande relativement à celle de la masse qui les entoure.
Il faut de toute nécessité employer un microtome, et même un excellent microtome, parfaitement construit, d’une marche très régulière et armé d’un rasoir à trempe dure. Le rasoir sera, du reste, assez vite émoussé et aura souvent besoin d’être aiguisé.
On se sert aujourd’hui beaucoup des microtomes allemands qui fonctionnent en général bien, mais nous pouvons surtout recommander un excellent instrument français, le microtome à levier, de Hansen, construit par M. E. Deyrolle, à Paris. Le maniement en est infiniment plus commode que celui des instruments allemands ; la construction et la marche de l’appareil sont parfaites, et sa solidité extrême.
Ajoutons que cet instrument peut servir dans un laboratoire, à toute espèce de coupes et qu’il fonctionne à volonté dans un liquide ou sur des corps durcis par congélation.
Le microtome de Hansen est à glissement pour le rasoir et à levier pour l’objet. Le rasoir est monté sur le chariot au moyen d’un dispositif nouveau qui lui permet de prendre toutes les inclinaisons possibles.
La pièce portant l’objet est soulevée, après chaque coup de rasoir, par un levier sur lequel agit à l’autre bout une vis micrométrique de 1/2 millimètre de pas, dont la tète porte un cercle divisé en 50 dents; quand, à l’aide d’une petite manivelle, on fait tourner le cercle d’une division, la vfs s’abaisse de 1/50 de 1/2 millimètre ou 1/100 de millimètre et comme le bras du levier qui agit sur la pince est 5 fois plus petit que celui sur lequel presse la vis, la pince ne s’élève que de 1/5 de 1/100 de millimètre, c’est-à-dire de 1/500 de millimètre, ce qui représente une coupe extrêmement mince.
S’il était possible de réaliser pratiquement sur les Diatomées des Coupes aussi fines, ce qui serait sans doute très difficile, on voit qu’on pourrait réellement débiter un frustule en tranches, puisqu’il y a des espèces qui mesurent 0mm,5 de long dans lesquelles on pourrait faire deux coupes, et que la plupart ont plusieurs centièmes de millimètres. Mais nous pensons qu’il nest pas nécessaire d’obtenir des coupes aussi minces et qu’il suffit d’avoir une coupe dans un frustule.
Pour cela, on monte le morceau de liège ou de sureau sur lequel on a déposé les Diatomées enrobées dans la gomme, dans la pince du microtome, en ayant soin de le fixer solidement sans l’écraser. On doit, d’ailleurs, avoir eu la précaution de placer la goutte diatomifère sur le liège, de manière qu’on puisse y faire des coupes perpendiculaires à la surface et non des coupes parallèles ou tangentielles qui réussissent, en général, beaucoup moins bien. En disposant la pièce, comme nous venons de le dire, il suffit de pousser d’un coup un peu sec le chariot du rasoir, et la lourde lame traverse à la fois la goutte gommeuse et le morceau de liège qui lui sert de support. Les Diatomées saisies entre le tranchant de la lame et le fond de liège résistant n’ont pas le temps de se déplacer et sont traversées par le couperet, qu’on repousse aussitôt en place.
On fait avancer la roue de 5 ou 10 dents, selon qu’on a réglé la marche de l’instrument, et l’on donne un second coup de rasoir. On obtient ainsi une première coupe régulière qui a 1/100 ou 1/50 de millimètre d’épaisseur. On peut en pratiquer une série d’autres, qui, même beaucoup plus épaisses, seront fort utiles.
Ces coupes, telles que nous les avons faites, contiennent une partie de liège ou de sureau et une partie de gomme diatomifère. On les place sur des lames de verre dans un peu d’eau ; la gomme se ramollit bientôt et l’on peut enlever toute la portion étrangère. Si l’on couvre d’une lamelle et qu’on examine au microscope, on constate qu’un grand nombre de Diatomées ont échappé à la lame ; mais certaines aussi ont été tranchées et l’on a des coupes de frustules dans toutes les directions. Les deux faces de la préparation présentent des résultats semblables.
C’est dans cet état, alors que la masse d’inclusion conserve sa cohérence, que l’on peut le mieux étudier la structure des éléments constituants de la cellule diatomée, parce que les frustules gardent leur position. Si l’on ajoute de l’eau de manière à dissoudre la gomme, presque toutes les Diatomées n’étant plus maintenues par la masse, tombent à plat sur la lame de verre et l’on n’en rencontre plus guère qui présentent leur section à l’observateur. Néanmoins, on peut encore en retrouver quelques-unes et faire agir sur elles les réactifs colorants, diverses couleurs d’aniline, par exemple, et le picrocarminate d’ammoniaque qui colore le protoplasma en jaune, le noyau en rouge, l’endochrômeen brun foncé et laisse les gouttelettes huileuses incolores. Quand la coloration est produite, on ajoute sur un des bords de la lamelle une goutte de glycérine et l’on aspire du côté opposé avec du papier brouillard. La glycérine pénètre ainsi peu à peu la préparation, que l’on peut dès lors transformer en une préparation persistante.