NOËL
un compte sévère de tout ce qu'il a eu. Toi, tu as eu froid, tu as eu faim; bénis ta misère, car elle te rapproche de moi. Heureux ceux qui ne possèdent rien sur la terre."
Et vous serez consolés, pauvres de ce monde, humbles de la terre. Vous comprendrez alors que le riche n'est pas toujours un heureux. Il est plus pauvre que vous, le riche, car toute sa richesse ne suffira pas à payer sa rançon lorsqu'il sera retourné à la terre, tandis que vous, les petits et les faibles, vous payez à chaque jour votre rachat.
Chantez à haute et claire voix, claque patins, traine-la-patte, ventres-creux et crève-la-faim; éjouissez-vous, besaciers et mendiants, truands et frères-quêteurs, haut les cœurs, loqueteux et joueurs de musette, debout vous tous les gueux, c'est la Noël!
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Aux Petits
Petits enfants, que vous êtes heureux ! Vous commencez la vie, et comme elle veut que vous l'aimiez, elle se garde de vous faire du mal, de peur que, si jeunes, vous ne commenciez à la trouver vilaine. Vos yeux s'ouvrent à la belle lumière, et si le soleil ne se montre pas tous les jours, vous ne savez pas moins qu'il est toujours là et qu'il finira bien par percer les nuages les plus épais et dissiper les plus lourds.
Vous ne connaissez pas les ténèbres, car lorsque la nuit descend et nous enveloppe, vous dormez. Et la nuit est légère à vos paupières closes, petits enfants qui dormez dans vos lits blancs.
Votre univers tient dans ce qui vous entoure. Tandis que nos esprits travaillent, vibrent, s'exaltent, prient, chantent ou sanglotent, car, petits, il faut être homme pour savoir ce que c'est que pleurer, tandis que nos esprits se rivent désespérément à la tâche, votre âme toute pure et toute simple n'a qu'a aimer. Vous ne vivez que pour aimer. Le foyer, votre mère, votre père, tout semble créé pour vous seul, et vous aimez
tout parce que vous sentez que tout cela vous appartient et vous aime.
Vous ne pensez à demain que parce qu'il
contient pour vous la promesse du même
bonheur. D'ailleurs, savez-vous ce que c'est demain ?
Vos peines sont brèves et se terminent toujours dans un sourire; ce sont de petits repos que vous donnez à votre joie, de peur, semble-t-il, qu'elle ne devienne monotone dans sa continuité. Les larmes ne vous sont pas douloureuses, elles sèchent trop tôt pour que vous en puissiez goûter l'amertume, et votre mémoire n'a pas de place pour ces petits chagrins cent fois renouvelés; elle leur ferme la porte comme à des importuns.
Vous êtes beaux, vous êtes bons, vous êtes forts, car vous ignorez le mal. Il ne peut vous atteindre et c'est en vain qu'il souffle sur le monde son haleine empoisonnée. Il tue les hommes, mais il est mis en fuite par le regard des petits enfants.
Nous serions toujours heureux si nous restions comme les petits enfants. Jésus les aimait, car ils étaient à son image. C'est à eux seuls et à ceux qui seront semblables à eux qu'il a promis le Royaume de son Père. C'est avec une douceur infinie qu'il regardait ces têtes enfantines se presser autour de lui, et qu'un Apôtre trop zélé voulait tenir à l'écart.