‹ Les "Dicts" du passantChapitre 12 sur 34 · AU CONCERT · texte numérisé non relu

AU CONCERT

du travail pour le jouer de nouveau; et, d'ailleurs, ça ne se joue plus qu'en concert.

Lui — (raffermi) Il n'y aurait guère moyen de danser là-dessus. Tenez, j'aime beaucoup le phonographe à cause de cela. Il joue toutes les musiques, et il a toujours de nouvelles choses pour nous faire danser.

Elle — En effet, c'est bien agréable, et ce qu'il y a de fin, c'est qu'aussitôt qu'une danse nouvelle fait son apparition, le phonographe en a la musique.

Lui — (de plus en plus raffermi) C'est comme pour les chansons. Nous avons toutde-suite les dernières chansons américaines, et, avec le phonographe, nous les savons presqu'aussi vite que les Américains. Réellement, c'était un génie que ce Victor.

Elle — (surprise) Quel Victor ?

Lui — (un peu décontenancé) Mais. . . l'inventeur du ... .

Elle — (pouffant) Victor ? . . . . L'inventeur du.... ?....

(Elle serre fortement son mouchoir sur sa bouche, pour ne pas éclater)

Lui — (de plus en plus décontenancé) Mais. . . c'est que. . . je croyais. . .

— (L'artiste a terminé son dernier morceau on applaudit consciencieusement, et chacun

s'en va heureux d'une telle manifestation en l'honneur de l'art). Dix minutes plus tard, chemin faisant.

Elle — (sérieuse) C'est tout de même bon une soirée ainsi consacrée à la musique; ça relève l'âme, n'est-ce pas ?

Lui — (très sérieux) Il n'y a rien d'aussi pénétrant, d'aussi reposant. On en sort tout transformé. Quelle belle chose que la musique!

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Attendre

Elle s'ennuyait là-bas, toute seule, et lui, l'homme, ne pensait même pas qu'elle pût souffrir et compter les mois et les jours. Il était homme, immensément égoïste, froid et dur d'aspect.

Elle lui écrivait, et chaque fois ou presque, il m'en disait quelques mots, mais pas un muscle de sa figure ne se contractait autrement qu'à l'ordinaire.

Je l'ai revu hier; il était distrait, il parlait à peine et ses yeux étaient loin, perdus. Tout-à-coup il me dit, sans me regarder: "Elle s'ennuie, et elle m'attend", et il me montra à la fin de la lettre ce qu'elle y avait écrit, d'une écriture toute menue, comme un peu honteuse et craintive: "Attendre, c'est long!"

Il crispa les minces feuilles et répéta tout bas: "Attendre, c'est long". Et il est parti, plus brusquent plus^abrupt que jamais.

Je ne crois plus du tout au triple airain, dont il affecte de se cuirasser. Son cœur est vivant, puisqu'il a compris tout ce qu'il j

avait dans ces trois mots: "Attendre, c'est long".

Mots beaux et grands parce que simples et vrais. Mots qui pleurent doucement mais qui ne sanglotent pas, car ils espèrent; ils possèdent le temps, et le temps, c'est l'espérance. Tristesse infinie mais non désespérée, car l'âme la refoule et la contient, et l'âme survit à tout, aux joies comme aux peines.

Attendre, c'est là notre vie. Nous attendons toujours; nous voudrions hâter la marche des années, nous nous lassons de chaque jour et nous soupirons toujours après le lendemain. Pourquoi ? Est-ce notre âme qui souffre de sa méprisable enveloppe de chair et qui aspire à vivre seule, dégagée de tout lien, lavée de toute souillure ?

Notre corps attend le plaisir, la jouissance, la richesse, les honneurs, le repos, et il travaille, il lutte, il se dépense, et toujours il attend. Il peine, il souffre, il meurt, jamais son ambition n'a été satisfaite, jamais son attente n'a été comblée.

Nous sommes ainsi faits, âme et corps, esprit et matière; nous sentant fragiles et de peu de poids, atomes dans l'univers, nous sommes inquiets, nous redoutons les misères de chaque jour et nous en attendons la fin.

Notre âme a mis comme jalons, le long

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