ATTENDRE
de la route, une suite d'espoirs, de bonheurs qu'elle a hâte d'atteindre; chaque espoir est bientôt flétri, chaque bonheur est vite épuisé, et après chaque halte, alors que de nouveau nous cheminons péniblement, le prochain repos nous paraît bien éloigné et l'attente nous est longue, toujours plus longue.
A la Lune
C'est la faute de cette petite bonne-femme aux grosses joues que je rencontre si souvent. Ce midi encore, elle était plantée là, au coin de la rue, comme je sortais de chez moi. Elle me regardait avec sérénité marcher sur le trottoir glissant, avec des précautions de vieille dame qui a ses rhumatismes, et lors que je passai près d'elle, ses grands yeux tranquilles avaient toujours la même expression de quiétude et ses bonnes joues rebondies donnaient à sa physionomie le même air de béatitude replète.
Et chaque fois que je la vois, je ne puis m 'empêcher de penser à la lune, tant cette figure ronde et calme me rappelle l'astre des nuits dans le débordant épanouissement de son plein.
Voilà que je tourne à la poésie, maintenant, et à la poésie astronomico-décadente, comme dirait l'autre, ce qui est encore plus grave. Mais je ne suis pas maître de mon inspiration. La blonde Séléné agit sur mon cerveau, imprègne ma substance à penser de son charme pénétrant et discret, et, si je ne suis pas dans la lune, la lune est en moi.
D'ailleurs, je ne suis pas le premier à m'éprendre de la lune et à la chanter sur une lyre exaltée. Ne te formalise pas, Phoébé, si j'unis ma pauvre misérable voix aux lyriques envolées, aux échevelées rhapsodies, aux sublimes cantates, aux frémissantes évocations, aux suaves symphonies, aux naïves ballades, aux langoureuses mélodies que tu as fait jaillir des lèvres et des doigts des trouvères, des bardes, des poètes, des mages, des chevaliers-errants, des musiciens, des illuminés et des hallucinés de tous les pays et de tous les temps.
Il semble que les hommes t'aiment parce que tu leur parais triste dans la sombre solitude des nuits. On t'a bien donné les étoiles pour compagnes et pour aides dans ta tâche de veiller sur le sommeil des humains, mais les étoiles sont si légères et si volages qu'elles n'aiment guère ta compagnie de vieille personne sage et compassée; elles n'ont pas trop de temps pour faire pavane de leur brillant, pour scintiller à qui mieux mieux, éternelles coquettes, et pour échanger entre elles de furtives œillades.
Cependant, malgré ton apparente sagesse, tu nous boudes quelquefois, tu ne nous fais pas toujours bon visage, et souvent tu ne daignes même pas te montrer à nos yeux.
Si je voulais te nimber de la magie enveloppante des mots, ô lune, je serais bien en peine,